" See you in 2021, Tokyo. First, we have to win a huge fight. " C'est le tweet posté par la vedette française du judo, Teddy Riner, à l'annonce du report des Jeux de Tokyo. Le CIO a ainsi mis fin au dilemme des candidats olympiens, déchirés entre l'envie de rester en sécurité chez eux, à l'abri du virus, et de continuer à s'entraîner. Désormais, le #StayAtHome vaut également pour eux. Mais le CIO et le comité d'organisation japonais entament un autre combat : celui contre le temps, afin de mettre sur pied de nouveaux Jeux.

Le coût du report des Jeux ? 2,44 milliards d'euros selon le journal japonais Nikkei Asian Review, le double d'après un bureau d'audit nippon.

Bien que la population nipponne ait plutôt le sentiment Shitata ga nai (rien à faire), des enquêtes révèlent que, compte tenu de la pandémie, 78% des gens jugent un report " approprié ", Yoshiro Mori, le président du comité d'organisation (TOCOG), a souligné " la tâche angoissante, inédite " qui attendait le Japon. " Nous avons six mois pour faire tout ce que nous avons réalisé en sept ans. "

À quatre mois de la cérémonie d'ouverture le 24 juillet, l'organisation de l'événement sportif le plus complexe du monde était achevée, bien plus tôt que les Jeux précédents. Les Japonais n'avaient plus qu'à épicer le plat et à le mettre au four. Maintenant, ils doivent chercher des milliers de nouveaux ingrédients pour concocter un nouveau met, encore plus complexe.

Toutefois, les Japonais sont combatifs, à l'image de Yoshiro Mori, le président de 82 ans du TOCOG. " J'ai survécu au cancer, grâce à un nouveau médicament. C'est une source d'inspiration pour nous tous : il y a toujours de l'espoir. " Un espoir que partagent beaucoup d'observateurs : les Japonais, super organisés, vont bel et bien faire remonter au zénith le soleil olympique. Deux jours après l'annonce du report des Jeux, l'horloge de décompte de Tokyo a été remise à l'heure normale. Le pays s'est concentré sur la dure réalité. Il a immédiatement mis sur pied le Tokyo 2020 New Launch Task Force afin d'adapter les milliers de contrats avec les autorités locales, les sponsors, les gérants d'hôtels, les fournisseurs, les détenteurs de billets, les entreprises de transport.

L'horloge qui décomptait le temps avant l'ouverture des Jeux de Tokyo., BELGAIMAGE
L'horloge qui décomptait le temps avant l'ouverture des Jeux de Tokyo. © BELGAIMAGE

Coût de l'opération : 2,44 milliards d'euros selon le journal japonais Nikkei Asian Review, le double d'après un bureau d'audit nippon - partiellement couvert par des assurances. Le CIO récupérera aussi une partie de son investissement de 1,16 milliard d'euros grâce aux assurances, contractées via Lloyd's of London (pour une prime totale de vingt millions d'euros). Il est en plus protégé des demandes d'indemnités par le host-city conclu avec Tokyo.

Yoshiro Mori n'en a pas moins parlé de coûts massifs, à partager entre le CIO et le comité d'organisation. Ils viennent s'ajouter aux onze milliards d'euros que le comité d'organisation japonais devait initialement consacrer aux Jeux. Du moins officiellement, car le prix total serait deux fois plus élevé. On parle même de 25 milliards, alors que le budget a été réduit en cours d'organisation.

LA LOCATION DU VILLAGE OLYMPIQUE

La prolongation de la location du stade et des autres installations constitue la principale pierre d'achoppement. Rien que pour la durée des Jeux, le TOCOG avait réservé 430 millions à cet effet et il doit prolonger les leasings. Dix des 43 venues étaient provisoires et devaient, à l'issue des Paralympics (du 25 août au 6 septembre), être transformés en halls de foires. Le Tokyo International Forum, qui devait accueillir l'haltérophilie, et le Tokyo Big Sight Conference Center, réservé à la presse, étaient déjà réservés pour l'été 2021.

La transformation du village olympique (5.000 appartements répartis en 23 immeubles dans le quartier chic de Tokyo Bay, doit être reportée. Elle devait s'étendre sur deux années, pour permettre aux premiers habitants d'intégrer leur appartement en 2023. 900 sont déjà vendus, certains pour 900.000 euros, mais le délai de livraison et la vente des autres appartements doivent être décalés d'un an, avec à la clef des indemnités.

