Le Limbourgeois Zizou Bergs avait déjà fait parler de lui lors de la dernière édition de l'European Open à Anvers. Invité suite au forfait de Ruben Bemelmans, il avait battu le top 50 Albert Ramos-Viñolas lors du tout premier match ATP de sa carrière. Michel Bouhoulle, coach et consultant, ainsi qu'Arthur De Greef, désormais entraîneur d'Ysaline Bonaventure évoquent l'avenir du jeune belge.
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Le Limbourgeois Zizou Bergs avait déjà fait parler de lui lors de la dernière édition de l'European Open à Anvers. Invité suite au forfait de Ruben Bemelmans, il avait battu le top 50 Albert Ramos-Viñolas lors du tout premier match ATP de sa carrière. Michel Bouhoulle, coach et consultant, ainsi qu'Arthur De Greef, désormais entraîneur d'Ysaline Bonaventure évoquent l'avenir du jeune belge. Quelles conclusions tirez-vous de son premier titre sur le circuit Challenger ?Michel Bouhoulle: Il a des qualités et il a montré qu'il avait quelque chose, notamment quand il était junior. C'est très bien mais c'est compliqué malgré tout d'aller tirer des plans sur la comète. C'est encore un peu tôt pour dire qu'il est en train de se frayer un chemin pour le top 100. Il y a de bons indicateurs mais comme la saison démarre, ce serait plus réaliste de revoir la situation au minimum au milieu de l'année. Quand on voit les joueurs de sa génération, il y en a énormément qui sont déjà dans le top 100. Je ne veux pas être négatif mais il est encore très loin du compte, je préfère rester prudent. L'avantage qu'a Zizou Bergs, comme il est jeune et n'a pas de résultats derrière lui, c'est qu'il ne peut que monter. Il n'a aucun point à défendre. Son année de vérité sera la saison prochaine puisqu'il devra jouer en défendant des résultats. Je suis très heureux de voir son résultat positif. C'est une forme d'ascension géniale mais je l'encourage surtout à continuer parce que le chemin est encore très long. Arthur De Greef : C'est un gros cap. C'est une étape dans une carrière mais il y en a encore beaucoup à franchir. Je suis content pour lui, il travaille très dur et ça faisait un moment qu'il attendait des résultats. C'est chouette pour lui que les efforts commencent à payer.Quels sont ses points forts et ses aspects à travailler ?MB: Il a un coup droit avec lequel il fait la différence mais qui est plus fragile. C'est surtout sur le plan mental qu'il doit travailler. On sentait que c'était un gars assez fort mais il pouvait avoir des pertes de niveau relativement grandes. C'est un joueur plutôt athlétique et qui sert bien, c'est important. Il a un peu tout mais il doit coller toutes les pièces du puzzle pour encore monter. Ce qui me fait le plus peur, ce ne sont pas les éléments tennistiques, il ne manque pas de bagages à ce niveau pour pouvoir émerger. Il faut surtout garder l'envie, le courage et la détermination. Il doit aussi pouvoir enchainer des résultats. Sa victoire est effectivement très positive, cela va lui faire beaucoup de bien. S'il est top 200 dans quatre mois, on pourra avoir une autre discussion car il se rapprocherait du top 100 et il rentrerait dans d'autres tableaux aussi. Les tournois qu'il joue maintenant, ce sont les plus durs. Il y a beaucoup plus d'éléments moins motivants et avec plus de contraintes. Ce qui est très compliqué dans le tennis, c'est que dès que tu montes de niveau, les conditions de jeu s'améliorent. Les joueurs à jouer sont aussi plus agréables. Il doit sortir de là où il est le plus vite possible. ADG : Je l'ai déjà vu jouer très défensif mais j'ai aussi remarqué, notamment à Anvers qu'il prend la balle tôt et monte au filet. Je l'ai côtoyé dans une période de sa carrière où il se cherchait encore tennistiquement. Maintenant il s'est peut-être trouvé, il joue plus agressif qu'avant, c'est une bonne chose. Il a aussi un très bon service. Zizou Bergs a pour objectif de laisser derrière lui les tournois Futures pour ne disputer que les Challengers. Lequel de ces deux paliers est le plus dur à franchir ? Bouhoulle: Les deux. C'est plus compliqué là où il est pour l'instant parce qu'il joue des joueurs qui jouent leur vie. C'est moins