On voudrait le faire poser Avenue de la Toison d'Or, en plein coeur de Bruxelles, mais Onur Kaya n'aime pas se faire remarquer. Le joueur du YRFC Malines ne se détend totalement qu'une fois installé dans une brasserie à côté de The Hotel Brussels, l'ex-Hilton. Ce petit-fils d'immigrés turcs connaît le coin comme sa poche, il a vécu près de la Bourse, à Forest et à Saint-Gilles et habite désormais à Anderlecht.
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On voudrait le faire poser Avenue de la Toison d'Or, en plein coeur de Bruxelles, mais Onur Kaya n'aime pas se faire remarquer. Le joueur du YRFC Malines ne se détend totalement qu'une fois installé dans une brasserie à côté de The Hotel Brussels, l'ex-Hilton. Ce petit-fils d'immigrés turcs connaît le coin comme sa poche, il a vécu près de la Bourse, à Forest et à Saint-Gilles et habite désormais à Anderlecht. " J'aime Bruxelles ", dit-il. " Je ne supporte pas qu'on en parle comme si c'était le Bronx ou l'Afghanistan. Les gens ont beaucoup de préjugés. Je ne dis pas que Bruxelles est la plus belle ville du monde mais elle est moins laide qu'on le prétend et, en Belgique, je ne voudrais pas habiter ailleurs. J'ai d'ailleurs toujours fait la navette. " Kaya aura 34 ans en avril. " Plus j'approche de la fin, plus j'ai envie de jouer. Quand je vois Igor De Camargo à l'oeuvre, j'aimerais encore tenir quelques années. J'aurai 35 ans à la fin de mon contrat et j'espère encore jouer un an de plus. Mais pas jusqu'à 41 ans comme Timmy Simons . Le jour où mon corps ne suivra plus, j'arrêterai. " Seule une blessure pourrait vous détourner ce cet objectif ? ONUR KAYA : Pour ne pas être blessé, il faut bien se soigner et avoir un peu de chance. Aux Pays-Bas, je sortais deux à trois fois par semaine et je ne ressentais rien. Aujourd'hui, je suis plus discipliné : deux jours avant un match, je reste chez moi, je ne vais même pas au restaurant. Et après chaque entraînement, je dors une heure à une heure trente. Mon corps en a besoin. Il y a quinze ans, on m'a dit que je n'aurais jamais de blessure musculaire car mes muscles sont raides. J'ai eu une seule élongation aux ischios. Ça a duré une semaine. Un joueur ne doit-il pas être souple ? KAYA : Nous ne sommes pas des gymnastes. La moitié des joueurs sont raides. Je ne sais même pas me plier. J'ai horreur du stretching. Un joueur qui n'a pas mal, ça n'existe pas. Je connais mes points faibles : le bas du dos, les hanches et les adducteurs. J'ai vu un ostéopathe qui m'a dit que j'avais le côté droit bloqué à cause d'un problème aux intestins. C'est pourquoi j'ai souvent mal au ventre. Depuis que je prends des médicaments, j'ai moins mal au dos. Je connais mon corps et je sais que mes problèmes ne m'empêchent pas de jouer au football mais beaucoup de joueurs ne savent pas quand ils doivent s'arrêter et leur corps craque. Il faut protéger les jeunes. Vous parvenez à transmettre vos connaissances aux jeunes ? KAYA : Chez nous, Aster Vranckx porte des chaussures roses, que Nike lui a offertes. J'ai envie de lui dire d'arrêter car s'il passe à côté de son sujet dans un ou deux matches, on ne va pas le rater. C'est comme ça, en Belgique. J'avais 25 ans quand j'ai porté pour la première fois des chaussures de couleur. Et il vous écoute ? KAYA : Il est obligé, on a le même agent (il rit). Les temps ont changé. Quand je suis entré dans le vestiaire de Vitesse, j'étais impressionné par les trentenaires. On ne pouvait même pas s'asseoir à leur table. Et encore moins leur répondre. Les jeunes de maintenant connaissent moins le sens du mot respect. Vous avez été titularisé pour la première fois le 11 février 2006, contre Heerenveen. Quel souvenir gardez-vous de ce match ? KAYA : Cette saison-là, j'ai été plusieurs fois titulaire et je suis entré assez souvent mais c'est la saison suivante que j'ai vraiment percé et l'AZ s'est intéressé à moi. Mais l'année suivante, je n'ai plus joué. Aad De Mos avait transféré un autre joueur à ma place. Je ne le saluerai plus jamais et je ne suis pas le seul. Ma carrière à Vitesse, je la dois à deux personnes : Theo Bos, aujourd'hui décédé, et Pascal Jansen, désormais adjoint à l'AZ. C'est eux qui sont venus me chercher à Anderlecht quand j'ai compris qu'on ne me proposerait pas de contrat. Un peu plus tard, Dries Mertens