C'était un jour où la douleur a foulé du pied le rêve. Steve Darcis venait de claquer un ultime ace sur la ligne médiane pour mettre à terre le numéro un mondial, Rafael Nadal, sur le gazon de Wimbledon : 7-6, 7-6, 6-4. Poing serré vers son clan, sourire solaire. L'Espagnol n'avait jamais perdu au premier tour d'un Grand Chelem. Ce 24 juin 2013, le Liégeois avait quadrillé le court sans relâche, décoché des "passing" en bout de course et de violents coups droits qui allaient petit à petit écoeurer Nadal. Pourtant, plus tôt dans le match, quelque chose de plus important encore que la victoire s'était produit.

Le champion était tombé, après un plongeon. Une de ces chutes apparemment anodines, fréquentes sur herbe quand on "s'arrache" pour récupérer une volée décroisée ou une amortie tournant diaboliquement à quelques centimètres du filet. Darcis a eu mal à l'épaule droite pendant deux jeux. Clémente, d'abord, la douleur a disparu. Le temps pour le joueur belge d'achever l'exploit, faire danser ses index de joie, entendre les clameurs de la foule. Puis, elle est revenue, la douleur, et il a fallu faire semblant. Dix minutes après le match, Steve savait qu'il ne pourrait pas jouer le lendemain. Il fallait pourtant enchaîner les conférences de presse. "Je ne pouvais pas dire, à ce moment-là, que ça n'irait pas pour la suite. Je n'étais pas au mieux dans ma tête, mais il fallait le cacher."

Un tennisman souque durant des années, trimballant son sac de raquettes d'aéroports en hôtels réservés sur le tard, pour vivre un instant pareil. "C'est quand on bat un tel champion, dans un tel tournoi qu'on se rend compte pourquoi on joue au tennis. Je n'oublierai jamais ce match, mais toutes ces sensations sont vite passées à la trappe." Après le défilé médiatique, impossible de soulever l'épaule. Trop lourde, trop sensible. Restait vingt-quatre heures pour tenter un pied-de-nez à la fatalité. Darcis passe des examens, reçoit une infiltration, multiplie les soins. Au pied du mur, il déclare finalement forfait, et balance un tweet amer : "Devoir jeter l'éponge sans combattre après avoir battu Rafa ! ? LA décision la plus pénible de ma carrière ! ! ! ! #pourtantoutessayé ! ! !" Ce n'est pas sa première blessure, mais c'est la plus grave. Après Wimbledon, Steve, alors classé dans le top 100 mondial, voit un chirurgien, passe un arthroscanner et une IRM. "Le tendon avait l'air correct, on ne voyait pas de malformation. J'ai fait une seconde infiltration, arrêté six semaines, puis repris pendant un mois." Une rencontre de la Coupe Davis contre Israël arrive. Darcis a l'habitude de se transfigurer pour ces occasions. L'adrénaline monte quand il joue pour son pays. A 30 ans, ses matches pour l'équipe belge figurent en bonne place parmi les meilleurs souvenirs de sa carrière, à côté de ses victoires en tournoi à Amersfoort et Memphis. Face à Israël, il joue les trois jours. C'est trop. La douleur, celle de Wimbledon mais en pire, rapplique. Comme l'imagerie ne montre rien, le chirurgien décide d'ouvrir.

Le tendon et le rasoir

"Le tendon était complètement pété. Soit j'arrêtais le tennis, soit on tentait une opération qui n'avait encore jamais été faite sur un sportif professionnel et qui n'offrait aucun garantie de pouvoir rejouer à fond." Steve souffre alors de ce qu'on appelle une pathologie micro-traumatique, fréquente chez les sportifs qui doivent porter le bras au-dessus de la tête en effectuant un mouvement arrière. "A force de répéter le mouvement, le tendon s'effiloche, un peu comme si on usait une corde avec un rasoir, lentement, explique Eric Houben, préparateur physique et kiné. Une fois que le tendon se rompt ou qu'il est fortement endommagé, cela déséquilibre toute l'épaule. Pour réparer, on va couper le morceau de tendon usé et on va retendre le tout avec des ancres résorbables."

L'opération est délicate et implique un forage dans l'os. Le Liégeois décide de se faire opérer par Serge Messens et rééduquer par Eric Houben. Tous deux ont autrefois fait partie du staff médical de Justine Henin. "Steve savait qu'on était spécialisés dans les épaules et on a pu préparer l'opération avec des exercices qui faciliteraient la revalidation."

