Sa villa de Munich dispose d'une pièce dans laquelle Robert Lewandowski a exposé tous ses trophées. Parfois, le Polonais s'y retire. Il se remémore alors le passé et son parcours parsemé d'obstacles. Il se rappelle l'époque où, gamin, il était fasciné par le football de Roberto Baggio, alors que lui-même ne semblait pas près de réaliser son rêve de devenir professionnel. Il le voulait, pourtant. À l'époque, le football était déjà toute sa vie. Récemment, Lewa a confié à The Players' Tribune que son père avait demandé au curé d'avancer d'une demi-heure la cérémonie de sa première communion afin que Robert puisse jouer un match. Mais son corps ne le laissait pas en paix. Lewandowski était maigre et dans ses premiers clubs, le Partyzant Leszno et le Varsovia Varsovie, nul ne l'aidait à gagner en robustesse. On se contentait de constater avec quelle aisance ses concurrents se débarrassaient de lui dans les duels.
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Sa villa de Munich dispose d'une pièce dans laquelle Robert Lewandowski a exposé tous ses trophées. Parfois, le Polonais s'y retire. Il se remémore alors le passé et son parcours parsemé d'obstacles. Il se rappelle l'époque où, gamin, il était fasciné par le football de Roberto Baggio, alors que lui-même ne semblait pas près de réaliser son rêve de devenir professionnel. Il le voulait, pourtant. À l'époque, le football était déjà toute sa vie. Récemment, Lewa a confié à The Players' Tribune que son père avait demandé au curé d'avancer d'une demi-heure la cérémonie de sa première communion afin que Robert puisse jouer un match. Mais son corps ne le laissait pas en paix. Lewandowski était maigre et dans ses premiers clubs, le Partyzant Leszno et le Varsovia Varsovie, nul ne l'aidait à gagner en robustesse. On se contentait de constater avec quelle aisance ses concurrents se débarrassaient de lui dans les duels. Robert Lewandowski a longtemps dû chercher un remède. Seul. Comment développer ses muscles, par exemple. Une mission difficile, car au début, ceux-ci ne réagissaient pas aux exercices. Maintenant, dans sa chambre remplie de coupes, Lewandowski est envahi par un sentiment de fierté. Il songe encore à sa quête de la bonne position sur le terrain. Quand il évoluait en tant que au numéro 10, comme Alessandro Del Piero, un autre footballeur qu'il adorait. Comme plus tard Thierry Henry, dont il a attentivement étudié les mouvements. Il ne contemple pas ses trophées tous les jours, même pas ceux attribués par l'UEFA et la FIFA, le sacrant respectivement Joueur européen de l'Année et Meilleur Joueur du monde. Non, tout au plus y jette-t-il un coup d'oeil, de temps à autre, comme pour obtenir la confirmation qu'il a pris la bonne voie. Au Borussia Dortmund, où il a radicalement modifié ses entraînements, passant du temps quotidiennement dans la salle de musculation, puis au Bayern. Il continue à travailler son corps, toujours avec la même motivation. Il est devenu une machine à buts, un avant qui continue à progresser, un homme qui se concentre même pendant une course à pied, afin de conférer plus de puissance à son jeu. Lewandowski veut continuer à s'améliorer. Rien ne l'exaspère plus qu'une séance où il ne peut se livrer à fond. Il convainc alors quelques coéquipiers de prolonger l'exercice à la fin de l'entraînement. Après avoir loupé trois journées de championnat et la double confrontation face au PSG en raison d'une blessure au genou, Robert Lewandowski peut encore espérer battre le record de buts détenu par le légendaire Gerd Müller en Bundesliga. Durant la saison 1970-1971, celui-ci avait claqué quarante buts. On a longtemps pensé cette barre inaccessible. Mais après 27 journées de championnat, le Polonais avait déjà marqué 35 buts, avant d'être mis sur la touche. En supposant qu'il n'a pas joué mardi soir contre le Bayer Leverkusen et ne reviendra que le week-end prochain sur le terrain de Mayence, il resterait alors quatre matches à Lewa pour égaler ou effacer Der Bomber des tablettes. Cinquante ans plus tard. Lewandowski est très différent de Müller, qui ne mesurait qu'un mètre 76, soit neuf centimètres de moins que le Polonais, mais qui avait des cuisses de soixante centimètres de circonférence. Müller s'appuyait surtout sur son instinct. Sa touche de balle et la vitesse avec laquelle il pivotait étaient impressionnantes. Il savait toujours où se trouvait le gardien, comme s'il avait des yeux dans le dos. Dans le rectangle, Müller était un véritable prédateur. Il explosait, marquait, fêtait brièvement son but puis se retirait, comme s'il avait honte des dégâts qu'il provoquait. C'était l'illustration parfaite de sa vie: en dehors des terrains, Müller tentait de se rendre invisible. Il manquait de charisme et, au début, il parlait avec un lourd accent du sud de l'Allemagne, dont on se moquait. À son arrivée au Bayern, on l'a qualifié d'haltérophile. Un sobriquet qui l'a longtemps traumatisé. Robert Lewandowski possède une personnalité nettement plus forte et c'est un attaquant plus complet. Il est tout aussi redoutable dans le rectangle, mais participe pleinement au jeu du Bayern. Il détourne des ballons en corner de la tête, redescend dans le milieu de terrain, écarte le jeu, crée des brèches au profit de ses coéquipiers et affirme être nettement moins productif quand il attend le ballon dans le rectangle. Lewandowski juge important de multiplier les contacts avec le