La Juventus rêvait d'un dixième titre consécutif, elle risque de ne rien gagner du tout et de rater la qualification pour la Ligue des Champions. Une victoire en Coupe ou une cinquième place en championnat lui permettrait tout au plus de disputer l'Europa League. La saison des bianconeri fut un véritable enfer: de rares belles victoires, de nombreux matches nuls et plusieurs défaites qui ont mis la Vieille Dame au tapis.
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La Juventus rêvait d'un dixième titre consécutif, elle risque de ne rien gagner du tout et de rater la qualification pour la Ligue des Champions. Une victoire en Coupe ou une cinquième place en championnat lui permettrait tout au plus de disputer l'Europa League. La saison des bianconeri fut un véritable enfer: de rares belles victoires, de nombreux matches nuls et plusieurs défaites qui ont mis la Vieille Dame au tapis. Dimanche dernier, la répétition générale de la finale de la Coupe face à Milan a tourné au drame. Pas seulement à cause du résultat (une défaite 0-3) mais aussi de la manière: en deuxième mi-temps, le nonuple champion d'Italie s'est retrouvé dans les cordes. Cela fait un bout de temps que la Juventus est dans le coin du ring où les coups pleuvent. La spirale négative est enclenchée et la victoire face à l'Udinese, voici quelques semaines, n'a fait que lui donner un peu d'air. Depuis la naissance du club, la victoire fait partie de son ADN. La Juventus a rarement été absente au rendez-vous. Mais cette année, elle est méconnaissable: elle n'aborde pas bien ses matches, n'a pas d'identité, de style de jeu, d'intensité, d'organisation, de grinta. Chacun semble jouer pour soi, il n'y a pas d'unité. Ce n'est pas un orchestre mais onze solistes qui n'en font qu'à leur tête. Bref, c'est la cacophonie. Face à des adversaires bien organisés comme Milan, le week-end dernier, ça ne pardonne pas. Et personne ne semble en mesure de remettre de l'ordre. L'objectif, avant la saison, était de créer un style de jeu, avec un bloc haut, un pressing et une récupération de ballon au milieu de terrain. Cela a fonctionné à quelques reprises (face à Barcelone et à Milan au premier tour) mais pas très souvent. Petit à petit, la relation entre les joueurs et l'entraîneur s'est détériorée. Au départ, elle était bonne mais dès la fin du mois de novembre, il y a eu de la friture sur la ligne. Jusqu'au week-end dernier, Andrea Pirlo n'avait jamais aligné deux fois de suite la même équipe. En 34 matches, il a changé 34 fois son onze de base! Aujourd'hui, il donne l'impression de ne plus savoir où il en est. Dans un tel climat, même une star comme Cristiano Ronaldo disparaît des radars. Face à Milan non plus, on n'a pas vu le buteur portugais. Cette saison, il lui est arrivé à plusieurs reprises de sortir l'équipe du marasme à lui tout seul mais les miracles ne se commandent pas et ne se répètent pas. Même quand on s'appelle CR7. Il ne peut pas résoudre tous les problèmes qui se présentent à l'équipe et lui aussi doute. Surtout depuis qu' Andrea Agnelli a lancé le projet de Super League. A Turin, on peut encore accepter qu'après neuf titres consécutifs, le trophée aille à un autre club (l'Inter, emmené par Antonio Conte, qui avait lancé la série de neuf succès de la Juventus). Le problème, c'est que la Juventus risque d'être privée de Ligue des Champions. Et pas seulement parce que l'UEFA envisage des sanctions contre les clubs qui voulaient participer à la Super League. Pas de Ligue des Champions, c'est non seulement une gifle en matière de prestige et d'honneur, c'est aussi un coup dur sur le plan financier. La masse salariale de 236 millions va devoir être revue à la baisse tandis que la dette globale s'élève désormais à 458 millions d'euros et ne peut plus augmenter. Le fait de ne pas participer à la plus prestigieuse des compétitions européennes coûterait au moins 50 millions d'euros à la Juventus. Au cours des dernières années, la Ligue des Champions lui a même rapporté plusieurs fois 80 millions. Une non-participation aurait sans doute aussi des conséquences sur l'emploi. Il y a quelques semaines, le directeur sportif Fabio Paratici avait affirmé que Pirlo resterait s'il qualifiait l'équipe pour la Ligue des Champions. Après la défaite face à Milan, on n'a pas entendu Paratici. Sa place est remise en question également. C'est Pavel Nedved, ancienne star du club et ami intime d'Andrea Agnelli, qui a déclaré que Pirlo resterait en place jusqu'au terme de la saison. La direction du club a commis de nombreuses erreurs cette saison, dont