Tour de France: des pois dévalués

13/07/10 à 12:44 - Mise à jour à 12:44

Source: Sportmagazine

Le maillot distinctif du meilleur grimpeur n'intéresse même pas les seconds couteaux.

Tour de France: des pois dévalués

© Belga

Nous avons effectué un test en interrogeant des amateurs de cyclisme sur leurs connaissances des derniers tours. Enumérer les vainqueurs est facile: Alberto Contador à deux reprises, Lance Armstrong et, il y a deux ans, Carlos Sastre. Certains butent sur Pereiro Sio, qui a remplacé Floyd Landis, rayé du palmarès. Le maillot vert ne pose pas trop de problèmes non plus: Tom Boonen, évidemment, Thor Hushovd à deux reprises, Oscar Freire et Robbie McEwen. Mais le maillot à pois... La plupart se souviennent de Michael Rasmussen mais c'est une autre paire de manches pour Mauricio Soler et Franco Pellizotti.

Il faut remonter à 1993 et à Toni Rominger pour trouver trace d'un coureur de renom qui s'est adjugé le classement de la montagne. L'année suivante, un certain Richard Virenque a entamé sa collection de maillots à pois. On ne peut pas parler de chasse. Le Français ne grimpait pas mal mais il n'était pas une chèvre de montagne. Il n'était pas le grimpeur qui, de quelques coups de pédales, larguait ses adversaires, comme jadis Federico Bahamontes, Charly Gaul ou Lucien Van Impe.

Mais Virenque était malin. Il avait compris qu'il n'était pas nécessaire d'être un héros au Tourmalet ou à l'Alpe d'Huez pour s'emparer de ce maillot. Dès que le parcours présentait une quelconque dénivellation, Virenque s'empressait de prendre le large. Il avait ainsi récolté pas mal de points avant même d'entamer le premier vrai col. Il pédalait le plus vite possible dans les lourdes étapes de montagne pour rafler ce qui pouvait l'être. Si les vrais ténors étaient dans un jour sans, cela pouvait même lui valoir une victoire d'étape mais c'était rare. En treize tours, le Français n'a remporté que sept victoires.

Il vaut mieux être dixième que de remporter le maillot à pois

Aucun de ceux qui rêvaient de la victoire finale n'avait envie de le suivre. Résultat: Virenque s'est adjugé le classement de la montagne quatre fois d'affilée, sans trop d'efforts. En 1998, il a été écarté du Tour, de même que toute l'équipe de Festina, et Christophe Rinero a été proclamé roi de la montagne, mais un an plus tard, Virenque reprenait son maillot. Au total, il en a remporté sept. Fait marquant, il n'y est pas parvenu lors des deux éditions au terme desquelles il est monté sur le podium à Paris. Pois et classement sont comme l'eau et le feu.

En dehors de l'Hexagone, le classement de la montagne a perdu son intérêt, ratant son objectif, qui est de couronner le meilleur grimpeur du Tour. Un cercle vicieux s'est mis en place: plus aucun coureur visant un bon classement final ne s'est intéressé à ce maillot. Le phénomène est lié au fétichisme du Tour de France, qui relègue les autres épreuves dans l'ombre, alors qu'en son sein, le classement et le maillot jaune sont l'essentiel. Il vaut mieux être dixième que de remporter le maillot à pois.

Jadis, un grimpeur qui couvait certaines ambitions pour la victoire finale osait s'échapper. Quand un Eddy Merckx ou un Van Impe le faisaient, le peloton tremblait: les écarts risquaient de s'accroître col après col et les trois quarts des coureurs étaient ravalés au rang de forçats, condamnés à pédaler comme des malades pour arriver dans les limites de temps imparties. Actuellement, celui qui s'est échappé tôt est généralement rattrapé au moment où commence la retransmission en direct, bien que depuis, les étapes des Alpes et des Pyrénées bénéficient d'une retransmission intégrale.

Revoir le mode de calcul

Comparons le maillot à pois avec le maillot vert. Quelle valeur aurait encore celui-ci s'il était enfilé par un coureur qui ne se distingue que dans les sprints intermédiaires? Dans les années 80, un maillot rouge récompensait les sprints intermédiaires mais il a été supprimé au bout de sept ans. Pourtant, les vainqueurs du maillot à pois ne font rien d'autre depuis vingt ans: ils sprintent au sommet de côtes, avant la mi-course.

On pourrait dire qu'il vaut mieux sprinter pour le maillot vert que grimper pour le maillot à pois. Le règlement du Tour témoigne plus de considération au maillot vert: celui qui est en tête des deux classements doit revêtir le vert. Par ailleurs, être le meilleur en sprint et en montagne n'a jamais été que le cas de cracks comme Merckx ou Bernard Hinault, jusqu'à l'arrivée d'un certain Laurent Jalabert. Il s'est adjugé le maillot vert dès ses deux premiers tours, en 1992 et en 1995 puis, au début du siècle, il a décidé d'imiter Virenque et il y est parvenu, à deux reprises. Ce fut le début de la fin pour le si prestigieux trophée de la montagne.

La direction du Tour a remanié ses règlements. Depuis 2004, elle attribue deux fois plus de points à l'ascension finale de cols de première ou deuxième catégorie et aux hors-catégorie. Cela n'a pas empêché Virenque de s'adjuger un septième maillot. Des scientifiques néerlandais proposent un autre mode de calcul depuis quelques années. Il ne serait plus basé sur les passages au sommet des cols mais sur les temps réels de grimpe. L'année dernière, ce classement alternatif aurait été emmené par Contador devant les frères Schleck. Pellizotti aurait terminé... 22e.

Parfum de dopage

La course au maillot de la montagne reste monotone. Même les seconds couteaux ne s'y intéressent guère, ce qui est étonnant car ce maillot offre une certaine visibilité au sponsor. Les investisseurs ne motivent-ils pas leurs coureurs ou sont-ils réticents? L'image du maillot a pris quelque coups ces dernières années. Il traîne un parfum de dopage. Faites la liste: Virenque a été exclu du Tour 1998. Santiago Botero, roi de la montagne en 2000, a été suspendu suite à son implication dans l'Operación Puerto. En 2007, alors que Rasmussen était sur le point de remporter son troisième prix de la montagne, voire même le Tour, il a été exclu. En 2008, Riccardo Riccó, revêtu du maillot à pois, a été contrôlé à l'EPO. Bernhardt Kohl l'a repris mais a été contrôlé à la cera quelques mois plus tard. Enfin, Pellizotti n'a pu prendre le départ du dernier Giro à cause de valeurs sanguines suspectes.

Il y a 35 ans, le maillot à pois a été initié pour le leader du classement de la montagne. Ce maillot a toujours ressemblé à un costume de clown mais sur Hinault, Van Impe, Luis Herrera et d'autres grands grimpeurs, il ressemblait à un smoking. Ces dernières années, hélas, il accentue l'aspect clownesque de son porteur. Il est temps de changer ça.

Peter Mangelschots

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