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Né à Essen, il a effectué ses premiers pas de footballeur dans le club où son père a brillé : Wattenscheid, et ensuite à Schalke où il a débuté en Bundesliga. Il a donc ses ancrages dans la Ruhr, mais aujourd'hui, Leroy Sané joue au Bayern, après six ans en Angleterre. Il n'y a pas qu'avec ses dribbles qu'il fait parler de lui. Son comportement dérange beaucoup de gens. Interview. Etes-vous snob ? LEROY SANÉ : Non, mais je comprends ce que vous voulez dire. Vous avez la réputation d'être un footballeur arrogant, imbu de sa personne. SANÉ: Des amis m'en ont été déjà parlé, certaines personnes me trouvent arrogant. Quelque part, je peux les comprendre. En dehors du cercle familial, je suis assez distant, je ne me livre pas totalement. Cela peut être mal interprété, mais je ne suis pas arrogant. Attachez-vous de l'importance à ce que l'on pense de vous ? SANÉ: Quand même, oui. Si vous veniez chez moi, à la maison, vous constateriez qu'il n'y a pas de chaîne en or ou de diamants. Je ne suis pas bling-bling, je ne reste pas des heures dans la salle de bains. Lorsque je me lève le matin, je me brosse les dents et je me rends souvent au club en short. Le tout prend cinq minutes, je pense. Il y a deux ans, lorsque vous vous êtes présenté en habits de marque pour un match international, cela avait suscité de nombreuses réactions. On a calculé combien vos habits pouvaient avoir coûté. SANÉ: Je ne m'étais pas habillé comme ça pour attirer l'attention ou provoquer, j'aime la mode. Par ailleurs, le prix de ces vêtements m'importe peu. J'ai été surpris qu'on en ait fait toute une histoire. Je ne pense pas que l'on se soit un jour demandé combien avaient coûté les vêtements d'un autre international. Pourquoi, alors, l'a-t-on fait avec vous ? SANÉ: Aucune idée, j'ai simplement l'impression que l'on me regarde autrement que les autres. J'y ai déjà réfléchi. Je porte simplement des vêtements que j'aime porter, et je n'éprouve pas le besoin de changer ma façon d'être. La plus grosse déception de votre carrière, c'est lorsque le coach national Joachim Löw vous a écarté de la sélection juste avant la Coupe du Monde 2018 en Russie. Comment avez-vous encaissé le coup ? SANÉ: J'avais rêvé de cette Coupe du Monde. Après avoir été écarté, je me suis un moment renfermé sur moi-même. J'étais fâché sur moi, sur toute cette situation, et je suis directement parti en vacances, pour me vider l'esprit. Là, j'ai réfléchi à tout : ce que j'avais fait de mal, ce que je devais changer et ce que je pouvais apprendre de cette situation. La raison officielle, c'est que vous ne vous seriez pas comporté de manière professionnelle pendant le stage. SANÉ: J'ai aussi entendu ça. Et ça m'a fait mal, d'autant que certaines personnes de mon entourage n'ont pas toujours parlé de moi en bien. Après, j'ai décidé de tourner la page. Pourquoi devrais-je être fâché sur Löw ? J'étais encore jeune et j'ai pris le parti de prouver que j'avais bel et bien ma place en équipe nationale. En avez-vous discuté avec le sélectionneur ? SANÉ: En fait, non, nous n'avons pas approfondi l'affaire. Je n'avais pas envie d'aller lui demander des explications, de savoir pourquoi il ne m'avait pas retenu après une telle saison à Manchester City. Il devait avoir ses raisons, et nos relations ont toujours été bonnes. Après la Coupe du Monde, lorsqu'il a déclaré qu'il croyait en moi, ces paroles ne sont pas tombées dans l'oreille d'un sourd. Ce qui vous poursuit également, c'est ce grand tatouage : une image de vous-même, célébrant un but. SANÉ: Je n'ai pas compris pourquoi un tatouage d'un jeune petit morveux - ce que j'étais à l'époque - a suscité tant d'émotion. Aujourd'hui, je ferais sans doute autre chose. Lorsque j'étais jeune, j'avais besoin de me fracasser contre un mur, jusqu'à avoir mal. Après, j'en retirais les leçons. Peut-être, en règle générale, devrais-je davantage m'ouvrir au monde extérieur. Pensez-vous que les préjugés à votre sujet soient liés à votre couleur de peau ? SANÉ: Lors d'un match international à Wolfsburg en mars 2019, je me suis aperçu qu'il y avait encore des gens qui jugeaient par rapport à la couleur de peau. En Angleterre, le racisme existe également, et j'ai un jour demandé à Antonio Rüdiger comment il avait vécu son passage en Italie. Cela ne m'a pas réjoui. Votre père, Souleymane Sané, qui a grandi au Sénégal et en France mais qui a joué en Bundesliga dans les années 80 et 90, a été victime de cris de singes, et il a écrit une lettre ouverte avec Anthony Yeboah et Anthony Baffoe au journal Bild Zeitung en décembre 1990, sous le titre : Aidez-nous, nous ne voulons pas être du gibier que l'on chasse. Vous a-t-il parlé de cette époque ? SANÉ: Oui. A certains moments, il a été attaqué de toutes parts et il avait l'impression que personne ne l'aidait. Il m'a expliqué qu'il ne voulait pas que de telles personnes