Le passage par la case billard n'était qu'un hors-d'oeuvre. Pendant deux mois, Darcis ne peut plus dormir dans son lit. Reste le canapé, en position assise, avec un tendon bandé à 150 %, qui cherche à cicatriser. "Je ne dormais et mangeais quasiment pas, je ne savais pas me laver ni prendre un gobelet de la main droite. Ma fille, Camille, était née quelques mois avant l'opération et j'étais incapable de m'en occuper."

Son absence des courts fait glisser l'espoir belge dans les profondeurs du classement, au-delà de la 500e place. Son avantage, c'est l'expérience. Il a déjà réussi un come-back auparavant, et s'il peut à nouveau terminer une saison sans blessure, il possède le mental pour réintégrer le Top 100. Pour un joueur, ce club très fermé ne représente pas qu'un trophée. Si on n'est pas dedans, "on ne gagne pas sa vie", tout simplement.

Déclics et rechutes

La rééducation va démarrer avant que la douleur disparaisse. Objectif d'Eric Houben, qui va voir Darcis tous les jours pendant sept mois : récupérer de la mobilité et de l'amplitude dans l'épaule de son patient. "Il faut reprogrammer musculairement l'épaule pour que le bras puisse se réarmer de façon efficace. Par après, on réintègre l'épaule dans les gestes du tennis, notamment par des mouvements adaptés et longuement répétés." Pour occuper les neurones, garder le corps en mouvement, Steve joue au golf, parfois avec Eric Houben, parfois avec David Goffin, l'autre étoile montante du tennis belge. Les mouvements ne lui font pas mal. Il part à la pêche aussi. "Pour entretenir la motivation, souligne le kiné-ostéopathe, je dis toujours qu'il faut savoir arrêter de parler de tennis et fermer la porte du court comme je peux fermer celle de mon cabinet."

La rééducation s'apparente à une montagne russe, flirtant avec les lisières de la dépression. Aux grandes avancées succèdent parfois des jours entiers de stagnation. "Il n'y avait pas de progression constante, résume Steve. On m'avait prévenu qu'il y aurait de la régression, que mentalement, ce serait difficile." Au début du processus, il part en stage à Tenerife avec l'Association francophone de tennis. Il travaille aussi en chambre d'altitude, à Louvain-la-Neuve. "J'ai cru plusieurs fois que le déclic était arrivé, en bossant comme un fou, mais deux semaines après, c'était la rechute. Je ne pouvais de nouveau plus servir, par exemple. Le tennis, c'est un sport d'égoïste, ce n'est pas chez les autres joueurs qu'on trouvera du soutien, même si certains m'ont encouragé. Ma fiancée, mes parents, ma soeur, tous ont été hyper présents. Mais c'est avant tout moi qui devais faire les efforts. Rester dans son divan à regarder l'Open d'Australie avec un bras presque dans le plâtre, c'est terrible. Mais quand tu recommences à manger avec des couverts, que tu peux t'occuper de ta fille, ça change tout."

La valeur de l'argent

Dans les hautes sphères du tennis, des champions comme Tommy Haas ou Tommy Robredo ont déjà réussi à revenir sur les courts, plus forts qu'ils ne les avaient quittés, minés alors par les blessures. On dit parfois à Darcis de prendre exemple sur eux. Lui se fie avant tout à lui-même, à son envie. Arrêter sa carrière ? Il y a pensé, un peu, avant de balayer l'idée, convaincu de pouvoir regagner le haut niveau. Il sait que le jour où il raccrochera, il devra "travailler le lendemain". Des opportunités dans le milieu du sport s'ouvriront sans doute, plus tard. Après tout, pense-t-il, il est passé par toutes les strates du tennis belge, depuis l'âge de 6 ans, époque où il jouait aussi au foot, au Standard.

Reste qu'un arrêt sur blessure de plusieurs mois, ça vous grignote le portefeuille. "Je n'ai pas à me plaindre, j'avais bien gagné ma vie avant et j'avais des économies. Mais un tennisman, c'est un indépendant comme un autre. Et donc, même si tu ne rentres pas d'argent, tu dois payer tes charges sociales calculées sur les années précédentes. Niveau soins de santé, on a bien quelques séances de kiné remboursées, mais ça ne pèse pas lourd. Cette blessure m'a aussi appris à respecter la valeur de l'argent."