L'économie japonaise va en pâtir aussi. Les rapports font état de pertes allant de 4,4 à 5,7 milliards d'euros, dont deux milliards proviendraient de l'absence des 600.000 touristes attendus. Ce n'est certes qu'une fraction de ce qu'aurait coûté une annulation des JO. Et c'est aussi beaucoup moins que l'impact de la crise sanitaire, évaluée à des dizaines de milliards, alors que l'économie japonaise n'est déjà pas brillante. En outre, la semaine passée, le nombre de contaminations au Covid-19 et de décès a sérieusement augmenté alors que les chiffres étaient jusqu'alors restés limités par rapport aux autres pays. Est-ce un hasard, juste après le report des Jeux ? Ou a-t-on effectué trop peu de tests avant ? Le fait est que le gouverneur Yuriko Koike a décrété un StayAtHome jusqu'au 12 avril.

C'est dans ces conditions difficiles que la New Launch Task Force doit relancer les Jeux, alors que ceux qui étaient prévus cette année étaient déjà qualifiés de Reconstruction Games, symboles du relèvement du Japon après le terrible tremblement de terre, le tsunami et la catastrophe nucléaire de Fukushima du 11 mars 2011. Ces Reconstruction Games sont rebaptisés Recovery Games. Ils symboliseront le (possible) redressement du monde entier au terme de la pandémie. Pour reprendre les termes de la nageuse américaine Katie Ledecky : " Pourvu qu'après des mois de distanciation sociale, nous puissions, dans un an, nous rassembler et fêter les plus beaux Jeux Olympiques de tous les temps. " La malédiction qui pèse sur les Jeux 2020 deviendrait alors une bénédiction.

Yoshiro Mori, le président du comité d'organisation des Jeux Olympiques de Tokyo., BELGAIMAGE
Yoshiro Mori, le président du comité d'organisation des Jeux Olympiques de Tokyo. © BELGAIMAGE

DES JEUX DE PRINTEMPS ?

La question est plutôt de savoir quand les olympiades pourront se dérouler. Le communiqué de presse annonçant le report spécifiait : " Au plus tard l'été 2021 ". Il laisse ainsi la porte ouvert à des Jeux de Printemps, en avril ou en mai. Le président du CIO, Thomas Bach, l'a confirmé : " Nous ne sommes pas mariés à l'été. "

Le Japon est une destination attrayante au printemps : c'est la saison de floraison des fameux cerisiers du Japon. Les températures sont aussi plus clémentes, environ vingt degrés, qu'en été, où elles flirtent avec les trente degrés, avec un taux d'humidité très élevé. Ça peut sembler futile maintenant, mais jusqu'à la pandémie, c'était le principal problème de Tokyo 2020, avec les dérapages budgétaires. Le comité avait même investi des millions dans des mesures de lutte contre la canicule. C'est aussi pour ça que le CIO avait déplacé les marathons à 800 kilomètres au nord, à Sapporo, plus frais. Le comité d'organisation japonais n'en était pas ravi à cause du coût de près de 300 millions et des occasions ratées de city marketing, avec des marathons à travers les rues de Tokyo.

Yuriko Koike, le gouverneur de Tokyo, plaide en faveur de Jeux de Printemps, comme plusieurs fédérations sportives, la fédération internationale d'équitation, présidée par le Belge Ingmar De Vos, et l'union internationale de triathlon. Des sports de plein air qui souffriraient moins de la chaleur en avril ou en mai.

Yoshiro Mori était initialement d'accord mais a rapidement affirmé que les marathons se dérouleraient à Sapporo. Ça constitue une indication sur les visées de la Here We go Task Force mise en place par le TOCOG : il proposerait des Jeux entre le vendredi 23 juillet et le dimanche 8 août, soit exactement la même période qu'en 2020, à un jour près. Selon Yohiro Mori, ce délai est nécessaire pour opérer tous les changements logistiques, chercher de nouveaux volontaires, organiser les tournois de qualification annulés (47% des 11.000 ahtlètes ne sont pas encore qualifiés) et échapper aux suites éventuelles du corona. John Coates, le président de la commission de coordination, avait déjà dit que l'été constituait " la seule option ". Pas étonnant, dès lors, qu'après les discussions de lundi entre le CIO, le TOCOG, la ville de Tokyo et le gouvernement japonais, la date d'ouverture du 23 juillet ait été confirmée.