puissent l'humilier. Enfant, déjà, il m'avait prévenu : ne te fâche pas contre les personnes qui ont des préjugés envers toi. Crois en toi-même. Je n'ai pas oublié ces paroles. Votre mère, Regina Weber-Sané, était également une grande sportive, qui a remporté la médaille de bronze aux Jeux Olympiques 1984 en gymnastique rythmique. A-t-elle également influencé votre carrière ? SANÉ : En tous cas, mes parents m'ont transmis de bons gènes, et c'est grâce à eux que je me suis intéressé au sport. Mais ils ne m'ont jamais mis la pression pour que je devienne un sportif accompli. Comment encaissez-vous les contretemps ? SANÉ: Quand ils surviennent, je me concentre sur les moments où tout allait bien, afin d'y puiser de la confiance. Ensuite, j'en reviens à ce moment difficile et j'essaie de l'aborder différemment. A Schalke déjà, vous aviez fait le buzz parce qu'à 20 ans, vous êtes devenu le plus gros transfert sortant de l'histoire du football allemand en étant transféré à Manchester City pour 50 millions d'euros en août 2016. SANÉ : Je suis parti seul à Manchester, j'ai dû me débrouiller par moi-même alors que je ne parlais pas la langue. J'y ai fondé une famille, mes deux enfants sont nés là-bas. Je suis devenu adulte à Manchester et j'ai franchi le pas vers un niveau sportif plus élevé. Est-il exact qu'à Manchester, vous habitiez dans le même bâtiment que votre entraîneur, Pep Guardiola ? SANÉ: Oui. Illkay Gündogan et David Silva habitaient là également. Dans ce bâtiment, j'ai vu davantage la famille Guardiola que Pep lui-même. Il n'était pas du genre à guetter mon arrivée sur le pas de la porte, pour contrôler mes allées et venues. Mais je trouvais sympa d'habiter aussi près de certains collègues. Guardiola vous adorait, mais il ne manquait jamais de vous critiquer non plus. Peut-on parler d'une relation amour-haine ? SANÉ: Voilà encore un préjugé. Nous entretenions de bonnes relations, il m'a aidé à devenir un meilleur footballeur. Surtout en perfectionnant certains détails. Quel pied utiliser pour telle situation ? Quel mouvement effectuer pour créer de l'espace pour un partenaire ? D'autres entraîneurs le font également, mais lui le répète quotidiennement, jusqu'à ce qu'une petite voix finisse par vous dire ce que vous devez faire, et à quel moment. Ce qu'il y a de spécial avec Pep, c'est qu'il n'arrête pas de vous conseiller lorsqu'il constate que vous avez compris. Il trouve toujours quelque chose à améliorer. Si je n'avais pas été transféré à City, je n'aurais jamais atteint mon meilleur niveau. Pourquoi, alors, avez-vous choisi de quitter Manchester pour retourner en Bundesliga, où le Bayern a déboursé 45 millions d'euros pour acquérir vos services l'été dernier ? SANÉ: Parce que j'avais besoin d'un nouveau défi. J'étais conscient qu'au Bayern, je devrais encore davantage faire mes preuves qu'en Angleterre. Je connaissais bien certains joueurs, comme Joshua Kimmich, Leon Goretzka et Serge Gnabry. C'était la meilleure option que j'avais à ce moment-là. Mais cela n'a pas été facile. Juste avant la trêve hivernale, vous êtes monté au jeu contre Leverkusen pour être rappelé sur le banc peu de temps après. L'humiliation suprême pour un footballeur. SANÉ: Lorsque j'ai vu que mon numéro était brandi pour me rappeler sur la touche, je savais ce qui m'attendait. Mais savez-vous ce qui était le plus important pour moi ? Le fait que l'équipe m'ait pleinement soutenu et que mes équipiers m'aient dit qu'ils croyaient en moi. Lorsqu'un joueur comme Thomas Müller prend votre parti devant les caméras de télévision, cela signifie quelque chose. Je sais que je n'ai pas encore retrouvé mon meilleur niveau depuis ma blessure aux ligaments croisés, mais le fait que quelqu'un comme lui m'ait pris par la main pour me souhaiter la bienvenue et me montrer comment tout se passait au Bayern, ça m'a énormément aidé à me sentir rapidement chez moi. Pourtant, l'homme fort du Bayern, Karl-Heinz Rummenigge, a déclaré que c'est vous qui deviez adapter votre caractère au Bayern, et pas l'inverse. SANÉ: Il a raison. Je dois encore faire mes preuves au Bayern. Mais s'ils ne croyaient pas en moi, ils n'auraient pas fourni un tel effort pour acquérir mes services. Je considère ces critiques comme de bons conseils. La vie à Munich est-elle différente de la vie à Manchester ? SANÉ: Tout est plus calme ici, et lorsqu'on a des enfants, les priorités sont ailleurs. Lorsque ma fille a grandi, notre souhait était d'avoir un jardin, pour que les enfants puissent gambader à l'extérieur sans danger. Quand vos enfants seront assez grands pour lire ce qu'on raconte sur vous dans les journaux, que souhaiteriez-vous qu'ils lisent ? SANÉ: Que je suis un bon footballeur qui inspire les autres. Et que je suis une bonne personne. Quelqu'un qui n'oublie pas d'où il vient. J'aimerais être les deux : un bon footballeur et une bonne personne. Par Jörn Meyn et Gerhard Pfeil