"Quand je regarde Manchester United, je vois le chaos, une équipe sans identité et une institution sans stratégie à long terme où les trois derniers entraîneurs, si l'on inclut Michael Carrick, ont été nommés avec une idée à court terme."
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"Quand je regarde Manchester United, je vois le chaos, une équipe sans identité et une institution sans stratégie à long terme où les trois derniers entraîneurs, si l'on inclut Michael Carrick, ont été nommés avec une idée à court terme."Ainsi commence l'analyse d'Alan Shearer sur le pensionnaire d'Old Trafford dans The Athletic, média anglais de référence sur le football. L'article n'est pas tendre du tout au sujet de la politique du plus grand club du monde. L'ancien attaquant de pointe s'attaque aussi à la nomination de trois entraîneurs intérimaires consécutifs. Ole Gunnar Solskjaer avait été engagé initialement jusqu'à la fin de la saison lorsqu'il a repris les fonctions dont avait été démis José Mourinho en décembre 2018. Rebelote lorsque le Norvégien a été licencié puisque Ralf Rangnick a signé un contrat que jusqu'en juin de cette année."Les joueurs ont besoin de certitude", fulmine Shearer. "Ils veulent savoir ce que l'on attend d'eux, en quoi consiste leur mission. Ils veulent pouvoir regarder leurs collègues dans le vestiaire et savoir quel est le rôle de chacun sur le terrain. Plus les entraîneurs se succèdent, plus les systèmes et les tactiques changent, et moins vous aurez de certitude sur la pelouse. Cela n'empêche pas les joueurs d'être professionnels ou de faire de leur mieux, mais tous ces éléments ne les aident pas à exprimer au mieux leurs qualités." Selon l'ancien buteur des Three Lions, cette politique donne des excuses aux joueurs pour échouer. "On voit beaucoup d'exaspération et de frustration dans l'équipe quand elle est sur le terrain, des joueurs qui râlent et qui s'invectivent." Gary Neville, ancien arrière droit de ManU, avait déjà évoqué ce fait sur le plateau de Sky Sports : "C'est une bande de pleurnichards !", avait-il lancé sans ménagement. "Regardez-les marcher sur le terrain maintenant. Les bras en l'air, se plaignant de tout... C'est choquant"Cristiano Ronaldo symbolise toutes ces frustrations et ces plaintes, lui qui n'hésite jamais à les laisser s'échapper à plus d'une occasion. "Il ne semble penser qu'à son compteur personnel de buts", estimait Gabriel Agbonlahor, meilleur buteur de l'histoire d'Aston Villa, dans le média Football Insider. "Contre Newcastle, il n'a fait que râler, tout au long du match. Son attitude n'est pas normale à ce niveau." "Des joueurs comme Marcus Rashford, Mason Greenwood (toujours suspendu par le club, ndlr) et Jadon Sancho ont peur de tirer au but. À chaque fois qu'ils tentent leur chance et que le tir est raté, Ronaldo lève les mains en l'air, semblant dire : "Pourquoi tu ne me fais pas la passe ?".Mais quiconque connait CR7, sait qu'il va placer la barre très haut. C'était déjà le cas au Real Madrid, lors de la saison 2015/16, alors que l'écart avec le FC Barcelone était devenu insurmontable et que les rêves de titre national s'étaient déjà envolés. Le Portugais avait alors pris tout le monde à contre-pied en déclarant ceci : "Si tout le monde jouait à mon niveau, nous serions en tête maintenant." D'accord, cela s'est passé dans la zone mixte et à chaud juste après un match. Mais ces propos ne l'avaient pas rendu populaire dans le vestiaire de la Casa Blanca. C'est du Cristiano tout craché.Ralf Rangnick cherche toujours la bonne formule de jeu pour que son attaquant de 37 ans puisse continuer à être performant. Mais ce constat vaut pour tous les joueurs offensifs d'Old Trafford. "Si vous regardez notre nombre d'occasions sur un match, nous ne marquons pas assez", déclarait l'entraîneur intérimaire allemand. Rangnick est à la tête des Red Devils depuis maintenant quinze matchs. Et Manchester United n'a marqué que 23 buts pour douze buts concédés. Sur ces quinze duels, CR7 n'a trouvé le chemin des filets qu'à trois reprises. Des chiffres très loin des standards auxquels le Portugais nous avait habitué pendant de nombreuses années.Au début, Rangnick a adopté un schéma en 4-2-2 avec un attaquant à côté de Cristiano Ronaldo qui va travailler devant lui, un peu comme Karim Benzema le faisait au Real Madrid et Mario Mandzukic à certains moments à la Juventus. Mais l'entraîneur a abandonné cette formule lors des derniers matchs. Il a désormais mis en place un 4-2-3-1, avec Bruno Fernandes en soutien de son compatriote et des joueurs rapides comme Jadon Sancho, Jesse Lingard, Marcus Rashford ou Anthony Elanga (en fonction des circonstances) pour l'alimenter depuis les flancs.Reste à savoir si CR7 marquera plus de buts grâce à cet aménagement tactique. Cette année, il a fallu attendre le 15 février pour qu'il marque son premier goal, à domicile contre Brighton. C'est pourquoi, certains analystes ont suggéré que CR7 n'est pas la solution pour Man U, mais plutôt son problème. Un éléphant sur le terrain qui doit absolument jouer. Mais à son âge, a-t-il encore les mêmes qualités qu'il y a quelques années ? Ou bien celles-ci diminuent-elles progressivement ? La Ligue des champions, son terrain de jeu favori, est de retour cette semaine. Et Cristiano Ronaldo garde de bons souvenirs de son prochain adversaire, l'Atlético de Madrid. En 2019, déjà en 1/8e de finale, après une défaite 2-0 de la Vieille Dame à l'aller, il élimine l'équipe de Diego Simeone grâce à un triplé lors de la manche retour au Juventus Stadium.Dean Saunders pense en revanche que Ronaldo n'est pas à blâmer. L'ancien international gallois et ancien attaquant de Liverpool et d'Aston Villa se montre en revanche sans pitié à l'égard de certains coéquipiers du Portugais. "Si vous demandez à Ronaldo quels sont les pires milieux de terrain avec lesquels il a joué dans sa carrière, il risque de placer Fred et McTominay en tête de liste", déclarait Saunders à TalkSPORT. "Les gens pointent immédiatement du doigt Ronaldo, mais il joue avec deux "nuls" qui ne sont pas sur la même longueur d'onde que lui. La défense de United est médiocre et il leur manque une salle des machines au milieu de terrain. Les joueurs à ces postes ne sont pas à la hauteur d'un club du calibre de Manchester."Alan Shearer pense également que CR7 ne doit pas être la cible numéro 1 des critiques. "Il a le droit de penser que Manchester United serait dans une situation bien pire s'il n'avait pas été là. Et c'est exact", a-t-il déclaré dans The Athletic. "Devrait-il être plus reconnaissant à la fin des matchs et encourager davantage ses partenaires ? Avoir Ronaldo dans son équipe devrait être un rêve pour les jeunes joueurs. Ils devraient plutôt lui demander des conseils et les absorber comme une éponge. Cristiano Ronaldo ne se cache pas derrière des excuses, il est en colère quand rien ne va dans l'équipe et exige que la situation s'améliore. Mais à qui peut-il demander cela ? Qui va pouvoir l'aider ?", se demande Shearer sans pouvoir donner la réponse.Peut-être, comme souvent, y aura-t-il des réponses plus tard sur le terrain.