En mai dernier, Darcis a recommencé à jouer en tournoi, dans la catégorie des Futures, l'échelon le plus bas du circuit professionnel. Les événements sont dotés de 10 000 à 15 000 dollars, sans ramasseurs et avec peu de changements de balles. Le rythme y est moins élevé qu'en tournoi ATP. "Je ne me plains pas de ces conditions. C'est un passage important. Il faut gagner des matches à n'importe quel niveau. Il n'y a rien de mieux que des victoires et aucun entraînement ne peut remplacer un match."

Parfois, le doute resurgit. Au deuxième tour des qualifications de Wimbledon, Darcis n'arrive plus à servir comme il le désire. Il sort du tableau. Son préparateur physique et son entourage lui rappellent d'où il vient, pour endiguer toute perte de confiance. "On m'avait parlé de Steve comme un gars capable de se transcender pour des matches-clés mais aussi de perdre après avoir mené 2 sets à 0 et 4 jeux à 1. Au début de notre revalidation je n'ai pas retrouvé ça, signale Eric Houben. Il se battait à fond et il a récupéré extraordinairement vite. Je le rassurais en utilisant des analogies avec le tennis dans son travail contre la blessure. Quand il a recommencé à jouer, il y a eu des accès de doute. Il fallait lui rappeler qu'il avait déjà atteint des demi-finales, des finales, dans des Futures, où des jeunes veulent forcer l'exploit contre lui et qu'il y arrivait avec un service encore médiocre."

En août, Darcis passe les tours de qualification de l'US Open. Il est alors 364e joueur mondial. Au première tour, il perd en cinq sets contre le 65e, Martin Klizan, au bout d'un match qu'il n'aurait jamais dû laisser filer. Il en extirpe le positif : il a joué près de quatre heures, sous le soleil, et l'épaule a tenu le coup. Deux semaines plus tard, il remporte le Future de Garisart, près d'Arlon, avant de s'envoler avec l'équipe belge de Coupe Davis pour défier l'Ukraine, les 13 et 14 septembre derniers (il y a perdu ses deux matchs). Baigné dans un circuit où il est rare qu'un "mec craque physiquement dans une rencontre et où il n'y a plus véritablement de matches simples", Steve le revenant planifie son métier au jour le jour. "Je dois continuer à bosser. Profiter et bosser, c'est ça qui marche."

Aujourd'hui, en tout cas, il s'amuse plus sur un terrain qu'auparavant. Un effet secondaire, sans doute, de ce rebond entamé au fond du trou. Et qui "tient déjà du miracle"

