C'est la cerise sur son gâteau. Daniil Medvedev avait déjà gagné neuf tournois ATP, dont trois ATP 1000. Mais là, il a franchi un nouveau cap en empochant carrément le tournoi des Maîtres. En écartant, en finale, son pote d'entraînement, son ami, Dominic Thiem.
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C'est la cerise sur son gâteau. Daniil Medvedev avait déjà gagné neuf tournois ATP, dont trois ATP 1000. Mais là, il a franchi un nouveau cap en empochant carrément le tournoi des Maîtres. En écartant, en finale, son pote d'entraînement, son ami, Dominic Thiem.Et ce n'est pas tout. Le Russe a, au passage, pris soin d'inscrire un sacré record. Il est devenu le premier joueur de l'histoire des Masters à battre, en une semaine, les trois premiers gars du classement mondial : Novak Djokovic, Rafael Nadal puis Thiem pour conclure. Le dernier tennisman à avoir réalisé une performance pareille dans un autre tournoi était David Nalbandian. En 2007, à Madrid, il avait écarté Roger Federer, Djokovic et Nadal.Medvedev est-il le successeur rêvé des joueurs du Big Three ? Difficile à dire car jusqu'ici, il n'a pas encore réussi à être régulier dans la durée. Il est actuellement l'homme en forme, avec dix victoires consécutives. En 2019, il avait été battu par Nadal en finale de l'US Open. Mais après ça, il n'était pas parvenu à battre un seul joueur du top 10 entre novembre 2019 et octobre de cette année.Le circuit a en tout cas gagné un nouveau phénomène. Dans le milieu, le Russe est surnommé The Machine parce que très peu de joueurs arrivent à réfléchir aussi vite que lui. Il n'est pas rare de voir des adversaires complètement désorientés quand Medvedev sort un coup venu de nulle part, complètement imprévisible.A cet égard, la finale du week-end dernier fut révélatrice de sa palette. D'abord, pendant deux heures, il a cherché une réponse au jeu de haut niveau de l'Autrichien. Il a commencé à l'agresser via une succession de coups droits violents. Puis il s'est mis à enchaîner des slices bas. Et comme cette tactique ne fonctionnait pas, il a pilonné le revers de Thiem, qui s'est épuisé dans l'aventure. Pour terminer, Medvedev est monté au filet. Au final, il n'a dû réaliser qu'un seul break pour s'adjuger le tournoi.Ce joueur sait parfaitement s'adapter sur le terrain tactique parce qu'il est l'un des plus complets du circuit. Il est redoutable en fond de court, que ce soit en coup droit ou en revers. Il sait dicter le rythme d'un échange. Il est flexible et rapide. Son service est bien au-dessus de la moyenne. Et il est à l'aise quand il faut conclure devant le filet. Peu de joueurs disposent d'un arsenal de coups aussi riche.À côté de ça, Medvedev n'a rien d'un enfant de choeur. Depuis ses débuts chez les pros, il collectionne les amendes. En 2015, il avait été disqualifié d'un tournoi challenger aux États-Unis pour avoir mis en doute une décision de l'arbitre. Il avait poussé le vice jusqu'à sous-entendre que cet arbitre et son adversaire du jour étaient amis vu qu'ils partageaient les mêmes origines afro-américaines. Deux ans plus tard, il s'est à nouveau mis tristement en évidence à Wimbledon, pendant son match contre le Belge Ruben Bemelmans. Il a insulté l'arbitre par deux fois puis, après la rencontre, a lancé quelques pièces sous sa chaise. Pour s'en tirer avec une amende de 14.500 dollars.Mais c'est à l'US Open de l'année dernière qu'il a frappé le plus fort. Au troisième tour, contre l'Espagnol Feliciano Lopez, il a pris une nouvelle sanction financière, cette fois 9.000 dollars. Et là, le public l'a pris en grippe, l'a hué pendant deux heures. Ce qui ne l'a pas empêché... de gagner son match. Puis de provoquer un nouveau clash avec la foule quand il a déclaré : "Je n'étais même pas sûr que j'allais pouvoir jouer aujourd'hui parce que j'avais très mal aux épaules, mais vous m'avez donné une énergie folle. Je veux que vous sachiez, quand vous irez vous coucher ce soir, que c'est grâce à vous que je me suis qualifié. Et cette énergie, je vais encore l'utiliser dans mes cinq prochains matches. Plus vous me prendrez pour cible, plus je gagnerai." Depuis cet incident, il a pris une habitude toujours en cours aujourd'hui : il ne fête plus aucune victoire. "Je me sens bien comme ça, donc je ne changerai plus."Daniil Medvedev est prêt pour se montrer à l'avenir dans tous les grands moments. Mais pas sûr que ça suffise pour faire vaciller Nadal, Federer et Djokovic, pour les pousser en bas du trône. Ce n'est pas lui en priorité que les observateurs voient dans ce rôle mais son adversaire en finale des Masters, Dominic Thiem. A 27 ans, l'Autrichien est le plus avancé des joueurs de la nouvelle génération. Il vient de jouer sa deuxième finale consécutive dans ce tournoi, il a fait deux finales en Grand Chelem cette année, et il a conquis son premier succès à ce niveau, à l'US Open.Thiem, ami de notre David Goffin, fait du tout bon boulot contre le fameux Big Three. Il a gagné ses trois derniers affrontements avec Federer. Il en est à cinq victoires dans ses sept derniers matches contre Djokovic. Et il a aussi battu Nadal quatre fois sur leurs sept derniers rendez-vous.Medvedev et Thiem sont deux porte-drapeaux de la nouvelle génération. Et ils sont bien accompagnés. Il y a aussi Stefanos Tsitsipas (22 ans) et Alexander Zverev (23). Ce sont les quatre noms les plus cités, les tennismen qui, à terme, doivent prendre les places de Nadal, Djokovic et Federer. Et quatre joueurs qui ont pris le pli de s'illustrer aux Masters. Zverev s'y est imposé en 2018, Tsitsipas en 2019. Seul Thiem n'a pas encore soulevé le trophée. Par contre, il est le seul des quatre à s'être déjà imposé en Grand Chelem.Simplement, ils ne devront pas traîner en route pour briller au sommet. Parce qu'il y a, derrière eux, encore plus jeunes qu'eux, des loups comme Denis Schapovalov (21 ans), Félix Auger-Aliassime (20) et Jannik Sinner (19). L'horloge tourne.