Quand on parle de Casablanca à un passionné de football, il va plus penser à l'un des surnoms du Real Madrid qu'à la ville marocaine qui a donné le nom de l'un des grands chefs-d'oeuvre de l'histoire du cinéma. De Rick Blaine, le personnage incarné par Humphrey Bogart Bogart dans le film de Michael Curtiz, Marc Wilmots n'a probablement que l'amertume. Celle d'un entraîneur déçu par ses dernières expériences et qui s'imaginait sans doute à la tête d'un club plus huppé, lui qui avait même rejoint à un moment l'écurie du plus influent des agents Jorge Mendes.
...

Quand on parle de Casablanca à un passionné de football, il va plus penser à l'un des surnoms du Real Madrid qu'à la ville marocaine qui a donné le nom de l'un des grands chefs-d'oeuvre de l'histoire du cinéma. De Rick Blaine, le personnage incarné par Humphrey Bogart Bogart dans le film de Michael Curtiz, Marc Wilmots n'a probablement que l'amertume. Celle d'un entraîneur déçu par ses dernières expériences et qui s'imaginait sans doute à la tête d'un club plus huppé, lui qui avait même rejoint à un moment l'écurie du plus influent des agents Jorge Mendes. Deux ans après une dernière expérience ratée avec l'Iran, le Taureau de Dongelberg va retrouver un vestiaire et un tableau noir qu'il n'est pas réputé employer plus que de raison. Mais après avoir dirigé 3 sélections consécutivement, l'ancien capitaine des Diables rouges va retrouver le quotidien d'un club, chose qui ne lui était plus arrivée depuis...16 ans. A l'époque, il avait été nommé à Saint-Trond, son premier club comme joueur professionnel, avec un bilan de 5 victoires, 6 partages et 13 défaites, soit 24 matches au total. A l'exception de la sélection diabolique qu'il a dirigée à 51 reprises, les expériences de Willy sur un banc sont relativement courtes. Huit matches pour son interim à Schalke 04, 7 pour la Côte d'Ivoire, 6 pour l'Iran. Les mauvaises (quoique) langues diront que sa nouvelle expérience risque de ne pas durer très longtemps non plus.A Casablanca, Wilmots va forcément découvrir un style et une culture du football totalement différents de ce qu'il a pu connaître en Allemagne et en Belgique. Mais qui est vraiment ce Raja Casablanca que personne ne connaît vraiment chez nous à l'exception des personnes originaires du Maroc qui suivent peut-être encore la Botola Pro (nom du championnat local) ?Le Raja Casablanca c'est d'abord un stade gigantesque, le Mohammed V et ses 67 000 places qui fut même appelé Stade Marcel Cerdan de 1955 à 1956 en l'honneur du célèbre boxeur français pourtant né en Algérie. Le club partage cette enceinte avec le Wydad, le club actuellement en tête de la compétition marocaine avec 5 unités d'avance sur la nouvelle équipe de Willy. Si l'antre paraît impressionnante, elle est forcément plutôt vide depuis la pandémie de Coronavirus. Mais avant cela, entre 35000 et 40000 personnes assistaient au match dans une ambiance plutôt chaude. Fondé le 20 mars 1949, le Raja Club Athletic Casablanca de son nom complet a été fondé par des syndicats dans le quartier populaire de Derb Sultan. Il est donc beaucoup plus récent que le Wydad, créé en 1909 et qui est le club le plus titré du Royaume marocain dans toutes ses sections et catégories (33 titres de champion national en football et 27 Coupes du Maroc). Car un peu comme en Espagne, les clubs possèdent différentes sections sportives même si forcément c'est souvent le football qui est la plus populaire.Le Wydad et le Raja possèdent aussi deux philosophies de jeu complètement différentes. Le club le plus ancien a mis l'accent sur le jeu européen avec plus de physique et de tactique là où au Raja, on a estimé que "les capacités physiologiques des Marocains étaient sans doute plus proches de celles des Sudaméricains" et qu'il fallait donc s'inspirer de leur manière de jouer. Le style de jeu Rajaoui est sans doute au Maroc un peu ce qu'est le tiki-taka au Barça. Une marque de fabrique qui est restée dans l'ADN encore plus que les titres et les trophées. Le Rajoui aime le jeu collectif fait de passes courtes et rapides et tant pis si cela se fait au détriment des résultats. Cela explique sans doute pourquoi, il a fallu un quart de siècle pour voir le Raja AC remporter son premier titre de champion. Néanmoins, tout comme son voisin du Wydad, le Raja n'a jamais quitté l'élite marocaine depuis sa création. Et c'est sans doute aussi grâce à cette identité de toujours vouloir dominer son adversaire. Ce football attractif a sans doute contribué à sa popularité au-delà des frontières marocaines. D'autant plus que le club brille aussi par ses résultats, tant sur la scène continentale qu'internationale, puisqu'il reste jusqu'à ce jour la seule équipe arabe avec Al Ain à avoir disputé une finale de Mondial des clubs. UNE FINALE AU MONDIAL DES CLUBSC'est d'ailleurs assez récent puisque cela remonte à 2013. Invités en temps que champion du pays hôte du tournoi, les Aigles Verts éliminent Auckland puis les Mexicains de Monterrey après prolongation avant de sortir à la surprise générale les Brésiliens de l'Atlético Mineiro (3-1). C'est une ancienne connaissance de la Pro League passée par Charleroi, Mouhcine Iajour qui ouvre le score. Pour la petite histoire, ce dernier sera désigné Ballon de bronze de la compétition derrière Franck Ribéry et Philipp Lahm. Il est aussi le meilleur buteur de l'histoire du Raja