Justine Henin à propos...

...de sa nouvelle vie : "Beaucoup de gens disent que j'ai changé. Je crois que je me suis surtout adaptée. J'ai arrêté ma carrière sur une blessure au coude, à un âge où mes amis débutaient dans le monde du travail. Le décalage était énorme. J'avais du temps libre quand eux n'en avaient plus. Je crois que ça m'a pris deux ans pour faire le switch dans ma tête.

J'ai pourtant très vite basculé dans une vie personnelle épanouissante en rencontrant Benoît, le père de mes enfants. Puis, très vite, il y a eu le départ de Carlos ( Rodriguez, ndlr) pour reprendre notre académie en Chine et moi, je me suis dédiée à 100% à l'académie de Limelette. Mais malgré ça, j'ai mis du temps à accepter que mon corps m'ait dit stop. 8 ans plus tard, je n'ai que 37 ans, mais j'ai l'impression d'avoir déjà eu une très longue vie. Ça m'est arrivé de tomber sur des gamins de 10 ans qui regardaient mes trophées exposés dans l'entrée en demandant à leurs parents : "Elle vit encore Justine ?" Je suis entrée dans une autre sphère, mais je n'ai pas de nostalgie par rapport au temps écoulé. À ce que je représentais, à ce que je ne représente plus. Je m'y suis fait."

...du contact avec les gens : "Oui. J'étais incapable de partager ce que je ressentais. J'adorais jouer devant du monde, sentir cette ferveur, mais j'avais créé une carapace. On m'appelait "Madame 300%" parce que je ne sortais jamais de ma bulle. J'étais là pour gagner, pas pour nouer des amitiés. Je n'ai pas envie de mettre le mot machine là-dessus, mais c'est un peu ce que j'étais devenue.

En dehors des courts, c'était pareil, mais je n'étais pas la seule. Je ne sais pas comment ça se passe aujourd'hui, mais à mes débuts, je peux vous dire qu'une Graff, une Sanchez ou une Seles n'allaient pas manger au restaurant ensemble.

J'étais pareille, j'avais besoin de me couper de tout pour y arriver. Même hors saison, je n'arrivais pas à profiter d'un moment entre copains. Parce que le lendemain, je savais qu'il y avait entraînement."

...de sa relation avec Kim Clijsters : "J'ai des souvenirs extraordinaires avec Kim. Je l'ai rencontrée pour la première fois à l'âge de 8 ans, à Ostende. Ensuite, on a fait des tournois internationaux chez les jeunes et en équipe ensemble, ce sont des moments gravés à jamais. Mais c'est clair qu'en matière de personnalité, il n'y avait pas plus opposées. Kim est extravertie, elle discute avec tout le monde, moi j'étais repliée sur moi-même. Je pense que pour Kim, le fait d'être bien avec tout le monde était important dans son équilibre de femme. Moi, je n'avais pas besoin de ça. Je ne pensais qu'au tennis. C'est clair qu'elle m'a toujours donné la sensation d'être, à l'époque, quelqu'un de beaucoup plus équilibré que moi. Mais j'aurais été incapable de vivre les choses autrement. Pourtant, c'était perturbant qu'elle vive tout ce qu'on a traversé beaucoup mieux que moi.

Même si je reste persuadée qu'on a eu une chance incroyable de vivre ça en même temps. Je suis d'ailleurs certaine que je n'aurais jamais été une aussi bonne joueuse si Kim n'avait pas été là. Je pense qu'on est toutes les deux d'accord là-dessus.

Nos entourages respectifs ont sans doute fait naître une rivalité supplémentaire qui n'était pas nécessaire, mais entre nous, il n'y a jamais eu le moindre problème. Je me souviens, par exemple, qu'elle avait tout de suite su trouver les mots, à même le filet, pour me féliciter après ma victoire contre elle en finale de Roland en 2003. À sa place, j'en aurais été incapable."

...de David Goffin : "Je lui souhaite de pouvoir retrouver le niveau qui était le sien il n'y a pas si longtemps. Parce que le tennis belge a besoin d'un ambassadeur comme lui. Mais est-ce qu'il sera capable mentalement et physiquement de retrouver ce niveau-là ? Je me pose la question. Quand on le fait une fois en étant régulier sur quelques mois comme ça a été son cas, c'est qu'il y a quelque chose.

David est un garçon posé et, ce qui peut s'apparenter à un manque de charisme, c'est juste de la discrétion. Après, peut-être que ce qu'il a fait ces dernières années, c'était exceptionnel et qu'il faut l'accepter. Il a beaucoup joué, maintenant il digère. Ce n'est pas évident, mais c'est un passage obligé. À lui de prouver qu'il est capable de relever la tête."

Par Martin Grimberghs

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