Kim Clijsters avait pris sa retraite tennistique depuis un peu plus de deux ans quand l'écran TV du bar de son académie de tennis, à Bree, a attiré son regard. C'était en février 2015 et Novak Djokovic baladait l'espoir canadien Milos Raonic, alors âgé de 21 ans, dans tous les coins du court. Elle appréciait les batailles physiques des hommes mais elle était encore plus passionnée par l'évolution -ou la révolution- en marche dans le tennis féminin.
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Kim Clijsters avait pris sa retraite tennistique depuis un peu plus de deux ans quand l'écran TV du bar de son académie de tennis, à Bree, a attiré son regard. C'était en février 2015 et Novak Djokovic baladait l'espoir canadien Milos Raonic, alors âgé de 21 ans, dans tous les coins du court. Elle appréciait les batailles physiques des hommes mais elle était encore plus passionnée par l'évolution -ou la révolution- en marche dans le tennis féminin. Le compteur de Serena Williams, qui venait de remporter l'Open d'Australie, était à 19 grands chelems. "Serena est la plus complète. Un bon service, un retour de qualité, un jeu agressif, de la défense et une technique quasi parfaite. Elle surclasse les autres en puissance, en vitesse, en anticipation, en réaction..." Et Clijsters d'ajouter : "Les filles ont beaucoup progressé physiquement. Les jeux durent plus longtemps. J'ai connu cette évolution. Nous avons toutes dû nous adapter au tennis puissant de Venus(sept grands chelems, ndlr) et de Serena. Il a fallu augmenter le nombre de séances physiques pour continuer à jouer au plus haut niveau, encaisser ces coups et tenter de renvoyer la balle avec la même force." Au début de sa carrière, la Limbourgeoise essayait, avec son ami d'alors, Lleyton Hewitt, de prédire la composition des quarts de finale. Ils étaient généralement composés des huit premières têtes de série et leurs pronostics se vérifiaient 95% du temps. A présent, ces pronos se vérifient moins souvent. Avant son congé de maternité, Serena avait encore enlevé quatre titres, les huit autres grands tournois revenant à Flavia Pennetta, Angelique Kerber (2), Garbiñe Muguruza (2), Jelena Ostapenko, Sloane Stephens et, le week-end dernier à Melbourne, à Caroline Wozniacki. Imprévisible. Au club, Clijsters échangeait volontiers des balles avec Yanina Wickmayer, Klaartje Liebens ou Elise Mertens, qui y avait atterri en 2014, après un détour par Paris, chez Patrick Mouratoglou, le coach de Serena, et la Floride. Elise avait dit : " Je suis très bien encadrée ici. Kim a été mon idole mais j'admirais aussi Justine Henin. " Clijsters et Henin. La joueuse de 22 ans d'Hamont-Achel est de plus souvent associée aux grandes dames du tennis féminin belge. Elle a été la première joueuse belge depuis 2012 à atteindre les demi-finales à Melbourne. En 2013, Kirsten Flipkens s'est qualifiée pour les demi-finales de Wimbledon. Mertens a éclos sur le tard, certainement si on la compare à Clijsters et Henin. Juju avait vingt ans en 2001 quand elle a disputé les demi-finales de Roland Garros (contre Clijsters) et la finale de Wimbledon (Venus Williams). Un an plus tard, elle a gagné deux de ses sept grands chelems et a emmené le classement mondial. Clijsters a perdu de justesse sa première finale en 2001, le lendemain de ses 19 ans, contre Jennifer Capriati, elle est devenue numéro un mondial à vingt ans et a enlevé l'US Open, le premier de ses quatre grands chelems, à 22 ans. Le 17 novembre 2015, quand Elise Mertens a fêté ses vingt ans, elle était 156e mondiale et elle quittait le tournoi de Taipei avec un chèque de 1.805 euros... Un peu plus de deux ans se sont écoulés entre Taipei, où elle a été éliminée au deuxième tour par la Hongroise Timea Babos, et la demi-finale de l'Open d'Australie. Le New York Times a titré : " Elise Mertens Leading Next Generation of Belgian Tennis ". Poursuivant : " Son parcours démontre que l'élite du tennis féminin est plus étoffée. L'année passée, deux filles ont remporté leur premier grand chelem sans avoir été têtes de série - Ostapenko (Paris) et Stephens (New York). L'éclosion de Mertens confirme une donne étrange : dans 18 des 19 derniers grands chelems, une joueuse a disputé les demi-finales pour la première fois de sa carrière. " Imprévisible, comme l'a été la progression d'Elise Mertens. Elle a eu sa première raquette à quatre ans. Avec un objectif : devenir meilleur que sa soeur, de six ans son aînée. Adolescente, elle a rejoint l'internat de l'aile flamande de tennis à Wilrijk mais elle a été renvoyée dans les bois d'Hamont-Achel avec la mention " insuffisant ". Le quotidien De Tijd l'a souligné la semaine passée : " Elle a atteint l'élite sans un euro de soutien. " On peut y parvenir grâce à un parcours alternatif. A condition que les parents soient d'accord et en aient les moyens. Ce n'était pas évident pour les Mertens. La mère, Liliane Barbé, donnait cours de langues, le père Guido fabriquait des meubles, plus spécialement des chaises d'église, à Hamont. Sa famille lui a inculqué le sens du travail. A son arrivée à la Kim Clijsters Academy, elle végétait aux environs du rang 300. Elle n'avait pas de diplôme d'humanités et c'est justement ce qui la motivait au quotidien à travailler tant et plus. " On dit bien que les prématurés sont des battants, non ? ", explique la mère d'Elise, née deux mois en avance, à la Gazet van Antwerpen. La véritable éclosion a pris forme il y a un an et demi, quand elle a commencé à travailler avec Robbe Ceyssens, son ami, qui est un des plus jeunes coaches du circuit. Il analyse sur YouTube les matches de Roger Federer, Serena Williams et Clijsters. Durant leur premier grand chelem commun, l'US Open 2016, Mertens, numéro 137, a gagné ses trois matches de qualification et a arraché un set à Muguruza. Elle a surpris à Hobart il y a un an, en remportant son premier titre WTA, en passant par les qualifications, pour intégrer le top 100. Elle a remis le couvert cette année avant de se hisser en demi-finale à Melbourne, en tant que numéro 37, éliminant notamment Elina Svitolina (WTA 4) et Daria Gavrilova (WTA 23). Elle possède un des meilleurs services du tennis féminin, un revers surprenant -croisé et direct- et un coup droit plus que convenable. Ce n'était un secret pour personne à Bree mais désormais, on le sait jusqu'à Melbourne. Mertens a touché 573.000 euros, un peu moins que tout ce qu'elle a gagné jusqu'à présent depuis ses débuts internationaux à Torhout, en 2010, à 14 ans : 681.000 euros. Ce 26 juillet-là, elle avait été battue par Emilie Bacquet et le voyage de retour, avec ses parents, avait été morne. Elise avait gagné 76 euros... Par Chris Tetaert