Bien que ça fasse déjà huit ans que Tim Sparv ne joue plus en Eredivisie, il parle toujours parfaitement le néerlandais. Il lâche ici et là un mot d'allemand, réminiscences de son année à Greuther Fürth, mais pour quelqu'un qui ne pratique plus régulièrement la langue, il parvient remarquablement bien à se faire comprendre. "En huit ans, je n'ai pas beaucoup parlé néerlandais, je suis heureux de pouvoir le faire à nouveau. J'ai eu un coéquipier néerlandais à Fürth, Mark Flekken, et j'ai aussi cotoyé Rafael van der Vaart à Midtjylland."
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Bien que ça fasse déjà huit ans que Tim Sparv ne joue plus en Eredivisie, il parle toujours parfaitement le néerlandais. Il lâche ici et là un mot d'allemand, réminiscences de son année à Greuther Fürth, mais pour quelqu'un qui ne pratique plus régulièrement la langue, il parvient remarquablement bien à se faire comprendre. "En huit ans, je n'ai pas beaucoup parlé néerlandais, je suis heureux de pouvoir le faire à nouveau. J'ai eu un coéquipier néerlandais à Fürth, Mark Flekken, et j'ai aussi cotoyé Rafael van der Vaart à Midtjylland." Sparv a pas mal bourlingué. À seize ans déjà, il quittait le cocon familial pour rejoindre le centre de formation de Southampton. Il a ensuite joué en Suède, aux Pays-Bas, en Allemagne, au Danemark et en Grèce. Il compte aussi de nombreuses sélections en équipe nationale finlandaise, dont il est devenu le capitaine. Il a d'ailleurs établi un record, car il est le seul joueur finlandais à avoir porté le brassard dans toutes les sélections de jeunes du pays. "Ce capitanat est devenu une part de mon identité", explique-t-il. "J'ai fait beaucoup de chemin, et c'est un aboutissement de faire partie de ce groupe qui participe enfin à un grand tournoi." Cet EURO constitue-t-il le point d'orgue de votre carrière? TIM SPARV: Tout à fait. Je pense d'ailleurs que c'est le cas pour tous les joueurs de l'équipe. Pour le football finlandais, c'est un rêve qui se réalise. C'est la première fois que la Finlande participe à la phase finale d'un grand tournoi. On l'attendait depuis longtemps. On est très fiers et très heureux d'y être arrivés. Quand avez-vous pris conscience que ce rêve pouvait se réaliser? SPARV: Lors de la première Nations League, avant les qualifications pour l'EURO. Je me suis rendu compte que de nombreux bons joueurs avaient rejoint le groupe. Notre jeu s'est amélioré et les résultats également. On a alors cru en nos chances. On était pourtant versés dans un groupe difficile, avec l'Italie, la Grèce et la Bosnie, mais je sentais qu'on était à la hauteur. Il y a longtemps, on a déjà été tout proches d'une qualification, à l'époque de la génération dorée emmenée par Jari Litmanen et Sami Hyypiä. À l'époque, tout le monde s'attendait à une qualification, mais on n'a pas atteint notre but et une période beaucoup plus difficile s'en est suivie. On a même connu une période de deux ans durant laquelle on n'a pas remporté le moindre match. Les critiques ne nous épargnaient pas. Mais, depuis lors, ça va mieux, heureusement. Qu'y a-t-il de changé dans le football finlandais, qui puisse expliquer cette amélioration? SPARV: On a beaucoup investi dans le coaching et la formation, et on essaie aussi d'améliorer les infrastructures. Dans le nord de la Finlande, on a besoin de terrains indoor, par exemple, pour pouvoir s'entraîner en hiver. Ces dernières années, les joueurs qui ont rejoint l'équipe nationale sont très forts techniquement. Ils ont été formés différemment, selon une autre philosophie de jeu. La Finlande joue désormais un jeu plus moderne. Comment décririez-vous votre style de jeu? SPARV: Défensivement, on a toujours été très bons. On travaille l'un pour l'autre et il n'y a pas d'ego surdimensionné dans le groupe. Teemu Pukki est un grand nom, mais il travaille énormément pour l'équipe et ne néglige jamais ses tâches défensives. Ça a toujours été une caractéristique de la Finlande. Mais, ces dernières années, on est devenus bien plus forts avec le ballon. Je trouve qu'on a un bon mélange de joueurs