Des Jeux de Printemps seraient entrés en conflit avec les World Masters Games (les Jeux Olympiques pour les plus de 35 ans), avec 20.000 participants, organisés à Kansai, une ville japonaise. La majeure partie du matériel des Jeux et des Paralympics sera utilisée. Le Japon ne peut pas reporter cet événement, car Roland Garros débute le 24 mai et le 11 juin, c'est au tour de l'EURO de football et de la Copa América. Si les Jeux ont lieu plus tôt, ils sont en concurrence avec le Giro, les grands championnats européens de football et les saisons de NBA (basket), MLB (base-ball) et NHL (hockey sur glace) aux USA.

La NBC Universal, très influente, a versé près de quatre milliards d'euros pour les droits TV des Jeux de 2014 à 2020. Elle ne détient que les droits de la NHL et du populaire GPA Golf Tour mais elle préfère l'été. Les Jeux sont plus aisément intégrables à la programmation TV à ce moment et rapportent plus en publicité. La NBC a déjà vendu la somme record de 1,16 milliard pour les Jeux.

Un gros problème doit encore être résolu : la date de report des Jeux, le 23 juillet, entre en conflit avec un été 2021 déjà très chargé ( voir calendrier), notamment avec la fin du Tour de France. Les autres grands obstacles sont les World Games, l'EURO féminin de football, les Mondiaux d'athlétisme et de natation. L'UEFA est toutefois disposée à reporter l'EURO féminin à 2022, ne serait-ce que pour éviter la concurrence de l'EURO masculin. Sebastian Coe, le président de la fédération internationale d'athlétisme et ami de Thomas Bach, est prêt à décaler son Mondial en 2022. Ça comblerait un vide dans le calendrier athlétique 2022. Il y aurait même ainsi un grand tournoi d'athlétisme cinq saisons d'affilée, de 2021 à 2025, avec le Mondial 2023 à Budapest, les Jeux 2024 de Paris et le Mondial 2025.

La fédération de natation FINA veut également être souple, tout en ne souhaitant pas un report de son championnat d'un an. C'est pour ça qu'elle était partisane de Jeux de Printemps. Ça provoquerait d'ailleurs un effet dominos, car l'été 2022 ne laisse pas beaucoup de marge de manoeuvre, avec les Jeux du Commonwealth à Birmingham (du 27 juillet au 7 août), dont les organisateurs ne veulent pas entendre parler de changement de date, et les Asian Games, très importants pour les pays asiatiques, qui se déroulent du 10 au 25 septembre en Chine, à Hangzhou.

LE CORONA

Un élément va s'avérer crucial : quid si, d'ici le printemps ou l'été 2021, il n'y a pas encore de vaccin ou de traitement efficace contre le coronavirus ? Et si beaucoup de sportifs sont à nouveau placés en quarantaine et ne peuvent s'entraîner ni disputer de tournois qualificatifs, parce qu'une deuxième pandémie (moins grave) touche le monde durant l'hiver et le printemps 2021, ce qui n'est pas impensable selon de nombreux scientifiques ?

Là encore, l'OMS, qui a joué un rôle crucial dans le report des Jeux, jugerait la tenue d'une olympiade irresponsable. Le rassemblement de milliers de personnes constituerait un foyer majeur d'infection. Rappelez-vous les Jeux d'Hiver 1998, à Nagano : une épidémie de grippe avait frappé des dizaines d'athlètes, de journalistes et d'officiels. Et lors des récents Jeux de Pyeongchang 2018, une épidémie de norovirus (digestif) a contaminé près de 300 personnes et contraint l'organisation à placer 1.200 autres en quarantaine.

Ni l'OMS ni le CIO ne peuvent actuellement garantir de date sûre en 2021, même pas en été. Dans le pire des cas, Thomas Bach, déjà très critiqué, n'aura pas le choix : il devra définitivement annuler l'olympiade. Reste à voir si ça diminuera ses chances de réélection à la présidence du CIO, lors du congrès (provisoirement) prévu à Athènes en juin 2021. Pour l'heure, aucun candidat sérieux ne s'est encore présenté.

Ce serait un effet secondaire très relatif en cas de nouvelle pandémie, y compris en comparaison avec les conséquences bien plus terribles d'une annulation pour l'ensemble du milieu sportif, pour l'économie du Japon, pour l'image de ses habitants, particulièrement fiers, et pour le Premier ministre Shinzo Abe, qui a freiné le plus longtemps possible le report des Jeux. Une olympiade réussie doit en effet constituer son ultime héritage de Premier ministre japonais le plus longtemps en poste (depuis 2012), avant les élections prévues au plus tard en octobre 2021. De bons Jeux constituent un atout précieux pour son parti démocratique libéral durant la campagne électorale.