C'était un jour où la douleur a foulé du pied le rêve. Steve Darcis venait de claquer un ultime ace sur la ligne médiane pour mettre à terre le numéro un mondial, Rafael Nadal, sur le gazon de Wimbledon : 7-6, 7-6, 6-4. Poing serré vers son clan, sourire solaire. L'Espagnol n'avait jamais perdu au premier tour d'un Grand Chelem. Ce 24 juin 2013, le Liégeois avait quadrillé le court sans relâche, décoché des "passing" en bout de course et de violents coups droits qui allaient petit à petit écoeurer Nadal. Pourtant, plus tôt dans le match, quelque chose de plus important encore que la victoire s'était produit. Le champion était tombé, après un plongeon. Une de ces chutes apparemment anodines, fréquentes sur herbe quand on "s'arrache" pour récupérer une volée décroisée ou une amortie tournant diaboliquement à quelques centimètres du filet. Darcis a eu mal à l'épaule droite pendant deux jeux. Clémente, d'abord, la douleur a disparu. Le temps pour le joueur belge d'achever l'exploit, faire danser ses index de joie, entendre les clameurs de la foule. Puis, elle est revenue, la douleur, et il a fallu faire semblant. Dix minutes après le match, Steve savait qu'il ne pourrait pas jouer le lendemain. Il fallait pourtant enchaîner les conférences de presse. "Je ne pouvais pas dire, à ce moment-là, que ça n'irait pas pour la suite. Je n'étais pas au mieux dans ma tête, mais il fallait le cacher." Un tennisman souque durant des années, trimballant son sac de raquettes d'aéroports en hôtels réservés sur le tard, pour vivre un instant pareil. "C'est quand on bat un tel champion, dans un tel tournoi qu'on se rend compte pourquoi on joue au tennis. Je n'oublierai jamais ce match, mais toutes ces sensations sont vite passées à la trappe." Après le défilé médiatique, impossible de soulever l'épaule. Trop lourde, trop sensible. Restait vingt-quatre heures pour tenter un pied-de-nez à la fatalité. Darcis passe des examens, reçoit une infiltration, multiplie les soins. Au pied du mur, il déclare finalement forfait, et balance un tweet amer : "Devoir jeter l'éponge sans combattre après avoir battu Rafa ! ? LA décision la plus pénible de ma carrière ! ! ! ! #pourtantoutessayé ! ! !" Ce n'est pas sa première blessure, mais c'est la plus grave. Après Wimbledon, Steve, alors classé dans le top 100 mondial, voit un chirurgien, passe un arthroscanner et une IRM. "Le tendon avait l'air correct, on ne voyait pas de malformation. J'ai fait une seconde infiltration, arrêté six semaines, puis repris pendant un mois." Une rencontre de la Coupe Davis contre Israël arrive. Darcis a l'habitude de se transfigurer pour ces occasions. L'adrénaline monte quand il joue pour son pays. A 30 ans, ses matches pour l'équipe belge figurent en bonne place parmi les meilleurs souvenirs de sa carrière, à côté de ses victoires en tournoi à Amersfoort et Memphis. Face à Israël, il joue les trois jours. C'est trop. La douleur, celle de Wimbledon mais en pire, rapplique. Comme l'imagerie ne montre rien, le chirurgien décide d'ouvrir. "Le tendon était complètement pété. Soit j'arrêtais le tennis, soit on tentait une opération qui n'avait encore jamais été faite sur un sportif professionnel et qui n'offrait aucun garantie de pouvoir rejouer à fond." Steve souffre alors de ce qu'on appelle une pathologie micro-traumatique, fréquente chez les sportifs qui doivent porter le bras au-dessus de la tête en effectuant un mouvement arrière. "A force de répéter le mouvement, le tendon s'effiloche, un peu comme si on usait une corde avec un rasoir, lentement, explique Eric Houben, préparateur physique et kiné. Une fois que le tendon se rompt ou qu'il est fortement endommagé, cela déséquilibre toute l'épaule. Pour réparer, on va couper le morceau de tendon usé et on va retendre le tout avec des ancres résorbables." L'opération est délicate et implique un forage dans l'os. Le Liégeois décide de se faire opérer par Serge Messens et rééduquer par Eric Houben. Tous deux ont autrefois fait partie du staff médical de Justine Henin. "Steve savait qu'on était spécialisés dans les épaules et on a pu préparer l'opération avec des exercices qui faciliteraient la revalidation." Le passage par la case billard n'était qu'un hors-d'oeuvre. Pendant deux mois, Darcis ne peut plus dormir dans son lit. Reste le canapé, en position assise, avec un tendon bandé à 150 %, qui cherche à cicatriser. "Je ne dormais et mangeais quasiment pas, je ne savais pas me laver ni prendre un gobelet de la main droite. Ma fille, Camille, était née quelques mois avant l'opération et j'étais incapable de m'en occuper." Son absence des courts fait glisser l'espoir belge dans les profondeurs du classement, au-delà de la 500e place. Son avantage, c'est l'expérience. Il a déjà réussi un come-back auparavant, et s'il peut à nouveau terminer une saison sans blessure, il possède le mental pour réintégrer le Top 100. Pour un joueur, ce club très fermé ne représente pas qu'un trophée. Si on n'est pas dedans, "on ne gagne pas sa vie", tout simplement. La rééducation va démarrer avant que la douleur disparaisse. Objectif d'Eric Houben, qui va voir Darcis tous les jours pendant sept mois : récupérer de la mobilité et de l'amplitude dans l'épaule de son patient. "Il faut reprogrammer musculairement l'épaule pour que le bras puisse