"Mon équipe est comme ma famille. Ce sont eux qui m'accompagnent pendant mes matches. Celui-ci est pour vous ." Tel était le discours de Naomi Osaka en clôture du dernier Open d'Australie. À la tête de ce team, depuis fin 2019, on retrouve son coach belge, Wim Fissette. Il a fait d'elle une véritable machine de guerre, quasiment invincible (du moins sur surface dure). La Japonaise n'oublie jamais de le citer lors des célébrations et des interviews, et l'appelle The Professor. Ou, affectueusement: Fissetti. "Je respecte tout ce qu'il me dit, car je sens qu'il peut m'apprendre beaucoup. Il est si calme, si compétent."
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"Mon équipe est comme ma famille. Ce sont eux qui m'accompagnent pendant mes matches. Celui-ci est pour vous ." Tel était le discours de Naomi Osaka en clôture du dernier Open d'Australie. À la tête de ce team, depuis fin 2019, on retrouve son coach belge, Wim Fissette. Il a fait d'elle une véritable machine de guerre, quasiment invincible (du moins sur surface dure). La Japonaise n'oublie jamais de le citer lors des célébrations et des interviews, et l'appelle The Professor. Ou, affectueusement: Fissetti. "Je respecte tout ce qu'il me dit, car je sens qu'il peut m'apprendre beaucoup. Il est si calme, si compétent." Comment un ancien tennisman raté et un selfmade coach comme Fissette a-t-il acquis cette connaissance et s'est-il bâti un tel palmarès? Et comment le Limbourgeois a-t-il réalisé son rêve de diriger la meilleure joueuse du monde? Voici son histoire en quatre chapitres. 2008. Le jeune Wim Fissette, huit ans, joue au football à Saint-Trond. Mais ses parents estiment que c'est un sport trop dangereux et le redirigent, avec son frère, vers le tennis. Sa mère, qui commence aussi à jouer au tennis, l'emmène tous les jours à l'école de tennis du KTC Diest. C'est là qu'à treize ans, il fait la connaissance de Kim Clijsters. Elle a trois ans de moins que Fissette, mais ça ne l'empêche pas de s'entraîner tous les jours avec lui. Le Limbourgeois atteint rapidement le top belge chez les jeunes. Il remporte même le titre européen par nations dans la catégorie U16 avec Xavier Malisse et Olivier Rochus. Fissette se rend cependant compte que ses compagnons sont plus talentueux que lui et que ses chances d'atteindre le sommet sont minces. Ça ne l'empêche pas d'essayer: à 18 ans, il déménage à Rödinghausen, en Allemagne, où il défend les couleurs du club local et participe pendant deux ans (1999 et 2000) aux tournois des Futures (la catégorie en-dessous des tournois ATP). La meilleure place de Fissette au classement ATP? La 1.291e... Il rentre en Belgique, étudie la logistique et le management, et enterre, croit-on, ses rêves tennistiques. Septembre 2004. Kim Clijsters participe au tournoi WTA de Hasselt et a besoin d'un sparring-partner. Le choix se porte sur son ancien copain d'adolescence Wim Fissette, qui joue alors en interclubs en Belgique. Fissette s'entraîne toute la semaine avec Clijsters, et remet le couvert quelques mois plus tard, pendant les Diamond Games à Anvers (février 2005). Clijsters n'a pas la mémoire courte et lorsqu'elle remporte son premier tournoi du Grand Chelem (l'US Open) en septembre et perd son coach Marc De Hous une semaine plus tard, elle téléphone à Fissette. Serait-il d'accord de l'accompagner à Los Angeles, pour les WTA Finals, en tant que hitting partner officiel? Même si Clijsters ne parvient pas à s'extraire de son groupe, le courant passe bien entre le duo limbourgeois. Wim accompagne régulièrement Kim sur les tournois. Et consent, en 2007, à abandonner son emploi pour se concentrer pleinement à sa carrière de coach. Jusqu'au jour où Clijsters, enceinte, annonce qu'elle met un terme à sa carrière tennistique. Fissette, lui, ne renonce pas. Il assiste à de nombreux séminaires, lit "tous les livres consacrés au tennis" et parfait ses connaissances. Quelques mois plus tard, il conseille les joueuses professionnelles Yanina Wickmayer et Kirsten Flipkens. Lorsque Clijsters le recontacte, début 2009, pour lui demander s'il accepterait à nouveau de la coacher lors de son come-back, Fissette n'hésite pas: il est prêt, à tous les niveaux. Un mois plus tard, Clijsters remporte déjà l'US Open, et en 2010, elle double la mise à New York, puis se montre la meilleure aux WTA Finals. Début 2011, elle triomphe à l'Open