Dans le pire des cas, une annulation définitive, la bénédiction des Recovery Games serait une malédiction. Celle des Termination Games, tués dans l'oeuf par le coronavirus.

" See you in 2021, Tokyo. First, we have to win a huge fight. " C'est le tweet posté par la vedette française du judo, Teddy Riner, à l'annonce du report des Jeux de Tokyo. Le CIO a ainsi mis fin au dilemme des candidats olympiens, déchirés entre l'envie de rester en sécurité chez eux, à l'abri du virus, et de continuer à s'entraîner. Désormais, le #StayAtHome vaut également pour eux. Mais le CIO et le comité d'organisation japonais entament un autre combat : celui contre le temps, afin de mettre sur pied de nouveaux Jeux. Bien que la population nipponne ait plutôt le sentiment Shitata ga nai (rien à faire), des enquêtes révèlent que, compte tenu de la pandémie, 78% des gens jugent un report " approprié ", Yoshiro Mori, le président du comité d'organisation (TOCOG), a souligné " la tâche angoissante, inédite " qui attendait le Japon. " Nous avons six mois pour faire tout ce que nous avons réalisé en sept ans. " À quatre mois de la cérémonie d'ouverture le 24 juillet, l'organisation de l'événement sportif le plus complexe du monde était achevée, bien plus tôt que les Jeux précédents. Les Japonais n'avaient plus qu'à épicer le plat et à le mettre au four. Maintenant, ils doivent chercher des milliers de nouveaux ingrédients pour concocter un nouveau met, encore plus complexe. Toutefois, les Japonais sont combatifs, à l'image de Yoshiro Mori, le président de 82 ans du TOCOG. " J'ai survécu au cancer, grâce à un nouveau médicament. C'est une source d'inspiration pour nous tous : il y a toujours de l'espoir. " Un espoir que partagent beaucoup d'observateurs : les Japonais, super organisés, vont bel et bien faire remonter au zénith le soleil olympique. Deux jours après l'annonce du report des Jeux, l'horloge de décompte de Tokyo a été remise à l'heure normale. Le pays s'est concentré sur la dure réalité. Il a immédiatement mis sur pied le Tokyo 2020 New Launch Task Force afin d'adapter les milliers de contrats avec les autorités locales, les sponsors, les gérants d'hôtels, les fournisseurs, les détenteurs de billets, les entreprises de transport. Coût de l'opération : 2,44 milliards d'euros selon le journal japonais Nikkei Asian Review, le double d'après un bureau d'audit nippon - partiellement couvert par des assurances. Le CIO récupérera aussi une partie de son investissement de 1,16 milliard d'euros grâce aux assurances, contractées via Lloyd's of London (pour une prime totale de vingt millions d'euros). Il est en plus protégé des demandes d'indemnités par le host-city conclu avec Tokyo. Yoshiro Mori n'en a pas moins parlé de coûts massifs, à partager entre le CIO et le comité d'organisation. Ils viennent s'ajouter aux onze milliards d'euros que le comité d'organisation japonais devait initialement consacrer aux Jeux. Du moins officiellement, car le prix total serait deux fois plus élevé. On parle même de 25 milliards, alors que le budget a été réduit en cours d'organisation. La prolongation de la location du stade et des autres installations constitue la principale pierre d'achoppement. Rien que pour la durée des Jeux, le TOCOG avait réservé 430 millions à cet effet et il doit prolonger les leasings. Dix des 43 venues étaient provisoires et devaient, à l'issue des Paralympics (du 25 août au 6 septembre), être transformés en halls de foires. Le Tokyo International Forum, qui devait accueillir l'haltérophilie, et le Tokyo Big Sight Conference Center, réservé à la presse, étaient déjà réservés pour l'été 2021. La transformation du village olympique (5.000 appartements répartis en 23 immeubles dans le quartier chic de Tokyo Bay, doit être reportée. Elle devait s'étendre sur deux années, pour permettre aux premiers habitants d'intégrer leur appartement en 2023. 