Wir fahren nach Berlin. C'est ce que les fans de tous les clubs allemands espèrent chanter en fin de saison. Depuis la nuit des temps, c'est au stade olympique de la capitale que se déroule la finale de la Coupe d'Allemagne. Cette fois, ce temple du football sera vide mais en temps normal, il accueille 75.000 spectateurs.
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Wir fahren nach Berlin. C'est ce que les fans de tous les clubs allemands espèrent chanter en fin de saison. Depuis la nuit des temps, c'est au stade olympique de la capitale que se déroule la finale de la Coupe d'Allemagne. Cette fois, ce temple du football sera vide mais en temps normal, il accueille 75.000 spectateurs. En Allemagne, la finale de la Coupe a encore beaucoup d'importance. En 2012, pour le match entre le Bayern et le Borussia Dortmund, qui venait d'être sacré champion, 700.000 personnes avaient demandé un ticket. C'était un clash entre deux géants, das Spiel der Spiele, comme l'avait écrit la presse allemande, qui n'a jamais peur des superlatifs. Le Bayern supportait difficilement la prise de pouvoir de Dortmund et, avant le match, il s'était montré minable. Le président de l'époque, Uli Hoeness, avait parlé de différence de budget entre les deux clubs et, lors de la conférence de presse d'avant-match, Jupp Heynckes avait fait pire encore. Alors qu'on lui demandait ce qu'il pensait de Jürgen Klopp, l'entraîneur du Bayern avait observé un long silence puis répondu avec dédain: "J'ai étudié attentivement le comportement de Klopp le long de la ligne de touche. Et je dois dire que quand il marche, sa vitesse et sa détente sont impressionnantes." Certains avaient ri sous cape mais les paroles de Heynckes trahissaient l'état d'esprit qui régnait au Bayern. Il était clair que le recordman des titres voulait mettre les points sur les i en finale. C'est dans cette atmosphère sulfureuse que se préparait le match. Au stade, l'ambiance était impressionnante. D'un côté, le rideau jaune et noir des fans du Borussia ; de l'autre, le rouge et le blanc des supporters du Bayern. Après 90 minutes, le marquoir indiquait 5-2 en faveur de Dortmund. Le Bayern était au sol et l'état d'esprit des joueurs était mis en cause. Cela n'enlevait rien aux mérites du Borussia Dortmund. Jürgen Klopp avait fait appel à son arme favorite: il n'avait pas laissé un millimètre à l'adversaire, son équipe avait déployé ses ailes, elle avait joué le pressing et s'était reconvertie très rapidement en possession de balle. Le Bayern n'avait pas trouvé la parade. D'autant que l'attaquant de Dortmund avait transformé ses trois occasions en autant de buts. Il s'appelait Robert Lewandowski. Ce doublé semblait augurer d'une période dorée pour le Borussia. Mais briser l'hégémonie du Bayern n'est pas simple. Au contraire, au cours des années suivantes, le fossé entre les deux clubs n'a fait que se creuser. Le classement actuel de la Bundesliga ne ment pas: le Borussia compte 16 points de retard sur son rival. Les deux clubs se sont retrouvés en finale de la Coupe en 2014 et en 2016. Les deux fois, le Bayern l'a emporté. Tout comme il s'est imposé lors de la finale 100% allemande de Ligue des Champions en 2013. Le Borussia Dortmund vit une saison difficile mais, même sans public, ça reste un club unique, un sanctuaire pour les supporters. Il illumine les jours sombres des habitants d'une région où le taux de chômage est très élevé. Contrairement au Bayern, le Borussia n'a que très peu de détracteurs en Allemagne. Il n'a jamais voulu avoir la grandeur du Bayern et il ne réagit pas aux provocations verbales bavaroises. Lors de la prochaine finale de la Coupe, il attirera davantage la sympathie que le RB Leipzig. A Dortmund, on est fier d'être fan d'un club classique et traditionnel. Et on considère le RB Leipzig comme un projet artificiel porté par des investisseurs. Au fil des années, le Borussia s'est forgé une identité. Celle d'un club qui vit intensément et parle au coeur des gens. Il compterait ainsi cinq millions de fans dans toute l'Allemagne. Mais le club, côté en bourse, n'échappe pas aux conséquences de la pandémie de coronavirus. Entre juillet et décembre 2020, il a enregistré une perte de 26,3 millions d'euros. C'est tout de même moins que ce que l'on craignait à un certain moment puisqu'on avait parlé d'un déficit compris entre 70 et 75 millions. Le Borussia n'a cependant pas l'intention de faire un pas en retrait sur le plan sportif. Il reste économiquement fort car il a tiré les leçons du passé et se montre plus prudent. Il n'a pas oublié qu'en 2005, il a frôlé la faillite. Le Borussia veut se qualifier pour la Ligue des Champions et ramener la Coupe à Dortmund. Et il n'a surtout pas l'intention de laisser partir son buteur, Erling Haaland. Le Norvégien est courtisé par tous les grands clubs