Roger, qu'est-ce qui vous a poussé à revenir disputer Roland Garros pour la première fois depuis quatre ans ?
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Roger, qu'est-ce qui vous a poussé à revenir disputer Roland Garros pour la première fois depuis quatre ans ?"En fin de compte, c'est l'envie. Il ne faut pas oublier que j'ai grandi sur cette surface. J'aime bien les glissades, les amorties, faire des montées au filet à contretemps, jouer avec les angles pour ouvrir le court en largeur... Et tout cela est possible sur terre battue, où il faut construire les points plus que sur toute autre surface. C'est intéressant et cela me procure du plaisir."Dans quelle mesure la terre battue, et les défis qu'elle représente, vous ont-ils manqué ?"Elle m'a surtout manqué en 2016, car j'étais à Paris. J'avais mis tout en oeuvre afin de disputer Roland Garros, mais j'avais dû me retirer car mon genou était gonflé et j'avais mal au dos aussi après avoir joué à Rome. Cela avait été très frustrant. En 2017, j'avais pris la décision de renoncer pour le bien de ma carrière, de ma santé et de ma famille. Et comme cela avait bien fonctionné (NdlR : il avait gagné Wimbledon pour la première fois depuis 2012), j'ai opté pour la même stratégie en 2018. Mais cette année, j'aurais eu des regrets, parce que mes problèmes au genou sont loin et que j'aime bien jouer sur terre battue."Vous allez bientôt fêter vos 38 ans. Quel est le secret de votre longévité au plus haut niveau ?"L'amour du jeu, tout d'abord. Je me suis aussi inspiré d'Andre Agassi, qui a encore eu une énorme carrière passé l'âge de 30 ans. Je voulais m'offrir cette possibilité et pouvoir jouer contre une ou deux générations différentes. Et puis, il y a la famille. Il faut bien s'organiser. Je vois d'ailleurs les villes sous un tout autre angle, avec les parcs et les zoos. (sourire) Cela dit, grâce à mes enfants, je me sens encore très jeune, même s'ils me demandent combien de temps je compte encore jouer. Ce n'est pas qu'ils veulent que j'arrête, mais..."Et que leur répondez-vous ?"La même chose qu'à vous, les journalistes. Je ne sais pas encore."Vous avez franchi récemment un nouveau cap dans votre carrière, en remportant à Madrid votre 1.200e match en simple. Qu'est-ce que cela représente ?"Je ne savais pas que j'étais en lice pour ma 1.200e victoire dans ce match contre Monfils. Je ne l'ai appris que par après. Le nombre 1.000 était surtout énorme pour moi, il y a quelques années à Brisbane, lorsque j'avais gagné le titre (NdlR : il avait battu Milos Raonic en finale). Cela dit, j'étais excité. Je suis sur le circuit depuis longtemps et j'ai eu la chance de gagner beaucoup de matches. Cela n'a certainement pas été facile d'y arriver, en devant sauver deux balles de match, mais je l'ai fait de belle manière."Parmi ces 1.200 victoires, certaines doivent être plus particulières que d'autres. Pourriez-vous en citer quelques-unes ?"Peut-être celle contre Ferrero en Australie en 2004 (NdlR : en demi-finale de l'Australian Open). Elle m'a permis de devenir n°1 mondial pour la première fois de ma carrière. Et peut-être celle contre Safin aussi à Hambourg, en 2002, qui m'a fait entrer dans le Top 10. Je pense que j'avais grimpé à la 8e place. Et bien sûr, ma finale contre Philippoussis à Wimbledon en 2003 (NdlR : le premier de ses 20 titres du Grand Chelem)."Il y a tout juste dix ans, vous remportiez votre seul titre à Roland Garros, en finale contre Robin Söderling. C'est un Grand Chelem parmi vos vingt, mais quelle place occupe-t-il pour vous ?"Il vaut un peu plus qu'un Grand Chelem. Il figure même assez haut. C'était un tremblement de terre (NdlR : il restait sur trois défaites consécutives en finale contre son grand rival Rafael Nadal), brandir la Coupe des Mousquetaires pour la toute première fois, entendre l'hymne national. C'était des frissons incroyables. Quand je repense à tout cela, que je revois les photos, cela m'a beaucoup touché. C'est pour cela qu'il s'agit de l'un des moments les plus spéciaux de ma carrière."Quelles sont vos ambitions ? Pensez-vous pouvoir gagner le tournoi ?"Je ne sais pas. Pour moi, c'est un grand point d'interrogation. Je me sens un peu comme lors de l'Australian Open en 2017, il y a beaucoup d'inconnues. J'ai joué du bon tennis à Madrid et à Rome, mais est-ce que cela suffira contre les meilleurs que sont Rafa, Thiem ou Novak ? Rafa reste pour moi la référence sur terre battue. Mais ce n'est peut-être pas une mauvaise chose d'arriver avec moins d'attentes. Cela me permettra de jouer plus libéré. J'espère rester le plus longtemps possible. Ce serait dommage de ne faire qu'un tour à Roland Garros. Si je pouvais passer la première semaine, ce serait déjà cool. En tout cas, je vais faire le maximum. J'espère aussi que je ne vais pas me perdre, vu les travaux de modernisation. (sourire) Cela va être un tournoi fascinant, j'en suis sûr."Il se murmure que cela pourrait être votre dernier Roland Garros..."C'est possible. À mon âge, on ne peut jurer de rien. Maintenant, je ne l'aborde pas dans cet état d'esprit. J'ai pris la décision pour cette année. Je suis très motivé et j'ai envie de le jouer comme il y a dix ans... (sourire)"Est-il raisonnable de penser que les Jeux Olympiques de Tokyo, à l'été 2020, seront le point d'orgue de votre carrière ? "La première chose, c'est que je ne sais pas si je vais les jouer ou pas. Tokyo est loin. Je ne sais même pas à quoi ressemblent les critères de qualification, car les règles ont changé, étant donné que le format de la Coupe Davis a également été modifié. Honnêtement, les Jeux Olympiques ne sont pas un objectif. Beaucoup de gens considèrent que ma carrière devrait avoir l'apothéose parfaite, mais je ne le vois pas comme ça. Si c'est ce que j'avais voulu, j'aurais pu partir après ma victoire à l'Australian Open dans cette finale épique contre Rafa (NdlR : en 2017). Car je ne sais pas s'il y aura moyen de faire mieux. Sincèrement, du moment que la décision peut m'appartenir, je serai heureux. Maintenant, si je vais à Tokyo et que je m'y sens bien, tant mieux."