LE SWITCH : un repositionnement salutaire

Été 2019. Ella Van Kerkhoven décide de quitter Anderlecht direction l'Inter, laissant un trou sur le front de l'attaque mauve. Faute de solutions satisfaisantes, le coach Patrick Wachel décide de faire monter Tine De Caigny d'un cran. Habituée à évoluer comme numéro 8, la médiane se retrouve en numéro 9. En sélection, l'absence sur blessure de Van Kerkhoven, qui vivra une saison remplie de galères à Milan, pose le même souci à Ives Serneels. Et comme son homologue anderlechtois, il repositionne lui aussi De Caigny devant. Une première tentative en sélection qui se soldera par un quintuplé contre (il faut l'avouer) une Lituanie assez faiblarde en novembre 2019.

"Au début, c'était compliqué, car en tant qu'attaquante, tu as toujours le but dans ton dos et je n'étais pas habituée à ça", expliquait la joueuse à Sport/Foot Maagzine en décembre dernier. "J'ai appris à être plus tranchante devant le but. Je sais mieux conserver le ballon, alors qu'avant, je préférais jouer en une ou deux touches de balle. Je sais mieux jouer dos au but, utiliser mon corps pour ça. Je suis grande (elle mesure 1m80, ndlr), c'est donc un bon outil à utiliser."

Avec douze pions claqués en sept rencontres qualificatives pour l'EURO 2022, la Beverenoise est la meilleure buteuse de ces éliminatoires.

Une affirmation qui trouve un bel écho dans les chiffres, même si celle qui se voit comme une vraie box-to-box plantait tout de même un joli quota de buts plus bas sur le pré. Avec douze pions claqués en sept rencontres qualificatives pour l'EURO 2022, la Beverenoise est la meilleure buteuse de ces éliminatoires. Sans oublier les quinze caramels, déposés dans les filets en neuf journées de Super League sous le maillot mauve. Merci Ella ?

LE MODÈLE : Romelu Lukaku

Tine De Caigny, c'est 180 centimètres de la tête aux orteils. Et logiquement une présence de tous les instants sur phase arrêtée. Mais pas que. Plutôt du genre studieuse, l'attaquante dit s'inspirer d'un joueur en particulier : Romelu Lukaku, tout juste élu meilleur Belge à l'étranger et en pleine bourre sous le maillot nerazzurro. "C'est le meilleur attaquant du moment. Lui aussi est grand, solide et sait garder le ballon comme je souhaiterais le faire", explique-t-elle. "Je sais que je dois encore améliorer ça. La façon dont il utilise son corps est intéressante pour moi."

Face à la Suisse, la Red Flame avait inscrit un doublé., BELGA (DAVID CATRY)
Face à la Suisse, la Red Flame avait inscrit un doublé. © BELGA (DAVID CATRY)

L'ÉQUIPIÈRE : Tessa Wullaert

Deuxième du classement derrière sa partenaire en club et en sélection, Tessa Wullaert ne grattera donc pas une quatrième godasse dorée. Un échec surprenant, tant la capitaine des Red Flames explose les compteurs dans une Super League bien trop petite pour elle, tout en gardant une influence forte sur la sélection.

Il n'empêche, une chose saute aux yeux, la complémentarité entre elle et celle qui lui a succédé au Soulier d'Or. Sur 22 buts inscrits par la nouvelle lauréate depuis le retour du football, dix l'ont été été sur un service de la capitaine des Flames. En équipe nationale, trois des cinq réalisations de Tine viennent d'une passe décisive de la même joueuse (sept sur 17 en club). Le signe de deux femmes qui se connaissent plutôt pas mal... et de l'utilité de posséder une équipe nationale dont la moitié des titulaires sont issues du même club.

L'AMBITION : l'EURO, l'EURO, l'EURO...

Faute de médiatisation suffisante au niveau des clubs et du championnat, l'essor du foot féminin en Belgique passe pour l'instant surtout par les Red Flames, véritable vitrine de la discipline dans le Royaume. Or, la prochaine échéance pour Tine et ses potes, ce sera l'EURO 2022, décalé d'un an à cause de vous savez quoi. Déjà qualifiées en 2017 aux Pays-Bas, les Belges avaient surtout emmagasiné de l'expérience dans un groupe difficile, avec toutefois une belle victoire contre la Norvège d'Ada Hegerberg.