Casablanca dans les compétitions africaines avec 19 réalisations.Après ce premier but, c'est le flamboyant Ronaldinho qui remet les deux formations à égalité. Mais l'"équipe du peuple" va s'enflammer dans les 10 dernières minutes et marquer deux buts grâce à Mohsine Moutouali sur pénalty (un joueur toujours dans l'effectif actuel) et à Vianney Mabidé. Cette demi-finale épique permet aussi au Raja Casablanca de détenir le record africain du taux d'audience le plus élevé d'un match de football avec 650 millions de téléspectateurs rassemblés devant leur écran.En finale, les Rajaoui de l'entraîneur tunisien Faouzi Benzarti affrontent le Bayern Munich. Dans un stade de Marrakech acquis à la cause du club marocain, les Allemands l'emporteront 0-2 grâce à des buts de l'ancien Standarman Danteet de Thiago Alcantara.Mais la belle histoire avec le mondial des clubs avait commencé en 2000 au pays du football: le Brésil. Dans un Morumbi de Sao Paulo chauffé à blanc, les Aigles Verts parviennent à obtenir le soutien du public local contre le Real Madrid grâce au football développé. Malgré une défaite 3-2 avec les honneurs contre les Merengue, les Marocains perdront leurs trois rencontres de la compétition et termineront derniers de leur groupe. De cette génération dorée, quelques uns profiteront de ce parcours pour rejoindre l'Europe comme Youssef Safri à Coventry, Abdelilah Fahmi à Lille, Youssef Rossià Rennes et Talal El Karkouri au PSG.Le Raja Casablanca, qu'on surnomme le club du peuple, est aussi l'un des clubs les plus titrés d'Afrique. Il a disputé 29 finales de compétitions majeures dans son histoire et a remporté 20 titres sur ses terres et 12 sur la scène internationale.Vainqueur de 12 championnats, de 8 Coupes du Trône et de 5 Supercoupes du Maroc, le Raja Club Athletic a surtout remporté la Ligue des Champions africaines à 3 reprises, la dernière en 1999. Seuls les Egyptiens d'Al Ahly (10 fois) et de Zamalek (5 fois), les Congolais du TP Mazembé (5 fois) et les Tunisiens de l'Espérance Tunis (4 fois) ont fait mieux sur le continent africain. Le voisin du Wydad doit se contenter de deux trophées. Mais selon un classement établi par la Confédération africaine de football, le Raja est même la troisième meilleure équipe africaine du XXe Siècle. En 2000, le club marocain se classa même dans le top 10 des meilleures formations du monde après avoir participé au premier mondial des clubs suite à son 3e sacre en Champions League d'Afrique.L'aigle est l'emblème du Raja Casablanca depuis sa création. On dénombre 4 étoiles sur le blason du club. Les trois premières situées en bas du logo font référence aux victoires en Ligue des Champions d'Afrique, la quatrième placée en haut symbolise le 10e titre national acquis en 2011. Les couleurs portées sont le vert et le blanc, la première en référence à l'étoile du drapeau marocain, la seconde étant la couleur de la ville.Les derniers lauriers sur la scène marocaine remontent à 2020. L'an dernier, c'est le Wydad qui avait été sacré champion. En 2020, le Raja a aussi remporté la Coupe Arabe des clubs champions qui n'opposent que des clubs issus des championnats arabes.Depuis la fin octobre, les Rajaoui ont un nouveau président en la personne d'Anis Mahfoud. C'est sans doute aussi pour marquer son territoire que cet avocat, ancien secrétaire général du club, a souhaité donner une nouvelle direction à l'équipe en se séparant du techncien tuniso-autrichien Lassaad Chabbi qui n'était arrivé qu'en avril. Le nouvel homme fort des Rajaoui ne fait pourtant pas l'unanimité auprès de la frange du jeune public du club qui lui reproche son statut d'ancien et donc d'être une partie des problèmes rencontrés actuellement par le club de Casablanca. Autant dire que Marc Wilmots n'arrivera peut-être pas dans un stade acquis à sa cause.Né à Derb Sultan dans le quartier du Raja Casablanca, Redouane El Haimer est le joueur le plus titré du club avec 16 trophées gagnés (dont deux Ligues des Champions) au cours d'une carrière intégralement disputé dans le club de son lieu de naissance. Malgré ce parcours, l'arrière gauche n'a pourtant jamais été repris au sein de la sélection nationale.Les montants de transferts de joueurs évoluant dans le championnat marocain n'atteignent pas des sommets comme sur le Vieux Continent. Le record au Raja appartient à Ben Malango, un attaquant congolais, qui est devenu cet été le départ sortant le plus lucratif avec 3,3 millions d'euros. il porte désormais les couleirs de Sharjah aux Emirats Arebes Unis. Le second dans ce classement est aussi un joueur parti cette année. Soufiane Rahimi s'est envolé vers Al Ain pour 3 millions d'euros.Sur les 39 joueurs recensés dans le noyau large du Raja Casablanca, la moitié n'a jamais connu d'autres clubs et trois sont passés par son centre de formation. On ne trouve que 6 étrangers dont un Néerlandais et un Espagnol ayant la double-nationalité avec le Maroc. Le capitaine est l'emblématique Mohsine Moutouali, un ailier droit qui fut de l'épopée au Mondial des clubs et qui a marqué lors de la demi contre l'Atlético Mineiro. Après un premier passage entre 2006 et 2014, l'ailier droit est parti monnayer ses talents aux Emirats Arabes Unis puis au Qatar avant de revenir à Casablanca en 2019. Il sera sûrement l'un des membres du vestiaire que Marc Wilmots aura intérêt à avoir dans sa poche pour mener à bien sa mission.