le cas quand tu montes. C'est pour ça que c'est significatif ce qu'il a fait en Russie. Gagner un tournoi comme ça a un aspect positif, surtout à l'heure actuelle où il y a peu d'éléments motivants en jouant ce genre de tournois. Sans parler du fait que le niveau est plus fort que d'habitude. Mais le chemin est encore long.De Greef : L'échelon Future à Challenger, c'est déjà un gros palier. Aller de Challenger en ATP, c'est encore plus dur parce que si tu as un bon niveau, il y a un moment où tu réussiras à sortir des Futures quoi qu'il arrive. En Challenger, tu peux être un super joueur mais manquer un peu de réussite. Tu peux être top 150 et être capable de battre des mecs qui sont top 30 mais tu ne sortiras pas des Challengers parce qu'il faut tellement de points pour arriver dans les cent premiers que c'est très dur d'atteindre les ATP. Le circuit Future, c'est le pire. Il faut y rester le moins longtemps possible. Zizou a 21 ans donc il a déjà passé trois ou quatre ans sur ce circuit. Heureusement pour lui, c'est un passionné de tennis et on voit qu'il a la grinta donc je ne m'en fais pas. Mais il ne faut pas passer trop de temps dans ces tournois parce que ça peut vite te démoraliser.En tant que showman, le fait de gagner un tournoi sans public peut-il être un indicateur encourageant ? Bouhoulle: Clairement, c'est un levier. On le vit beaucoup dans le monde du football avec des joueurs qui perdent leur niveau parce qu'ils jouent dans des stades vides. Au tennis, c'est pareil. Il y a des gens qui ont besoin de l'adrénaline du public pour se sublimer et mieux jouer. Pouvoir gagner un tournoi à huis-clos, c'est donc un élément positif. On pourrait croire qu'il peut gagner de plus gros tournois si le stade est plein. Où il a aussi une carte à jouer, c'est qu'il est numéro 4 belge. Il a un boulevard devant lui et il y a un écart énorme entre Zizou et Goffin mais il y a un truc hyper excitant, c'est qu'il peut devenir virtuellement numéro 3. Coppejans et Bemelmans sont certes devant lui mais ne sont pas tout jeunes non plus (Ndlr : 27 ans pour le premier, 33 pour le second). Donc il y a une porte qui s'ouvre. C'est motivant dans son quotidien. Gagner un Challenger très tôt dans la saison, c'est un super indicateur. Si en plus il est sorti des qualifications et qu'il va au bout, c'est une réelle performance. De plus, il joue mieux quand il y a du monde et il remporte un titre à huis clos, c'est donc un troisième indicateur intéressant. On a plusieurs baromètres qui nous font dire qu'il peut se projeter comme étant un futur bon joueur belge et mondial.De Greef : Clairement. Le fait de rester motivé sans public, c'est super positif. Avec toutes les règles de voyage et ces situations difficiles actuellement, cela montre qu'il fait vraiment ce qu'il aime et qu'il est sur la bonne voie.Peut-il s'installer dans le top 100 ?Bouhoulle: Il a le profil pour être dans le top 100. Il y a encore du chemin à parcourir et des échelons à gravir. Il y a tellement de choses à gérer qui n'ont rien à voir avec le tennis. Au plus on monte, au plus les à-côtés sont compliqués à administrer. On peut avoir des joueurs avec un énorme potentiel mais qui ne vont pas gérer les années qu'il faut pour arriver au top. Le chemin est souvent très long, il faut tenir. Il devra aligner beaucoup de victoires de ce genre pour tendre le top 100. Zizou devra aussi être performant dans des tournois plus gros. C'est ce qu'il a fait quand il a reçu sa Wild Card à Anvers. Cela répond à ce qu'il dit : il aime le challenge de haut niveau. Contre Ramos, il aurait pu prendre une claque, être ridicule et au final il le bat. Il a vraiment quelque chose de bon en lui. S'il parvient à sortir des tournois où il joue actuellement mais qui sont indispensables, il risque de mieux jouer et de monter. Au plus il va monter, au plus il va aimer. De Greef : C'est vraiment dur à dire, on ne sait jamais. Il y a beaucoup de joueurs dont on disait qu'ils allaient atteindre le top 100 mais ne l'ont jamais fait et vice versa. C'est encore un peu loin pour en parler. En tout cas, il a déjà une chance de s'installer dans les 200. Mariano Spitzer (st.)