Ce ne sera plus suffisant pour Tine. "On ne peut plus se contenter d'être à l'EURO", disait-elle fin novembre, avant la magnifique victoire acquise contre la Suisse, qualificative pour le tournoi européen. "On doit vraiment se concentrer et montrer qu'on est prêtes à prester, qu'on est meilleures qu'avant. Notre groupe est top et ne peut que grandir. Donnez du temps et vous allez voir une très bonne équipe. La force de notre groupe, c'est sa complémentarité. On n'est pas qu'une accumulation d'individualités."

L'AVENIR : l'Angleterre via l'EURO ?

Elle a beau se décrire comme parfois "trop gentille", la buteuse n'en reste pas moins pétrie d'ambition. Déjà triple championne de Belgique avec Anderlecht, cadre de l'équipe nationale (57 caps), où elle prend de plus en plus de responsabilités, la joueuse doit franchir une nouvelle étape dans sa carrière. Et ça, ça passe forcément par l'étranger, notamment l'Angleterre, un championnat qui la fait rêver. "Mais la France, l'Espagne ou l'Allemagne, ce serait top aussi", ajoutait-elle à Sport/Foot Mag il y a quelques semaines. Pour moi, l'Angleterre a les meilleures joueuses, la meilleure compétition. Je voudrais voir si je suis capable d'atteindre ce niveau, pour savoir où j'en suis. Ça serait une bonne jauge."

S'il ne se produit pas dès l'été prochain, un passage vers une compétition plus huppée passera forcément par un "truc" à l'EURO. Qui se disputera... en Angleterre, le championnat de ses rêves !

Attention toutefois à ne pas cramer les étapes, même si l'envie de se frotter à des attaquantes du calibre de Pernille Harder (Chelsea) ou Vivianne Miedema (Arsenal), deux des meilleures avants du monde, dont elle dit également s'inspirer, a de quoi la tenter. Il n'y aura pas de miracle pour Tine : s'il ne se produit pas dès l'été prochain, un transfert vers une compétition plus huppée passera forcément par un "truc" à l'EURO. Qui se disputera... en Angleterre !

LE BOULOT : entre Neerpede et la caisse

Comme l'immense majorité des joueuses de Super League, Tine De Caigny ne dipose pas d'un contrat pro. Seulement d'un statut de semi-pro, qui la pousse à partager sa journée entre son boulot dans un magasin d'articles de sport (de 10h à 18h30) à Termonde, et ses entraînements en soirée au centre d'Anderlecht. Polyvalente, écrivions-nous donc plus haut...

Bio express

Tine De Caigny

Âge: 23 ans

Date de naissance: 09/06/1997

Clubs: Vrasene (2004-2013), Club Bruges (2013-2015), Lierse (2015-2016), Valerenga (NOR, 07/2016- 11/2016), Anderlecht (01/2017-Aujourd'hui)

Red Flames: 57 caps, 25 buts

Palmarès: 3x championne de Belgique avec Anderlecht (2018, 2019, 2020), Coupe de Belgique 2016 avec le Lierse