européens et il est sous contrat avec Mino Raiola, l'agent de joueurs le plus puissant au monde. Mais Hans-Joachim Watzke, le CEO du club, a annoncé que Haaland jouerait toujours à Dortmund la saison prochaine. Son contrat prend fin en 2024 mais une clause prévoit qu'il peut quitter le club en 2022 pour 100 millions d'euros, cinq fois plus que le montant versé par le Borussia au RB Salzbourg, l'été dernier. Entre-temps, les médias ne lâchent plus Haaland d'une semelle. Ils ont même signalé que, lors du match de Coupe contre Holstein Kiel, auquel il assistait depuis la tribune en raison d'une blessure, il a serré les poings lors de chaque but et a sauté de joie au coup de sifflet final. Le Norvégien ne parle pas de son avenir. Watzke a la réputation d'être un dur à cuire. En 2013, il avait réussi à conserver Robert Lewandowski un an de plus, même si celui-ci pouvait partir gratuitement à la fin de la saison. Mais le Polonais n'avait pas Mino Raiola pour agent. Le Borussia Dortmund a entamé la saison au ralenti. En décembre, il a limogé son entraîneur, le Suisse Lucien Favre. Son adjoint, Edin Terzic, a assuré l'intérim. Au début, il a eu du mal à redresser la barque mais depuis quelques semaines, l'équipe joue mieux et se montre plus stable. Actuellement, le Borussia occupe la cinquième place du classement, à un point de l'Eintracht Francfort. La quatrième place donne droit à un ticket pour la Ligue des Champions. Samedi, le Borussia affronte le RB Leipzig, deuxième. Il le retrouvera cinq jours plus tard en finale de la Coupe. Le club sait déjà de quoi son avenir sera fait. Le manager sportif, Michael Zorc, en place depuis 1998, aurait dû arrêter en fin de saison. Il a toutefois décidé de rester un an de plus. Le nouvel entraîneur, Marco Rose, a déjà signé depuis deux mois. Il entraîne actuellement le Borussia Mönchengladbach et sera déjà le septième coach depuis le départ de Jürgen Klopp, en 2015. Marco Rose sait que Dortmund n'est pas un club facile. Ses finances sont saines et la structure est solide mais, depuis l'ère Klopp, il n'a jamais trouvé son bonheur en matière d'entraîneurs. Thomas Tuchel, un des entraîneurs les plus doués de la jeune génération, s'est disputé avec la direction et avec l'homme fort du club, Hans-Joachim Watzke. Le Hollandais Peter Bosz aimait prendre des risques mais ses joueurs ne partageaient pas tous son point de vue. L'Autrichien Peter Stöger n'est pas resté longtemps, il n'a jamais réussi à faire jouer l'équipe. Et même Lucien Favre n'a jamais su obtenir une confiance totale de la direction du club, ce qui a plombé l'ambiance. En déclarant qu'on avait surestimé la qualité du noyau actuel, le Suisse s'est tiré une balle dans le pied. Pourtant, en 2018-19, Dortmund avait été champion d'automne sous la direction de Favre et tout le monde louait son football attractif, tout en combinaisons. Marco Rose va devoir marquer le club de son empreinte et lui réinculquer la culture du résultat, ce qui ne sera pas simple. Rose passe pour un entraîneur très sociable et empathique. Il sait convaincre ses joueurs de le suivre. Après le match de Ligue des Champions face à Manchester City, même Pep Guardiola a loué le courage des joueurs du Borussia Mönchengladbach, affirmant qu'il était clair que cette équipe était dirigée par un bon entraîneur. Ce coach est convaincant et il en aura bien besoin. Car même si la finale de la Coupe constitue un éclair dans la grisaille et si les résultats des dernières semaines s'améliorent, Dortmund a souvent fait preuve de lacunes au niveau mental, une caractéristique qui constituait pourtant sa marque de fabrique par le passé. Car dans ce club, les joueurs doivent avoir la mentalité des gens de la région. Le Borussia a rajeuni les cadres en début de saison et, actuellement, ce sont les jeunes qui tirent les joueurs expérimentés. D'autant que le capitaine, Marco Reus, souvent blessé cette saison, a perdu de son éclat. Il lui arrive encore d'adresser de temps en temps un centre génial mais il ne travaille plus autant que par le passé. Et sans mouvement, le Borussia n'est rien. A l'époque où il jouait dans la Ruhr, même Robert Lewandowski redescendait jusqu'à son propre rectangle en perte de balle. Qu'il remporte la Coupe ou non, le Borussia Dortmund ne gardera pas un bon souvenir de cette saison. Demain, il entamera une nouvelle ère et tentera à nouveau de refaire son retard sur le Bayern. Avec beaucoup de jeunes, une équipe fraîche et énergique, et Erling Haaland. Le tout sous la direction de Hans-Joachim Watzke, le CEO qui, après son arrivée en 2005, a assaini les finances et instauré une nouvelle façon de voir les choses: le club ne dépense désormais plus un euro qu'il n'a pas gagné. En principe, Watzke (61 ans) aurait également dû se retirer en 2022 mais il a prolongé jusqu'en 2025.