900 sont déjà vendus, certains pour 900.000 euros, mais le délai de livraison et la vente des autres appartements doivent être décalés d'un an, avec à la clef des indemnités. L'économie japonaise va en pâtir aussi. Les rapports font état de pertes allant de 4,4 à 5,7 milliards d'euros, dont deux milliards proviendraient de l'absence des 600.000 touristes attendus. Ce n'est certes qu'une fraction de ce qu'aurait coûté une annulation des JO. Et c'est aussi beaucoup moins que l'impact de la crise sanitaire, évaluée à des dizaines de milliards, alors que l'économie japonaise n'est déjà pas brillante. En outre, la semaine passée, le nombre de contaminations au Covid-19 et de décès a sérieusement augmenté alors que les chiffres étaient jusqu'alors restés limités par rapport aux autres pays. Est-ce un hasard, juste après le report des Jeux ? Ou a-t-on effectué trop peu de tests avant ? Le fait est que le gouverneur Yuriko Koike a décrété un StayAtHome jusqu'au 12 avril. C'est dans ces conditions difficiles que la New Launch Task Force doit relancer les Jeux, alors que ceux qui étaient prévus cette année étaient déjà qualifiés de Reconstruction Games, symboles du relèvement du Japon après le terrible tremblement de terre, le tsunami et la catastrophe nucléaire de Fukushima du 11 mars 2011. Ces Reconstruction Games sont rebaptisés Recovery Games. Ils symboliseront le (possible) redressement du monde entier au terme de la pandémie. Pour reprendre les termes de la nageuse américaine Katie Ledecky : " Pourvu qu'après des mois de distanciation sociale, nous puissions, dans un an, nous rassembler et fêter les plus beaux Jeux Olympiques de tous les temps. " La malédiction qui pèse sur les Jeux 2020 deviendrait alors une bénédiction. La question est plutôt de savoir quand les olympiades pourront se dérouler. Le communiqué de presse annonçant le report spécifiait : " Au plus tard l'été 2021 ". Il laisse ainsi la porte ouvert à des Jeux de Printemps, en avril ou en mai. Le président du CIO, Thomas Bach, l'a confirmé : " Nous ne sommes pas mariés à l'été. " Le Japon est une destination attrayante au printemps : c'est la saison de floraison des fameux cerisiers du Japon. Les températures sont aussi plus clémentes, environ vingt degrés, qu'en été, où elles flirtent avec les trente degrés, avec un taux d'humidité très élevé. Ça peut sembler futile maintenant, mais jusqu'à la pandémie, c'était le principal problème de Tokyo 2020, avec les dérapages budgétaires. Le comité avait même investi des millions dans des mesures de lutte contre la canicule. C'est aussi pour ça que le CIO avait déplacé les marathons à 800 kilomètres au nord, à Sapporo, plus frais. Le comité d'organisation japonais n'en était pas ravi à cause du coût de près de 300 millions et des occasions ratées de city marketing, avec des marathons à travers les rues de Tokyo. Yuriko Koike, le gouverneur de Tokyo, plaide en faveur de Jeux de Printemps, comme plusieurs fédérations sportives, la fédération internationale d'équitation, présidée par le Belge Ingmar De Vos, et l'union internationale de triathlon. Des sports de plein air qui souffriraient moins de la chaleur en avril ou en mai. Yoshiro Mori était initialement d'accord mais a rapidement affirmé que les marathons se dérouleraient à Sapporo. Ça constitue une indication sur les visées de la Here We go Task Force mise en place par le TOCOG : il proposerait des Jeux entre le vendredi 23 juillet et le dimanche 8 août, soit exactement la même période qu'en 2020, à un jour près. Selon Yohiro Mori, ce délai est nécessaire pour opérer tous les changements logistiques, chercher de nouveaux volontaires, organiser les tournois de qualification annulés (47% des 11.000 ahtlètes ne sont pas encore qualifiés) et échapper aux suites éventuelles du corona. John Coates, le président de la commission de coordination, avait déjà dit que l'été constituait " la seule option ". Pas étonnant, dès lors, qu'après les discussions de lundi entre le CIO, le TOCOG, la ville de Tokyo et le gouvernement japonais, la date d'ouverture du 23 juillet ait été confirmée. Des Jeux de Printemps seraient entrés en conflit avec les World Masters Games (les Jeux Olympiques pour les plus de 35 ans), avec 20.000 participants, organisés à Kansai, une ville japonaise. La majeure partie du matériel des Jeux et des Paralympics sera utilisée. Le Japon ne peut pas reporter cet événement, car Roland Garros débute le 24 mai et le 11 juin, c'est au tour de l'EURO de football et de la Copa