Auprès des Philippe-Chatrier (14.962 places), Suzanne-Lenglen (9.829), Simonne-Mathieu (5.290), l'anonyme N.1 (4.500 sièges à sa construction ramenés à 3.802), ancien Central-bis rétrogradé cette année au rang de court annexe auquel tout détenteur de billet peut accéder sans siège attitré, n'a plus sa place dans le complexe qui accueille le tournoi du Grand Chelem parisien.

La programmation aussi y a perdu en prestige: ce court qui a vu débuter le maître des lieux Rafael Nadal (en 2005 contre Lars Burgsmüller avant de remporter le 1er de ses titres), qui a vu éclore le futur triple vainqueur Gustavo Kuerten (en 1997 contre Thomas Muster), qui a vécu les adieux de la septuple championne Chris Evert (après sa défaite contre Arantxa Sanchez en 1988), a offert cette année au public des affiches moins alléchantes.

Inauguré en 1980 comme une arène où, durant 40 éditions, joueurs et joueuses, la sueur gouttant sur la terre battue, se sont renvoyé les balles jusqu'à ce qu'élimination s'ensuive, le N.1 ne sera plus, après d'ultimes matchs entre anciennes gloires. RIP. Une esplanade le remplacera dès 2020.

"Je ne le regrette pas car je n'aimais pas le bruit qu'il faisait. Ca résonne et on a l'impression de taper deux fois", a affirmé Jo-Wilfried Tsonga qui n'y a joué qu'à l'entraînement ou en juniors en 2002 et 2003.

"Mythique"

Au contraire, beaucoup y gardent de bons souvenirs, à l'image de Pierre-Hugues Herbert: "C'est un court mythique, on va le regretter. J'en ai bien profité l'an dernier, avec une superbe ambiance", a-t-il rappelé en référence à sa victoire contre son compatriote français Jérémy Chardy au 3e tour, 9-7 au cinquième set.

Thierry Tulasne est le premier vainqueur sur ce court, qui a vécu de nombreux exploits mémorables. Et la légende du tournoi est gravée dans les plaques de béton qui couronnent le bâtiment: y figurent les noms de tous les vainqueurs, depuis le premier, H. Briggs en 1891, jusqu'à Rafael Nadal pour son 11e sacre en 2018. Le vainqueur 2019 arrivera trop tard.

"Pour moi, il est très important que Roland-Garros reste comme il est parce qu'on parle de l'histoire de notre sport, a commenté Nadal. Mais en même temps, il est normal que Roland-Garros veuille améliorer l'événement, améliorer les choses pour les joueurs, pour les fans. Donc je ne suis pas triste."

A l'image de Richard Gasquet, interrogé après son élimination au 2e tour, le N.1 a marqué les joueurs pour l'ambiance qui y régnait, notamment en raison de son acoustique.

"Son particulier"

"C'est un super court, il y a beaucoup d'ambiance (...) Il y a un son particulier à la balle", a relevé Gasquet pour qui "c'était, historiquement, le court le plus rapide du tournoi". Et même s'il était "atypique", c'était un court "historique et il est un peu dommage qu'il disparaisse".

Côté histoire, une image restera dans les annales: le Russe Marat Safin baissant son short en 2004 après avoir gagné un point lors d'une victoire épique contre Felix Mantilla. Drôle de célébration qui a amusé le public, mais pas l'arbitre...

Des matchs épiques, le Bullring, comme le surnomment les anglophones, en a connu un certain nombre: en 1982, le tout jeune Guy Forget, aujourd'hui directeur du tournoi, y a éliminé le grand Ilie Nastase en cinq sets acharnés, imperméable aux provocations habituelles du roublard Roumain.

Un autre Français y a brillé: en 1993, Stéphane Huet alors 294e mondial, a éliminé au 1er tour le triple vainqueur du tournoi Ivan Lendl, retombé au 7e rang ATP après avoir régné sur la planète tennis avec ses service et coup droit dévastateurs.

Alors pour que ce patrimoine ne disparaisse pas complètement, 1.000 objets uniques créés à partir d'éléments recyclés du court (bâches, terre battue et sièges) vont être mis en vente.