se réarmer de façon efficace. Par après, on réintègre l'épaule dans les gestes du tennis, notamment par des mouvements adaptés et longuement répétés." Pour occuper les neurones, garder le corps en mouvement, Steve joue au golf, parfois avec Eric Houben, parfois avec David Goffin, l'autre étoile montante du tennis belge. Les mouvements ne lui font pas mal. Il part à la pêche aussi. "Pour entretenir la motivation, souligne le kiné-ostéopathe, je dis toujours qu'il faut savoir arrêter de parler de tennis et fermer la porte du court comme je peux fermer celle de mon cabinet." La rééducation s'apparente à une montagne russe, flirtant avec les lisières de la dépression. Aux grandes avancées succèdent parfois des jours entiers de stagnation. "Il n'y avait pas de progression constante, résume Steve. On m'avait prévenu qu'il y aurait de la régression, que mentalement, ce serait difficile." Au début du processus, il part en stage à Tenerife avec l'Association francophone de tennis. Il travaille aussi en chambre d'altitude, à Louvain-la-Neuve. "J'ai cru plusieurs fois que le déclic était arrivé, en bossant comme un fou, mais deux semaines après, c'était la rechute. Je ne pouvais de nouveau plus servir, par exemple. Le tennis, c'est un sport d'égoïste, ce n'est pas chez les autres joueurs qu'on trouvera du soutien, même si certains m'ont encouragé. Ma fiancée, mes parents, ma soeur, tous ont été hyper présents. Mais c'est avant tout moi qui devais faire les efforts. Rester dans son divan à regarder l'Open d'Australie avec un bras presque dans le plâtre, c'est terrible. Mais quand tu recommences à manger avec des couverts, que tu peux t'occuper de ta fille, ça change tout." Dans les hautes sphères du tennis, des champions comme Tommy Haas ou Tommy Robredo ont déjà réussi à revenir sur les courts, plus forts qu'ils ne les avaient quittés, minés alors par les blessures. On dit parfois à Darcis de prendre exemple sur eux. Lui se fie avant tout à lui-même, à son envie. Arrêter sa carrière ? Il y a pensé, un peu, avant de balayer l'idée, convaincu de pouvoir regagner le haut niveau. Il sait que le jour où il raccrochera, il devra "travailler le lendemain". Des opportunités dans le milieu du sport s'ouvriront sans doute, plus tard. Après tout, pense-t-il, il est passé par toutes les strates du tennis belge, depuis l'âge de 6 ans, époque où il jouait aussi au foot, au Standard. Reste qu'un arrêt sur blessure de plusieurs mois, ça vous grignote le portefeuille. "Je n'ai pas à me plaindre, j'avais bien gagné ma vie avant et j'avais des économies. Mais un tennisman, c'est un indépendant comme un autre. Et donc, même si tu ne rentres pas d'argent, tu dois payer tes charges sociales calculées sur les années précédentes. Niveau soins de santé, on a bien quelques séances de kiné remboursées, mais ça ne pèse pas lourd. Cette blessure m'a aussi appris à respecter la valeur de l'argent." En mai dernier, Darcis a recommencé à jouer en tournoi, dans la catégorie des Futures, l'échelon le plus bas du circuit professionnel. Les événements sont dotés de 10 000 à 15 000 dollars, sans ramasseurs et avec peu de changements de balles. Le rythme y est moins élevé qu'en tournoi ATP. "Je ne me plains pas de ces conditions. C'est un passage important. Il faut gagner des matches à n'importe quel niveau. Il n'y a rien de mieux que des victoires et aucun entraînement ne peut remplacer un match." Parfois, le doute resurgit. Au deuxième tour des qualifications de Wimbledon, Darcis n'arrive plus à servir comme il le désire. Il sort du tableau. Son préparateur physique et son entourage lui rappellent d'où il vient, pour endiguer toute perte de confiance. "On m'avait parlé de Steve comme un gars capable de se transcender pour des matches-clés mais aussi de perdre après avoir mené 2 sets à 0 et 4 jeux à 1. Au début de notre revalidation je n'ai pas retrouvé ça, signale Eric Houben. Il se battait à fond et il a récupéré extraordinairement vite. Je le rassurais en utilisant des analogies avec le tennis dans son travail contre la blessure. Quand il a recommencé à jouer, il y a eu des accès de doute. Il fallait lui rappeler qu'il avait déjà atteint des demi-finales, des finales, dans des Futures, où des jeunes veulent forcer l'exploit contre lui et qu'il y arrivait avec un service encore médiocre." En août, Darcis passe les tours de qualification de l'US Open. Il est alors 364e joueur mondial. Au première tour, il perd en cinq sets contre le 65e, Martin Klizan, au bout d'un match qu'il n'aurait jamais dû laisser filer. Il en extirpe le positif : il a joué près de quatre heures, sous le soleil, et l'épaule a tenu le coup. Deux semaines plus tard, il remporte le Future de Garisart, près d'Arlon, avant de s'envoler avec l'équipe belge de Coupe Davis pour défier l'Ukraine, les 13 et 14 septembre derniers (il y a perdu ses deux matchs). Baigné dans un circuit où il est rare qu'un "mec craque physiquement dans une rencontre et où il n'y a plus véritablement de matches simples", Steve le revenant planifie son métier au jour le jour. "Je dois continuer à bosser. Profiter et bosser, c'est ça qui marche." Aujourd'hui, en tout cas, il s'amuse plus sur un terrain qu'auparavant. Un effet secondaire, sans doute, de ce rebond entamé au fond du trou. Et qui "tient déjà du miracle"