d'Australie. Mais le lien qui unit Kim et Wim se fissure. Clijsters n'est pas une bête d'entraînement, elle préfère enchaîner les tournois. Fissette, lui, n'est pas d'accord. La Limbourgeoise veut engager son ancien coach Carl Maes comme entraîneur supplémentaire, mais là encore, Fissette marque sa désapprobation. La collaboration prend fin en septembre 2011. Le coach belge s'occupe ensuite de la championne russe junior Irina Khromacheva et reçoit, en 2013, la chance de travailler avec la talentueuse Sabine Lisicki. Avec succès, car à Wimbledon, l'Allemande atteint sa première finale en Grand Chelem. Pourtant, l'année suivante, l'opportuniste Limbourgeois embarque dans un nouveau wagon. Celui de la Roumaine Simona Halep, onzième mondiale en 2013. Il l'emmène vers une finale à Roland-Garros, une demi-finale à Wimbledon, une finale aux WTA Finals et une place de troisième joueuse mondiale au classement WTA, fin 2014. En novembre, les chemins d'Halep et du Belge se séparent. Après un bref flirt avec l'Américaine Madison Keys, il décide de se concentrer à fond sur sa Wilson Tennis Academy à Genk, dont il est devenu co-propriétaire. Mais en février 2015, lorsque passe le train de Victoria Azarenka, double vainqueur de l'Open d'Australie, Fissette n'hésite pas. Il partagera son temps entre l'académie et la Biélorusse. Minée par les blessures, Azarenka n'ira pas plus loin que les quarts de finale à Wimbledon et à l'US Open. Après de longs entraînements hivernaux, elle retrouve son meilleur niveau en 2016 et elle réalise le Sunshine Double, en gagnant les tournois d'Indian Wells et de Miami, une perf' assez rare. Mais en juillet, Vika tombe enceinte et met sa carrière sur pause. À la fin de cette année 2016, le manager de la Britannique Johanna Konta contacte le coach belge. Celui-ci accepte et obtient à nouveau des résultats: Konta remporte les tournois de Sydney et de Miami, atteint la demi-finale chez elle à Wimbledon et grimpe à la sixième place du classement WTA. Pourtant, la collaboration ne durera qu'un an. Le Belge est particulièrement exigeant, ce qui engendre parfois des frictions. En outre, Fissette reçoit une nouvelle chance, avec une joueuse encore plus talentueuse: Angelique Kerber, l'ancienne numéro 1 mondiale, dont il s'occupe en novembre 2017. Et réalise avec elle ce qu'il n'avait pas réussi avec Lisicki: gagner Wimbledon. Fissette a également gardé contact avec Azarenka, et lorsque celle-ci lui demande s'il veut redevenir son coach, le choix est vite fait. Azarenka doit rapidement plier bagage à l'US Open 2019, et Fissette est contacté par l'agent de Naomi Osaka. Celle-ci avait renvoyé son coach Jermaine Jenkins après avoir été éliminée au quatrième tour du tournoi américain, dont elle était la tenante du titre. Une nouvelle opportunité que le Limbourgeois ne manque pas de saisir. Il connaît la Japonaise depuis longtemps, pour l'avoir vue à l'oeuvre dans un tournoi ITF, alors qu'elle avait quatorze ans. À l'époque, déjà, il avait été très impressionné par sa puissance et son explosivité, et était convaincu que c'était une future grande. Comme Azarenka ne peut lui donner de garantie sur son avenir, Fissette accepte l'offre d'Osaka. Un job de rêve dans le tennis féminin, avec une joueuse qui possède un énorme potentiel. Et une superstar en raison de son charisme et de ses origines (mi-Japonaise, mi-Américaine). Fissette imprime directement sa griffe. À Los Angeles, il écoute attentivement le père d'Osaka, Leonard François, et son préparateur physique Abdul Sillah. Mais Fissette estime que ce dernier ne donne pas satisfaction, et engage un nouveau physio après l'élimination précoce d'Osaka à l'Open d'Australie: Yutaka Nakamura, qui avait conseillé Maria Sharapova pendant sept ans. Effet bénéfique de la crise sanitaire: la Japonaise et Fissette ont beaucoup de temps pour bosser et parfaire le tennis d'Osaka. Sur le plan tactique, technique et surtout physique: "Nous avons jeté des bases sur lesquelles nous pourrons construire au cours des prochaines années". Un rêve est devenu réalité pour Fissette. "Je n'échangerais ma place pour rien au monde. Même pas pour Roger Federer", affirme-t-il. Il est conscient que lorsque la collaboration s'achèvera, il devra nécessairement descendre de son piédestal. D'ici là, il reste Fissetti, The Professor. L'un des coaches les plus accomplis de l'histoire du sport belge.