Retrouvez cet entretien en intégralité dans notre magazine de la semaine, dispo dès demain en librairies
...

Ça fait exactement trois ans, plus de mille jours, que l'Opération Mains Propres a été déclenchée. Tout le monde s'est alors indigné des abus dans notre football. Tout y est passé : le rôle douteux d'agents, de dirigeants, d'arbitres et même de journalistes ; des matches arrangés ; du blanchiment d'argent. C'était comme si notre football était un théâtre miné par la corruption et d'autres pratiques du genre, un monde où certains s'enrichissaient sans scrupules, un milieu où il n'y avait plus de norme ni de valeur depuis bien longtemps.Subitement, tout le monde s'est senti en droit d'énoncer des idées pour rendre une image propre à notre foot. Pendant de longues années, on n'avait jamais rien fait pour limiter le pouvoir grandissant des agents et mettre fin à plein de petits arrangements. Pire même : les clubs avaient mis sur pied un système qui avait fini par déraper complètement. Mais au moment du déclenchement de l'opération, il y avait unanimité pour dire que le football belge était en feu et qu'il fallait vite changer les choses. Des personnes qui avaient participé à l'ascension des agents sont même montées aux barricades. Il fallait créer des commissions. Quand il y a des scandales, aucune formule n'est trop forte. Mais que conclure aujourd'hui ? Rien n'a changé.La tempête s'est vite calmée et les gens qui avaient été arrêtés ont repris leurs activités comme si de rien n'était. Comme Mogi Bayat qui, après un mois et demi au frais, est rapidement redevenu la pièce maîtresse de notre foot. Les clubs l'ont à nouveau accueilli à bras ouverts, tout cela parce qu'il serait le meilleur de sa corporation. Personne n'a voulu donner un signal fort. Au contraire, certains l'ont publiquement défendu. On avait fini par penser que cette gigantesque affaire serait sans lendemain. On n'entendait plus rien. Jusqu'à la semaine dernière.Non, l'enquête n'a pas été abandonnée. Elle a continué grâce - notamment - aux révélations du repenti Dejan Veljkovic. L'homme qui, avant le déclenchement de l'Opération Mains Propres, étendait sans cesse un peu plus son territoire, en toute tranquillité, et dirigeait pour ainsi dire Malines à lui seul. Les dernières révélations secouent à nouveau. On entend que l'enquête sera bientôt bouclée. En attendant, on entend pas mal d'histoires un peu folles, il y a des insinuations et des spéculations, mais peu de preuves concrètes. Elles devraient venir. Même si on a droit à ce refrain depuis longtemps. Trop longtemps.Ce sont à nouveau les mêmes noms qui sortent. Avec, toujours au centre de la pièce, Mogi Bayat qui aurait offert des montres de luxe pour faciliter des transferts. Qu'un agent tienne une partie du milieu du football en distribuant des toquantes, c'est sidérant. Même si, pour beaucoup, porter une montre très chère est un signe de réussite sociale. Mais que des clubs aient participé à ces marchandages, c'est encore plus hallucinant.On attend maintenant de la justice, trois ans après le début de l'affaire, qu'elle lève le brouillard pesant sur cette affaire et soit enfin transparente. On dit que tout pourrait se décanter fin octobre, on attend de voir. Parce que chez nous, on a l'art d'ajouter des chicanes aux enquêtes judiciaires pour les ralentir. Apparemment, dans de nombreux clubs, on craint en tout cas les prochaines semaines. On entend que certaines personnes dorment mal. En tout cas, il semble sûr qu'il y aura des condamnations.Mais seront-elles sévères ? Et y a-t-il un espoir que les choses changent ? Il y a trois ans, on disait entre autres choses que le pouvoir des agents devait être diminué. Mais chez nous, pendant ce temps, il n'y a toujours pas de limitation du nombre de joueurs étrangers. Et donc, les agents continuent paisiblement de tenir leur petit commerce. Avec l'assentiment de clubs qui refusent de remettre leurs pratiques en question.