celle de promouvoir trop vite Pirlo, qui avait été engagé pour coacher les U23 en D3 mais qui, 24 heures après l'élimination européenne face à Lyon, a été bombardé entraîneur principal sans avoir jamais entraîné. Une décision audacieuse et impulsive qui n'a pas fonctionné. Pirlo a l'excuse de manquer d'expérience mais il n'a pas encore progressé depuis son arrivée. Il n'a jamais donné l'impression de contrôler la situation ou l'équipe. Après une défaite, l'impuissance se lit sur son visage. Mais il n'est pas le seul à risquer sa place. Il n'est pas du tout certain que Nedved conservera son poste de conseiller. On évoque même un départ d'Andrea Agnelli qui, lors de son accession à la présidence en 2010, avait dit qu'il ne se voyait pas remplir ce rôle pendant plus de dix ans. La date de péremption est déjà dépassée. Sans Ligue des Champions, on ne sait pas non plus si CR7 restera, même s'il est encore sous contrat pour un an. Mais avec un salaire annuel de 31 millions d'euros, soit quatre fois plus que le deuxième joueur le mieux payé de Serie A, il ne trouvera pas facilement un autre club. Le Portugais déborde toujours d'ambition. Il aimerait décrocher un sixième Ballon d'Or pour faire aussi bien Lionel Messi. Et il espère encore battre un record cette saison: devenir le premier joueur sacré meilleur buteur dans trois des cinq grands championnats. La saison dernière, il avait inscrit 31 buts mais Ciro Immobile (Lazio) en avait marqué 36. Dimanche dernier, il était à 27, soit six de plus que Romelu Lukaku. Luis Suarez est le seul joueur à avoir été sacré meilleur buteur dans trois championnats différents mais parmi ceux-ci, il y a celui des Pays-Bas, nettement moins côté. Le nom de Suarez est toujours lié à cette saison. Au cours des dernières semaines, il est apparu de plus en plus clairement que la Juventus avait joué un rôle pour le moins douteux dans l'examen de langue falsifié qui devait lui permettre d'obtenir la nationalité italienne et le statut de joueur européen. Lorsqu'il s'est avéré que les questions de l'Università per Stranieri de Pérouse avaient été truquées, la Juventus s'est retirée du dossier et s'est rabattue sur Alvaro Morata, loué par le Real. Mais les écoutes téléphoniques révèlent que Paratici, l'homme qui avait réussi à faire venir Cristiano Ronaldo à Turin, a exercé des pressions, même si Andrea Agnelli s'est rapidement distancié de cette affaire. Si Paratici et Nedved devaient s'en aller, plus rien ne s'opposerait au retour de Massimiliano Allegri après deux ans d'absence. Allegri s'est toujours bien entendu avec le président mais il est parti parce qu'il avait des problèmes avec le duo Paratici - Nedved. Son nom est celui qui revient le plus souvent et il a déjà admis qu'après deux années sabbatiques, il aimerait retrouver un grand club la saison prochaine. Dans ce cas, un retour de Beppe Marotta serait possible également. Marotta vient d'être sacré champion avec l'Inter mais, au vu des mesures d'assainissement annoncées (voir encadré), il n'est pas du tout certain de rester chez les nerazzuri. Quand Agnelli est devenu le quatrième membre de la famille à reprendre la présidence de la Juventus, en mai 2010, un demi-siècle ans après son père Umberto, son premier fait d'armes fut d'aller chercher Marotta à la Sampdoria, où il était le directeur sportif dont toute la Serie A parlait. Marotta a fait du bon boulot avec Conte, il a lancé la série de neuf titres consécutifs et, lorsque Conte a démissionné du jour au lendemain, il est allé chercher Allegri. Après l'arrivée de CR7 et le moment de gloire de Fabio Paratici, il a été gentiment poussé vers la sortie. Il y a deux ans, il est arrivé à l'Inter avec Conte. Une aventure couronnée de succès. Mais avant de penser à l'avenir, la Juventus doit encore disputer la finale de la Coupe d'Italie. Celle-ci lui permettra peut-être de redorer quelque peu son blason car un trophée reste un trophée. La Juventus détient le record du nombre de Coupes d'Italie remportées (13) mais sa dernière victoire remonte à 2018. Elle s'était alors imposée 4-0 face... à l'AC Milan. Le club dont le journal espagnol El Mundo a révélé le 28 septembre de cette année-là qu'il avait tenté, un an plus tôt, d'acheter Cristiano Ronaldo au Real, où le Portugais ne s'amusait plus. L'actionnaire principal de l'époque, Yonghong Li, espérait ainsi pénétrer le marché chinois. CR7 lui aurait dit: "Vous n'êtes pas en Ligue des Champions mais je n'ai jamais remporté l'Europa League." L'affaire ne s'était pas faite car les Chinois n'avaient pas suffisamment d'argent.