C'est l'histoire d'un empereur que l'on pensait déchu, ou sur le point de l'être. A tort. L'histoire d'un joueur qui a tellement habitué à gagner sur terre battue que chaque défaite de l'Espagnol sur sa surface est perçue comme une anomalie, voire un petit séisme.

L'histoire d'un extra-terrestre, d'un monstre sacré du tennis, dont le corps cabossé a souvent freiné sa marche mais qui, malgré tout, semble indestructible dès qu'il foule l'ocre. Mais, cette saison, l'humanité de Nadal a pris quelque peu le pas sur la légende.

Après un mois de coupure à la suite de son forfait à Indian Wells début mars, le début de la saison sur terre semblait promis à une nouvelle razzia du N.2 mondial. Un peu comme d'habitude. Avec cette fois-ci davantage d'attente sans doute pour l'Espagnol qui, depuis le Masters 1000 de Toronto à l'été 2018, n'avait plus soulevé aucun trophée. Neuf mois perturbés aussi par le talon d'Achille de l'Espagnol: ses blessures.

Secousse

C'est d'ailleurs encore son genou droit qui l'avait contraint à renoncer à son choc face à Roger Federer à Indian Wells. Un énième renoncement qui avait d'ailleurs inquiété son oncle et ex-entraîneur Toni Nadal: "Rafael n'est pas un joueur de tennis, c'est un blessé qui joue au tennis", avait-il dit.

La première secousse sur terre n'a pas tardé. Après une série de trois matches sans tache à Monte-Carlo, pour sa reprise, un tournoi qu'il a déjà remporté 11 fois, sa défaite sans appel en demi-finale face à Fabio Fognini (6-2, 6-4) a fait trembler le Rocher. Le doute a pris corps après son deuxième coup d'arrêt une semaine plus tard contre Dominic Thiem à Barcelone.

Et à Madrid, sa défaite devant Stefanos Tsitsipas, là aussi en demi-finale, a définitivement validé le problème: Nadal ne régnait plus sur terre. Et Roland-Garros avait enfin, par ricochet, retrouvé du suspense.

Mais celui qui a remporté 11 fois les Internationaux de France et empoché 59 titres sur terre battue a du mal à endosser l'image d'un affaibli.

"Ce qui arrive en ce moment est plus normal que ce qui s'est passé ces quatorze dernières années", avait analysé Nadal après son revers madrilène. "J'ai su beaucoup gagner sur cette surface pendant de nombreuses années, cette année ça ne se passe pas comme ça, j'en reste proche mais je ne réussis pas à gagner, il faut l'accepter".

Message

Seul Rome, le dernier Masters 1000 sur terre avant Roland-Garros, allait pouvoir sauver son statut d'éternel favori. Et surtout lui procurer une confiance sans laquelle il est impossible de vaincre Porte d'Auteuil.

Et Nadal n'a pas manqué cette dernière fenêtre. En finale, il a même étouffé Novak Djokovic (6-0, 4-6, 6-1), celui qui apparaît comme l'un des très rares à même de le contrarier à Paris. Le 6-0 reçu par le Serbe au 1er set a sans doute résonné comme un message pour les autres.

"Cela va au-delà d'une première victoire dans la saison sur terre. J'attendais de retrouver mon niveau, et c'est ce qui s'est passé lors de cette finale. Rome est un titre important", a jugé Nadal après ce premier titre de la saison.

L'Espagnol a donc réussi à conserver in extremis son statut de favori. "Roland Garros ? Nadal, favori N.1, sans aucun doute", a d'ailleurs confirmé Djokovic.

Reste que pour la première fois depuis 15 ans, les cinq principaux tournois sur terre précédant Roland-Garros ont connu cinq vainqueurs différents (Djere à Rio en février, Fognini à Monte-Carlo, Djokovic à Madrid, Thiem à Barcelone et Nadal à Rome). Une statistique qui, sans altérer le statut de Nadal, risque de lui réserver une édition 2019 plus rude que les autres années.