Été 2019. Ella Van Kerkhoven décide de quitter Anderlecht direction l'Inter, laissant un trou sur le front de l'attaque mauve. Faute de solutions satisfaisantes, le coach Patrick Wachel décide de faire monter Tine De Caigny d'un cran. Habituée à évoluer comme numéro 8, la médiane se retrouve en numéro 9. En sélection, l'absence sur blessure de Van Kerkhoven, qui vivra une saison remplie de galères à Milan, pose le même souci à Ives Serneels. Et comme son homologue anderlechtois, il repositionne lui aussi De Caigny devant. Une première tentative en sélection qui se soldera par un quintuplé contre (il faut l'avouer) une Lituanie assez faiblarde en novembre 2019."Au début, c'était compliqué, car en tant qu'attaquante, tu as toujours le but dans ton dos et je n'étais pas habituée à ça", expliquait la joueuse à Sport/Foot Maagzine en décembre dernier. "J'ai appris à être plus tranchante devant le but. Je sais mieux conserver le ballon, alors qu'avant, je préférais jouer en une ou deux touches de balle. Je sais mieux jouer dos au but, utiliser mon corps pour ça. Je suis grande (elle mesure 1m80, ndlr), c'est donc un bon outil à utiliser." Une affirmation qui trouve un bel écho dans les chiffres, même si celle qui se voit comme une vraie box-to-box plantait tout de même un joli quota de buts plus bas sur le pré. Avec douze pions claqués en sept rencontres qualificatives pour l'EURO 2022, la Beverenoise est la meilleure buteuse de ces éliminatoires. Sans oublier les quinze caramels, déposés dans les filets en neuf journées de Super League sous le maillot mauve. Merci Ella ?Tine De Caigny, c'est 180 centimètres de la tête aux orteils. Et logiquement une présence de tous les instants sur phase arrêtée. Mais pas que. Plutôt du genre studieuse, l'attaquante dit s'inspirer d'un joueur en particulier : Romelu Lukaku, tout juste élu meilleur Belge à l'étranger et en pleine bourre sous le maillot nerazzurro. "C'est le meilleur attaquant du moment. Lui aussi est grand, solide et sait garder le ballon comme je souhaiterais le faire", explique-t-elle. "Je sais que je dois encore améliorer ça. La façon dont il utilise son corps est intéressante pour moi." Deuxième du classement derrière sa partenaire en club et en sélection, Tessa Wullaert ne grattera donc pas une quatrième godasse dorée. Un échec surprenant, tant la capitaine des Red Flames explose les compteurs dans une Super League bien trop petite pour elle, tout en gardant une influence forte sur la sélection. Il n'empêche, une chose saute aux yeux, la complémentarité entre elle et celle qui lui a succédé au Soulier d'Or. Sur 22 buts inscrits par la nouvelle lauréate depuis le retour du football, dix l'ont été été sur un service de la capitaine des Flames. En équipe nationale, trois des cinq réalisations de Tine viennent d'une passe décisive de la même joueuse (sept sur 17 en club). Le signe de deux femmes qui se connaissent plutôt pas mal... et de l'utilité de posséder une équipe nationale dont la moitié des titulaires sont issues du même club.Faute de médiatisation suffisante au niveau des clubs et du championnat, l'essor du foot féminin en Belgique passe pour l'instant surtout par les Red Flames, véritable vitrine de la discipline dans le Royaume. Or, la prochaine échéance pour Tine et ses potes, ce sera l'EURO 2022, décalé d'un an à cause de vous savez quoi. Déjà qualifiées en 2017 aux Pays-Bas, les Belges avaient surtout emmagasiné de l'expérience dans un groupe difficile, avec toutefois une belle victoire contre la Norvège d'Ada Hegerberg. Ce ne sera plus suffisant pour Tine. "On ne peut plus se contenter d'être à l'EURO", disait-elle fin novembre, avant la magnifique victoire acquise contre la Suisse, qualificative pour le tournoi européen. "On doit vraiment se concentrer et montrer qu'on est prêtes à prester, qu'on est meilleures qu'avant. Notre groupe est top et ne peut que grandir. Donnez du temps et vous allez voir une très bonne équipe. La force de notre groupe, c'est sa complémentarité. On n'est pas qu'une accumulation d'individualités."Elle a beau se décrire comme parfois "trop gentille", la buteuse n'en reste pas moins pétrie d'ambition. Déjà triple championne de Belgique avec Anderlecht, cadre de l'équipe nationale (57 caps), où elle prend de plus en plus de responsabilités, la joueuse doit franchir une nouvelle étape dans sa carrière. Et ça, ça passe forcément par l'étranger, notamment l'Angleterre, un championnat qui la fait rêver. "Mais la France, l'Espagne ou l'Allemagne, ce serait top aussi", ajoutait-elle à Sport/Foot Mag il y a quelques semaines. Pour moi, l'Angleterre a les meilleures joueuses, la meilleure compétition. Je voudrais voir si je suis capable d'atteindre ce niveau, pour savoir où j'en suis. Ça serait une bonne jauge."Attention toutefois à ne pas cramer les étapes, même si l'envie de se frotter à des attaquantes du calibre de Pernille Harder (Chelsea) ou Vivianne Miedema (Arsenal), deux des meilleures avants du monde, dont elle dit également s'inspirer, a de quoi la tenter. Il n'y aura pas de miracle pour Tine : s'il ne se produit pas dès l'été prochain, un transfert vers une compétition plus huppée passera forcément par un "truc" à l'EURO. Qui se disputera... en Angleterre ! Comme l'immense majorité des joueuses de Super League, Tine De Caigny ne dipose pas d'un contrat pro. Seulement d'un statut de semi-pro, qui la pousse à partager sa journée entre son boulot dans un magasin d'articles de sport (de 10h à 18h30) à Termonde, et ses entraînements en soirée au centre d'Anderlecht. Polyvalente, écrivions-nous donc plus haut...