Non, Joachim Löw n'a pas changé de comportement avant cet EURO. C'est ce qu'a dit le directeur sportif, Oliver Bierhoff, avant le match contre la France. Pourtant, en son for intérieur, le sélectionneur est en proie à une certaine frustration, suite à l'annonce de son départ (forcé), des déclarations de différents joueurs n'appréciant pas sa tactique et au retour de Thomas Müller et Mats Hummels, ce qui l'a contraint à abandonner le rajeunissement idéalisé qu'il avait prôné.
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Non, Joachim Löw n'a pas changé de comportement avant cet EURO. C'est ce qu'a dit le directeur sportif, Oliver Bierhoff, avant le match contre la France. Pourtant, en son for intérieur, le sélectionneur est en proie à une certaine frustration, suite à l'annonce de son départ (forcé), des déclarations de différents joueurs n'appréciant pas sa tactique et au retour de Thomas Müller et Mats Hummels, ce qui l'a contraint à abandonner le rajeunissement idéalisé qu'il avait prôné. Avant le premier match de l'Allemagne, Löw a parlé normalement: son équipe devait aller au charbon. En quinze ans à ce poste, jamais Löw ne s'était exprimé de la sorte. Il prônait toujours le calme et dégageait une foi énorme par rapport aux possibilités de son équipe. De fait, l'Allemagne a vraiment essayé d'enfiler le bleu de chauffe face au champion du monde en titre mais le match a montré où l'équipe en est: elle déborde de bonne volonté et d'engagement mais elle joue trop peu en profondeur et n'est pas assez menaçante. L'Allemagne n'a pas d'avant-centre. Elle a posté des coureurs au front. Elle n'a guère eu d'occasions en 90 minutes. Elle a considéré comme un signe de force le fait d'avoir empêché la formidable attaque française de marquer (sans compter deux buts sur hors-jeu) mais le fait que Mats Hummels ait marqué contre son camp est extrêmement pénible. Le fait que Joachim Löw ait cherché aussi longtemps son équipe-type en dit long sur le statut actuel de la Mannschaft. Il a voulu corriger très vite les erreurs des trois dernières années, notamment en procédant avec trois et non quatre joueurs en défense, en rappelant Thomas Müller et Mats Hummels, en bannissant Joshua Kimmich de l'axe pour le repositionner sur le flanc droit mais aussi en alignant deux médians défensifs, Toni Kroos et Ilkay Gündogan, bien qu'ils aient déjà occupé ce poste lors de la mémorable raclée 6-0 en Espagne, en novembre dernier. Ces modifications tactiques allaient-elles produire l'effet escompté et rétablir la stabilité défensive? Le match contre la France a clairement montré que cette équipe doit encore grandir, qu'elle manque de précision et de force de frappe dans sa construction, de sang-froid dans le rectangle, qu'elle n'a pas de buteur. Ce constat n'est pas neuf. La preuve, l'Allemagne a certes battu la Lettonie 7-1 lors de son dernier match de préparation mais les buts ont été marqués par sept joueurs différents. Rien n'est perdu pour l'Allemagne après sa défaite contre la France, pour autant qu'elle ne s'incline pas face au Portugal, samedi. L'équipe est donc sous pression. Idem pour Joachim Löw, qui rêve de réussir ses adieux. Encore que même en cas d'élimination prématurée, le sélectionneur ne sera pas honni. Il jouit d'un trop grand respect pour cela. Pendant la retransmission télévisée du match entre l'Allemagne et la France, les commentateurs l'ont affectueusement appelé Jogi. C'est aussi lié à son attitude. Joachim Löw n'a jamais été prétentieux. Même le jour du match, le quotidien Bild, qui ne recule pourtant pas devant les polémiques, a publié une lettre ouverte à Löw: " Jogi, montre au monde ce dont tu es capable", a-t-il titré. Cela ressemblait à un hommage, puisque le sélectionneur va bientôt s'en aller. Le quotidien a fait référence à une déclaration qu'avait faite Löw pendant la finale du Mondial 2014, contre l'Argentine. "Montre que tu es meilleur que Messi", avait dit Löw à Mario Götze, juste avant qu'il entre au jeu. Et Götze avait inscrit le but de la victoire.