Après cinq ans sous la pluie de Liverpool, Georginio Wijnaldum préfère ne pas s'installer sous un parasol. "Le soleil m'a manqué", sourit le capitaine des Pays-Bas, avant de se mettre quand même à l'ombre. C'est qu'il fait très chaud à Lagos, où l'équipe néerlandaise a préparé l'EURO.
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Après cinq ans sous la pluie de Liverpool, Georginio Wijnaldum préfère ne pas s'installer sous un parasol. "Le soleil m'a manqué", sourit le capitaine des Pays-Bas, avant de se mettre quand même à l'ombre. C'est qu'il fait très chaud à Lagos, où l'équipe néerlandaise a préparé l'EURO. Le mano a mano entre le Barça et le PSG a été torride aussi. Wijnaldum est arrivé au Portugal en pensant se produire en Catalogne la saison prochaine, sans imaginer que l'intérêt parisien se concrétiserait. Pourquoi as-tu choisi le PSG? Georginio Wijnaldum: J'ai suivi mon intuition, comme toujours. Elle ne m'a jamais trompé. On discute évidemment avec les clubs intéressés: quels sont leurs projets, comment est le noyau? Quand j'ai toutes les réponses, je suis mon instinct. Il m'a conduit de Feyenoord au PSV puis plus tard à Newcastle United. Tout le monde était surpris, personne ne comprenait mais chaque étape était parfaite. De toute façon, on ne peut jamais prendre de mauvaise décision quand on écoute son intuition. On peut échouer mais à sa manière. Tu as d'abord été numéro dix puis ailier droit et à Liverpool, tu as occupé un rôle plus défensif, ces dernières années. Quelle sera la prochaine évolution dans ton nouveau club? Wijnaldum: Gardien? Non, je rigole. Mais je comprends ce que tu veux dire. J'ai subi une métamorphose pour devenir un médian polyvalent. J'ai trente ans. D'aucuns diront que je suis trop vieux pour continuer à évoluer mais je veux progresser tant que je jouerai. Et apprendre. Jusqu'à présent, j'y suis parvenu en essayant de planifier ma carrière. Que veux-tu dire? Wijnaldum: Beaucoup de jeunes footballeurs me demandent conseil: je suis le parfait exemple de la manière dont on fait carrière. Ils veulent savoir quelle est la voie à suivre. Je veux bien aider tout le monde mais je ne suis pas omniscient. Chacun doit suivre sa propre voie. La mienne n'aurait peut-être pas convenu à Frenkie de Jong ou à Matthijs de Ligt. Tout dépend de ton club. J'étais à Feyenoord, les temps étaient difficiles, nous gagnions peu... Je ne pouvais pas franchir un palier trop conséquent d'un coup. Mais Frenkie et Matthijs ont brillé en Ligue des Champions avec l'Ajax. Leur développement est très différent du mien. Il est donc logique qu'ils rejoignent Barcelone et la Juventus d'un coup. Pourquoi n'es-tu pas resté à Liverpool? Wijnaldum: Ce n'est pas le moment d'en parler. Je le ferai à l'issue du tournoi et tout le monde comprendra pourquoi je suis parti. Tu as eu droit à des adieux respectueux, avec de beaux discours et une haie d'honneur. Wijnaldum: J'ai dû contenir mes larmes car je ne m'y attendais pas. J'ai été très ému en réalisant que c'était mon dernier match pour Liverpool. Le fait que beaucoup de joueurs sont partis sans bénéficier de tels honneurs a rendu le moment particulier. Si les deux camps étaient émus, pourquoi se séparer? Wijnaldum: De l'extérieur, on ne peut pas comprendre. Beaucoup de supporters me demandent pourquoi je n'ai pas accepté de prolonger mon contrat mais il n'y a pas que ça. Il se passe des choses en coulisses sur lesquelles un joueur n'a aucune prise. Tout ce que je veux bien dire maintenant, c'est que le personnel du complexe d'entraînement, les collaborateurs du club et mes coéquipiers auraient aimé que je reste. Je leur en ai dit un peu plus et ils comprennent ma décision. C'est important à mes yeux. Tu es un des rares joueurs qui étaient déjà en équipe nationale il y a sept ans. Wijnaldum: Le Mondial brésilien 2014... C'est si loin. Ce n'est pas normal. Les deux tournois ratés en 2016 et 2018 me restent sur l'estomac. Normalement, un international néerlandais y participe. On peut rater un tournoi mais deux... Je ne les ai pas beaucoup suivis. Je suis parti en vacances alors que j'aurais dû jouer. Tu n'en es pas moins resté positif quant à l'avenir de l'équipe. Wijnaldum: Parce que je m'entraînais avec ces joueurs et que je savais qui allait émerger. J'étais sûr que nous allions progresser. Grâce à leur talent mais aussi à l'ambiance. Au Brésil, nous avons formé une équipe soudée, une bande de copains. Nous faisions tout ensemble. Ensuite, cet esprit s'est étiolé mais il est revenu sous la direction de Ronald Koeman. La victoire aide, évidemment: c'est le remède à tout mais nos rapports