América. Si les Jeux ont lieu plus tôt, ils sont en concurrence avec le Giro, les grands championnats européens de football et les saisons de NBA (basket), MLB (base-ball) et NHL (hockey sur glace) aux USA. La NBC Universal, très influente, a versé près de quatre milliards d'euros pour les droits TV des Jeux de 2014 à 2020. Elle ne détient que les droits de la NHL et du populaire GPA Golf Tour mais elle préfère l'été. Les Jeux sont plus aisément intégrables à la programmation TV à ce moment et rapportent plus en publicité. La NBC a déjà vendu la somme record de 1,16 milliard pour les Jeux. Un gros problème doit encore être résolu : la date de report des Jeux, le 23 juillet, entre en conflit avec un été 2021 déjà très chargé ( voir calendrier), notamment avec la fin du Tour de France. Les autres grands obstacles sont les World Games, l'EURO féminin de football, les Mondiaux d'athlétisme et de natation. L'UEFA est toutefois disposée à reporter l'EURO féminin à 2022, ne serait-ce que pour éviter la concurrence de l'EURO masculin. Sebastian Coe, le président de la fédération internationale d'athlétisme et ami de Thomas Bach, est prêt à décaler son Mondial en 2022. Ça comblerait un vide dans le calendrier athlétique 2022. Il y aurait même ainsi un grand tournoi d'athlétisme cinq saisons d'affilée, de 2021 à 2025, avec le Mondial 2023 à Budapest, les Jeux 2024 de Paris et le Mondial 2025. La fédération de natation FINA veut également être souple, tout en ne souhaitant pas un report de son championnat d'un an. C'est pour ça qu'elle était partisane de Jeux de Printemps. Ça provoquerait d'ailleurs un effet dominos, car l'été 2022 ne laisse pas beaucoup de marge de manoeuvre, avec les Jeux du Commonwealth à Birmingham (du 27 juillet au 7 août), dont les organisateurs ne veulent pas entendre parler de changement de date, et les Asian Games, très importants pour les pays asiatiques, qui se déroulent du 10 au 25 septembre en Chine, à Hangzhou. Un élément va s'avérer crucial : quid si, d'ici le printemps ou l'été 2021, il n'y a pas encore de vaccin ou de traitement efficace contre le coronavirus ? Et si beaucoup de sportifs sont à nouveau placés en quarantaine et ne peuvent s'entraîner ni disputer de tournois qualificatifs, parce qu'une deuxième pandémie (moins grave) touche le monde durant l'hiver et le printemps 2021, ce qui n'est pas impensable selon de nombreux scientifiques ? Là encore, l'OMS, qui a joué un rôle crucial dans le report des Jeux, jugerait la tenue d'une olympiade irresponsable. Le rassemblement de milliers de personnes constituerait un foyer majeur d'infection. Rappelez-vous les Jeux d'Hiver 1998, à Nagano : une épidémie de grippe avait frappé des dizaines d'athlètes, de journalistes et d'officiels. Et lors des récents Jeux de Pyeongchang 2018, une épidémie de norovirus (digestif) a contaminé près de 300 personnes et contraint l'organisation à placer 1.200 autres en quarantaine. Ni l'OMS ni le CIO ne peuvent actuellement garantir de date sûre en 2021, même pas en été. Dans le pire des cas, Thomas Bach, déjà très critiqué, n'aura pas le choix : il devra définitivement annuler l'olympiade. Reste à voir si ça diminuera ses chances de réélection à la présidence du CIO, lors du congrès (provisoirement) prévu à Athènes en juin 2021. Pour l'heure, aucun candidat sérieux ne s'est encore présenté. Ce serait un effet secondaire très relatif en cas de nouvelle pandémie, y compris en comparaison avec les conséquences bien plus terribles d'une annulation pour l'ensemble du milieu sportif, pour l'économie du Japon, pour l'image de ses habitants, particulièrement fiers, et pour le Premier ministre Shinzo Abe, qui a freiné le plus longtemps possible le report des Jeux. Une olympiade réussie doit en effet constituer son ultime héritage de Premier ministre japonais le plus longtemps en poste (depuis 2012), avant les élections prévues au plus tard en octobre 2021. De bons Jeux constituent un atout précieux pour son parti démocratique libéral durant la campagne électorale. Dans le pire des cas, une annulation définitive, la bénédiction des Recovery Games serait une malédiction. Celle des Termination Games, tués dans l'oeuf par le coronavirus.