n'était pas retenu non plus. Il a entamé un parcours du combattant mais il est arrivé au sommet. Pourquoi pas vous ? KAYA : J'en parlais récemment avec Thibaut Peyre et Clément Tainmont. On se demandait ce qu'on avait fait de mal. Aurais-je pu jouer à Barcelone ou à Naples ? Non, bien sûr. Mais il faut être au bon moment au bon endroit. Mon porte-bonheur, c'est Francky Dury, qui a relancé ma carrière quand j'étais dans le trou à Lokeren. J'aurais pu avoir un meilleur parcours mais ça aurait pu être pire aussi. Lokeren est le seul club où vous n'avez pas marqué. À refaire, vous vous y prendriez autrement ? KAYA : Mes six premiers mois étaient assez bons. J'étais parfois titulaire, parfois sur le banc. Je ne sais pas pourquoi, mais la saison suivante, Peter Maes m'a complètement ignoré. Même dans un match inutile d'Europa League, il ne m'a pas fait jouer. L'ambiance n'était pas bonne et je m'entraînais avec des pieds de plomb. On a joué avec mes pieds et je regrette de n'avoir rien dit. Je pensais à l'avenir, j'avais peur que ça se retourne contre moi. J'ai été trop gentil. Aujourd'hui, je demanderais des comptes à l'entraîneur. Vous n'auriez pas dû en parler à Roger Lambrecht ? KAYA : Je ne l'avais pas vu depuis des mois et on s'est revu lors du stage hivernal, alors que je négociais déjà avec Zulte Waregem. Le Cercle voulait me louer avec option s'il restait en D1 puis mon agent est arrivé avec une proposition de Zulte Waregem. Lokeren demandait plus d'argent à Zulte Waregem. Je devenais fou et j'ai mis la pression sur Lambrecht et sur Willy Reynders. Je leur ai dit que s'ils n'acceptaient pas la proposition de Zulte Waregem, j'allais exploser. Cinq ans plus tard, vous êtes capitaine de Malines. KAYA : Après le premier ou le deuxième entraînement, Dennis van Wijk m'a demandé si je voulais être un des capitaines. J'ai demandé l'accord de Seth De Witte et Tim Matthys, qui portaient habituellement le brassard. Je ne voulais pas froisser les anciens. À Malines, on m'a directement fait sentir qu'on m'appréciait. Quand on est capitaine, on est moins vite écarté. KAYA : Je suis sûr que certains joueurs pensent ça mais moi, je ne crois pas. En tant que capitaine, je devrais peut-être moins réagir au quart de tour, comme après la défaite face au Standard, où j'ai lancé mes chaussures dans le vestiaire. Je ne sais pas faire semblant et je peux dire des choses méchantes mais quand je commets une erreur, je l'admets. En début de saison, un supporter de Malines a lancé des insultes racistes à Marco Illaimaharitra, de Charleroi. En tant que capitaine, vous pouvez interpeller ce supporter ? KAYA : J'ai vu une bousculade et j'ai entendu dire qu'un supporter à crié quelque chose, je n'en sais pas plus. Vous devriez entendre tout ce qu'on me dit. Et toujours dans le même stade... Erdogan, retourne dans ton pays. Ce n'est pas du racisme, ça ? Dire sale Turc, c'est aussi grave que dire à un Noir qu'il doit manger des bananes. Aujourd'hui, j'en rigole. Je me suis fait une carapace. Il y a des cons partout et c'est au club de faire quelque chose. Qu'on interdise ces gens de stade et basta. Vous avez toujours été un des chouchous du public. Les fans de Zulte Waregem avaient même composé une chanson pour vous. KAYA : C'est peut-être parce que je suis un gagneur. Je me bats sur tous les ballons, je suis très expressif sur le terrain et je dépasse parfois les limites. J'ai déjà eu huit cartes jaunes cette saison : cinq pour rouspétances. Ma réputation me précède. Avant le match, déjà, l'arbitre me dit : Onur, reste calme sinon c'est jaune. Parfois je dis en rigolant que si je m'énerve sur l'arbitre, c'est que je suis dans le match. On ne me changera plus mais je n'ai jamais été exclu et je ne blesserai jamais un joueur. Vous comptez plus de 300 matches en D1 belge et néerlandaise, vous avez remporté trois coupes et deux titres en D2. Vous ne regrettez pas de ne pas avoir joué dans un grand club ? KAYA : ( il réfléchit) J'ai remporté des trophées, joué en Europa League et marqué contre Vitesse... Il faut un peu de chance. Certains joueurs sont dans des grands clubs alors qu'ils n'ont rien à y faire. Oui, je me sens un peu sous-estimé mais je ne suis pas le seul. Voyez Selim Amallah, qui était un joueur anonyme de Mouscron et brille désormais au Standard.