étaient bons et le restent. Ils me rappellent 2014. Quel est le rôle du sélectionneur dans ce processus? Wijnaldum: Très important. Pendant le Mondial brésilien, j'ai parlé à Edgar Davids. Je lui ai expliqué ce que Louis van Gaal nous autorisait à faire. Nous pouvions aller à la plage, nous promener, nos femmes et nos enfants étaient régulièrement les bienvenus à l'hôtel. Davids n'en croyait pas ses oreilles. Ça va dans les deux sens. Quand nous avons été éliminés en demi-finale, nous nous sommes redressés pour terminer troisièmes. Van Gaal en rêvait. Je me rappelle les paroles de Phillip Cocu, mon coach au PSV. Il m'a dit que l'équipe nationale avec laquelle il a perdu les demi-finales 1998 face au Brésil avait laissé filer la troisième place et qu'il le regrettait toujours. J'ai compris pourquoi van Gaal voulait cette médaille. Interview issue de Voetbal InternationalVan Gaal procédait en 5-3-2 au Brésil, une tactique qui a souvent été appliquée ensuite et au sein de laquelle tu t'exprimais difficilement, dans un rôle défensif aux côtés de Kevin Strootman. Tu n'as émergé que dans le 4-3-3 de Ronald Koeman mais maintenant, Frank de Boer semble opter pour cinq défenseurs. Est-ce malin? Wijnaldum: J'aime le 4-3-3 et un rôle offensif. Nous avons connu une période faste sous Koeman, même si le mérite en revenait aussi à Frenkie de Jong. Dès qu'il jouait, les médians ne devaient plus se préoccuper de la construction et pouvaient se concentrer sur l'attaque. Si ça n'allait pas, De Ligt et Virgil van Dijk se débrouillaient derrière, de même que Marten de Roon dans l'entrejeu. Donc? Wijnaldum: Je n'ai rien contre le 3-5-2 ni le 5-3-2. J'y dispose d'espaces mais je gaspille plus d'énergie car il nous manque un attaquant. Mais bon, c'est le résultat qui compte, pas ma personne. Nous avons assez de joueurs capables de maîtriser ce système. Ça va peut-être être différent pour moi, même si je peux tirer mon plan. Nous avons fait nos preuves contre l'Italie. Suite au forfait de Virgil van Dijk, tu es capitaine. Tu as quand même discuté de la tactique avec le sélectionneur? Wijnaldum: Oui mais je ne suis pas entraîneur. Les joueurs doivent lui faire confiance et vice-versa. S'il opte pour ce système, nous devons l'exécuter convenablement. Et puis, le coronavirus a démoli beaucoup de choses. Nous avons perdu nos automatismes. On l'a remarqué contre la Pologne et la Turquie. La transition n'était pas bonne. Le 5-3-2 nous confère sans doute plus d'assurance. Virgil van Dijk te manque-t-il déjà? Wijnaldum: Naturellement! Il est crucial. Pas seulement en tant que joueur, pour l'homme qu'il est. Un vrai leader. Nous aurions aimé qu'il soit avec nous. Il aurait pu venir et éventuellement effectuer ses débuts en cours de tournoi mais il aurait pris la place de joueurs en forme. Or, Virgil est professionnel. Il préserve sa santé et il sait que tous les joueurs comptent dans un tournoi. On a besoin de tout le monde. Les réservistes sont très importants, pas seulement en cas de blessure. Ils aident les autres à rester affûtés. Tu es capitaine. Est-ce que ça te fait quelque chose? Wijnaldum: Bien sûr. C'est fantastique de pouvoir ainsi représenter mon pays. Cela entraîne aussi une certaine responsabilité. Mes coéquipiers doivent me faire confiance. C'est l'essentiel à mes yeux. On peut porter un brassard mais on n'est pas un vrai capitaine sans l'acceptation des autres. Je sens cette confiance et c'est ce qui me confère un si bon sentiment. Et puis, je ne suis pas seul. Nous avons plusieurs capitaines. Beaucoup de gens l'ignorent mais pour moi, Memphis Depay est un véritable chef de file. Il suffit de le voir au sein de l'équipe. Marten de Roon assume aussi ce rôle. Que dis-tu aux joueurs qui n'ont encore jamais disputé de tour final? Wijnaldum: Qu'il faut grandir au fil du tournoi. J'ai vécu ça au Brésil, je sais comment ça va. Il faut d'abord être au sommet de sa forme individuellement puis dans l'équipe. Et répondre présent d'emblée. On n'a pas le temps d'apprendre pendant le tournoi. L'esprit d'équipe était formidable au Brésil, comme il l'est actuellement. C'est déjà un élément important mais il ne suffit pas pour gagner des matches. Il faut rehausser la qualité, ce que nous avons fait, entre les matches contre la Géorgie et l'Ecosse. Il faut gagner ensuite, ce qui s'est produit. Ces éléments font naître quelque chose de tangible. Les Pays-Bas ont affronté l'Ukraine devant un public restreint. Wijnaldum: Un EURO sans public n'en est pas un. J'ai l'impression que nous refermons un chapitre très embêtant et que nous sommes au début d'une nouvelle ère, très belle.