ballon. Müller n'éprouvait pas autant ce besoin. Le jeu du Bayern, orchestré depuis la défense par Franz Beckenbauer, était calqué sur lui. Müller n'avait qu'à se déplacer dans le rectangle. Il ne s'y exerçait jamais spécifiquement, car il avait la chance, comme il le répétait, de réagir plus vite que les autres. Lewandowski s'entraîne autrement. À ses débuts au Bayern, il demandait à son coéquipier Xabi Alonso de lui adresser des ballons à l'entraînement: il a toujours travaillé les automatismes. Lewandowski essaie constamment d'améliorer les détails les plus infimes de son football. Il tend vers la perfection. Il cherche sans cesse ses limites. Pour cela, il doit être dans une forme optimale, physiquement et mentalement. Car, dit-il, 90% des buts qu'il marque dépendent de sa concentration et de sa réflexion. Tout l'art réside dans le fait d'avoir faim de buts. L'avant exerce son corps au quotidien, d'une manière extrême. Il a même fait analyser son âge biologique. Il veut maîtriser tous les paramètres afin de voir en quoi il peut encore progresser. Lewandowski a 32 ans, mais l'analyse a révélé qu'il avait le corps d'un homme de 26 ans. Il profite du travail qu'il a entamé à l'âge de vingt ans et qu'il n'a cessé d'intensifier. Lewandowski s'intéresse à toutes les facettes de son métier. Ce n'est pas un hasard s'il est rarement blessé. Avant d'être récemment mis hors course pour quelques semaines, le Polonais n'avait raté que trois matches en février et mars de l'année dernière, sa plus longue absence en sept saisons au Bayern. Il y a maintenant un mois de ça, Robert Lewandowski a inscrit trois buts contre le VfB Stuttgart. La presse allemande a ressorti une multitude de chiffres. Il en était à 35 buts en championnat et occupait la deuxième place du classement des meilleurs buteurs de la Bundesliga, fondée en 1963. Jusque là, cette place était occupée par Klaus Fischer, le mémorable attaquant de Schalke 04, notamment. Il a marqué 268 buts au total, mais pas pour le compte d'un grand club. Lewandowski en est à 271 goals en 346 matches. C'est encore nettement moins que Gerd Müller, auteur lui de 365 buts en 427 duels. Müller a également réussi 32 triplés, Lewandowski en est à treize. La presse s'est donc repue de ces chiffres ces dernières semaines. Des stats qui n'intéressent pas Robert Lewandowski. Toutefois, quand il a été remplacé à la 70e minute, après ses trois buts contre Stuttgart, il a paru surpris. Mais n'a pas bronché. Le Polonais se dépeint comme un professionnel qui pense toujours au match suivant. En route vers plus de buts encore, vers un nouveau titre avec le Bayern, le septième, après avoir été deux fois champion avec le Borussia Dortmund. Il va également être sacré meilleur buteur de Bundesliga pour la sixième reprise. Oui, Lewandowski est un phénomène. Depuis son arrivée au Bayern durant l'été 2014, il marque en moyenne toutes les 83 minutes. Le Bayern a pris 2,32 points dans les matches auxquels il participait. Durant ses 68 confrontations de Ligue des Champions sous le maillot du Bayern, le Polonais a marqué un but toutes les 84 minutes. Il constitue une garantie de succès. Et de buts. Et dire que le Bayern l'a transféré gratuitement du Borussia Dortmund, où son contrat arrivait à terme... Au BVB, il avait atteint sa maturité sous la direction de Jürgen Klopp. Il pense régulièrement à l'entraîneur de Liverpool, qui lui lançait des défis à l'entraînement: il lui donnait cinquante euros s'il marquait dix buts dans un match d'entraînement, mais s'il n'y arrivait pas, il devait donner la même somme à son coach. Et Lewandowski y est longtemps allé de sa poche. Mais ça l'a aidé. Il a rejoint la Bundesliga au bon moment, même s'il le doit au hasard. Que serait-il arrivé si, en 2010, il avait signé aux Blackburn Rovers? Pour l'histoire, c'est l'éruption du volcan Eyjafjallajökull qui l'a empêché de prendre l'avion pour l'Angleterre. On est peu de choses... Robert Lewandowski compte jouer encore cinq saisons. De ce point de vue, il s'inspire de Cristiano Ronaldo, qui évolue toujours au plus haut niveau à 36 ans. Et qui, comme lui, passe des heures à s'entretenir en salle. Le formidable attaquant polonais est devenu indissociable du Bayern. Le Real Madrid s'est intéressé à lui, mais il a repoussé l'offre. Il a prolongé son contrat jusqu'à l'été 2023 il y a déjà un certain temps. La direction l'implique en le consultant quand elle doit prendre des décisions importantes. Dans son pays natal aussi, l'avant est devenu immortel. Il vient de recevoir la croix de commandeur de l'Ordre Polonia Ristituta des mains du président polonais Andrzej Duda. C'est la plus haute distinction en Pologne. Il l'a reçue parce qu'il assure la promotion de son pays à l'étranger d'une manière exemplaire. Il est capitaine de son équipe nationale et un maître-atout. Il a trouvé le chemin des filets à 66 reprises en 118 duels. De ce point de vue, les statistiques de Gerd Müller sont encore plus impressionnantes: 68 goals en 62 matches. Mais ce dernier se produisait évidemment pour une toute grande équipe nationale. On attend maintenant le moment où Robert Lewandowski va battre le record de Müller en Bundesliga. S'il y parvient, on ressortira les superlatifs. Gerd Müller, lui, n'en saura rien. Le monument du Bayern souffre de la maladie d'Alzheimer et réside dans une maison de repos, au département des soins palliatifs. Il a entamé l'ultime chapitre de sa vie.