Il a commencé l'année de manière tonitruante. Vainqueur de son premier Grand Chelem à l'Open d'Australie il y a quelques semaines, Joachim Gérard a posé la première pierre de ce qu'il espère être son année.
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Il a commencé l'année de manière tonitruante. Vainqueur de son premier Grand Chelem à l'Open d'Australie il y a quelques semaines, Joachim Gérard a posé la première pierre de ce qu'il espère être son année. Après avoir profité du confinement et de l'arrêt des compétitions pour revoir certains aspects de son jeu, le Brabançon est désormais plein d'ambitions et espère briller dans tous les grands tournois, notamment aux Jeux Paralympiques. Un tournoi qui lui a bien réussi à Rio, avec une médaille de bronze. Est-ce que le tournoi paralympique est différent des autres compétitions et notamment des Grands Chelems? JOACHIM GÉRARD: Concernant le tennis, les Grands Chelems sont sur le même pied que les Jeux Paralympiques. Ce sont toutes des organisations incroyables, des tournois mythiques que tout le monde veut gagner. Je n'ai jamais entendu, chez les valides, un grand joueur dire qu'il se fout des Jeux. Pour nous, c'est pareil. On veut gagner les Jeux et les Grands Chelems. Ce sont tous de réels objectifs. Il y a plus de matches à jouer aux Jeux Paralympiques qu'en Grand Chelem. Cela change-t-il quelque chose dans ton approche de la compétition? GÉRARD: On a le temps de se mettre en route. Dans les quatre grands tournois annuels, on commence directement en quarts de finale contre un membre du top 8 mondial. On rencontre donc tout de suite un adversaire très costaud. Aux Jeux, on a l'opportunité d'avoir plus de temps pour démarrer, mais il faut tout de même être au top de notre forme du début à la fin. Il faut éviter toute défaillance. Le fait que ce tournoi ne soit organisé que tous les quatre ans, cela rajoute-t-il une pression? GÉRARD: Pour ma part, non. Mais après la compétition, quand on se dit qu'on a raté le coche et qu'il faut encore attendre quatre ans pour revenir, c'est dur. À Rio, je n'avais vraiment pas de pression en arrivant parce que j'avais l'impression d'avoir été formaté pour ramener une médaille. Je n'ai jamais eu aucun doute là-dessus. Je me rappelle d'avoir eu une sensation, quelques jours avant de partir, de mal de ventre. Comme si je n'arrivais pas à digérer quelque chose. Il y avait un surplus d'émotion avant de partir, mais en arrivant sur place, plus aucune pression. Il faut se dire que c'est un tournoi comme les autres, même si cette durée de quatre ans peut trotter dans la tête, surtout chez ceux qui ne sont plus tout jeunes et qui n'y participeront peut-être plus. La cérémonie d'ouverture, c'est quelque chose d'important pour toi? GÉRARD: Les cérémonies d'ouverture sont incroyables. Malgré mes trois participations, j'ai à chaque fois tous les poils de mon corps qui se hérissent. On n'a pas l'habitude d'entrer dans un stade avec 100.000 personnes, d'être acclamés, reconnus. Rentrer dans un stade aussi grand, avoir cette pression, c'est quelque chose. Le reste est-il à la hauteur? GÉRARD: Tout l'événement est fabuleux. Le village olympique est grandiose. Le restaurant est gigantesque, avec de la nourriture de tous les coins du monde. Il y a de tout et quand on veut. On sent vraiment que l'organisation est bien huilée. En plus, et je ne le dirai jamais assez, on a la chance de passer après les Jeux Olympiques, où il y a souvent des petits soucis. Et quand on arrive, tout ça est réparé et les organisateurs ont l'expérience des JO. Chaque fois que je participe, j'ai les yeux plein d'étoiles. En plus, si on a le temps, on a la possibilité d'aller voir d'autres sports, ce qu'on peut rarement faire en temps normal. Pour finir, la cérémonie de clôture est de temps en temps décevante parce qu'on a l'esprit bloqué sur le fait que c'est déjà fini. Mais à Londres, on a pu tout de même assister à un concert privé de Coldplay, c'était fabuleux. Le fait d'être avec le Team Belgium, ça change de ton quotidien, non? GÉRARD: Je fais partie d'un sport individuel et, même si j'ai mon équipe avec mes coaches, ça reste quelque chose de différent. Aux Jeux Paralympiques, on est réunis entre athlètes du même pays qui ont tous cette même ambition de faire de bonnes performances. On prend des nouvelles l'un de l'autre, on se soutient. À chaque médaille, on se réunit pour féliciter le nouveau détenteur et, à Rio, on en a obtenu onze, donc on se voyait souvent. C'est très agréable et on veut apporter notre pierre à l'édifice. Quand certains ont fini leur compétition, ils restent pour apporter leur soutien et discuter avec ceux encore en lice. Dans le restaurant, on choisit généralement un endroit où on se réunit entre Belges et où il y a presque toujours quelqu'un donc on se voit très régulièrement. Il y a un vrai esprit d'équipe, on aime passer du temps ensemble. Tokyo, comment l'appréhendes-tu? GÉRARD: Je l'attends avec autant d'impatience que n'importe quel tournoi. J'ai l'objectif de devenir numéro un mondial le plus vite possible et cela passe par des victoires dans les grands événements, notamment en Grand Chelem. J'ai hâte de faire toutes les compétitions, y compris les Jeux. Et j'ai vraiment envie d'en découdre. À côté de ça, j'adore le Japon. Je suis un fan inconditionnel de la culture de ce pays, notamment des sushis. Je suis aussi très ami avec Shingo Kunieda, avec qui j'aime beaucoup discuter de son pays. C'est un réel plaisir d'aller au Japon. En plus, quand ils organisent quelque chose, ils le font bien. Je n'ai aucun doute sur le fait que l'événement sera génial. T'es-tu fixé un objectif précis pour cette paralympiade? GÉRARD: Je vais y aller pour la victoire. Une fois sur place, je ne vais pas me contenter d'aller au troisième ou quatrième tour, je veux l'or. Que ce soit en simple ou en double, d'ailleurs. En double, je devrais jouer avec le jeune Jef Vandorpe, qui monte et a un gros potentiel. Cette fois, je ne me contenterai pas du plus petit métal. J'ai fait, à chaque participation, un meilleur résultat que la fois précédente, donc faire mieux, c'est une finale au minimum, et puis on verra bien.