physiques et techniques, d'anciens et de jeunes. Tactiquement, on est plus flexibles aussi. Vous formez donc un véritable groupe? SPARV: Oui, beaucoup de joueurs se connaissent depuis longtemps. En 2009, on s'est qualifiés pour l'EURO U21. Quatre ou cinq joueurs de l'équipe actuelle faisaient partie de cette équipe. Personnellement, j'ai même joué en U15 avec Joona Toivio. C'était en 2002. Pour nous, cet EURO est l'aboutissement de tout le chemin parcouru ensemble. Depuis que vous êtes en équipe nationale, vous avez affronté trois fois la Belgique en match amical et vous n'avez jamais connu la défaite. En 2010, vous avez gagné 1-0, et en 2011 et 2016, vous avez partagé 1-1. SPARV: C'est vrai? Je ne me souviens que du match de 2016. La Belgique avait égalisé juste avant la fin, par Romelu Lukaku. Je me souviens aussi de Marouane Fellaini. Ce n'était pas facile de lui prendre le ballon, surtout dans les airs ( Il rit). Aujourd'hui, la Belgique est l'une des meilleures équipes du monde. Et l'une de mes favorites pour remporter le tournoi. Quels sont ses principales qualités? SPARV: La liste des 26 joueurs est impressionnante. Il y a de quoi former deux très bons onze. Un joueur comme Kevin De Bruyne peut évidemment incarner le facteur X, il peut sortir une passe décisive à tout moment. Quel est votre objectif dans cet EURO? SPARV: Passer le premier tour serait déjà un exploit. Ce sera compliqué, dans un groupe très relevé (interview réalisée avant la victoire contre le Danemark, ndlr). Mais j'espère qu'on arrivera à jouer de la même manière que lors des deux dernières années et qu'on rendra fiers les Finlandais. Votre carrière a également débuté lors d'un grand tournoi. À la Coupe du monde U17, alors que vous aviez seize ans, vous avez été repéré par les scouts de Southampton... SPARV: Lorsque vous jouez dans les équipes nationales de jeunes, il y a toujours beaucoup de scouts dans les tribunes. Avant Southampton, j'avais d'ailleurs eu d'autres possibilités. J'ai été en stage à la Sampdoria et à Feyenoord. Mais, lors de cette Coupe du monde organisée en Finlande, l'offre de Southampton était la plus concrète. Je me souviens avoir signé le contrat juste après le premier match contre la Chine. J'ai toujours adoré la Premier League, j'étais supporter de Manchester United. Donc, lorsqu'on m'a proposé de rejoindre l'Angleterre, je n'ai pas hésité longtemps. Était-ce facile, de passer de la Finlande à l'Angleterre? SPARV: Je suis parti seul et je logeais dans un vieil hôtel avec les autres joueurs. Chacun avait sa chambre individuelle. Une famille préparait à manger pour nous et veillait à ce qu'on ne manque de rien. En Finlande, j'habitais dans un petit village, c'était donc un grand changement. Mais j'ai eu ce que je voulais: la possibilité de jouer au football tous les jours et de progresser. C'était un bel environnement pour un jeune footballeur, très cosmopolite. Mais ce n'était pas toujours facile, évidemment. C'était parfois très dur, à l'entraînement par exemple. La communication était beaucoup plus directe que ce à quoi j'étais habitué en Finlande. Ça a été une bonne école, pour moi. J'ai beaucoup appris, footballistiquement, mais aussi humainement. Southampton possède une très bonne académie, qui a produit de nombreux bons joueurs. On dit toujours que si un joueur de chaque génération parvient à percer, c'est un bon résultat. De nombreux joueurs de Southampton ont percé, en Premier League ou ailleurs. Je pourrais citer Theo Walcott, Gareth Bale, Adam Lallana ou encore Nathan Dyer. Theo était notre meilleur joueur, ses qualités sautaient aux yeux. Il a d'ailleurs rapidement reçu sa chance en équipe première. Vous avez encore des contacts avec les joueurs de l'époque? SPARV: J'ai souvent affronté Bale avec l'équipe nationale. Je possède d'ailleurs deux de ses maillots, chez moi à la maison. La dernière fois qu'on s'est rencontrés, c'était l'an passé à Helsinki. On a eu l'occasion de discuter, c'était un peu nostalgique. On s'est dit qu'on avait pris de l'âge et qu'il devenait temps de songer à notre reconversion ( Il rit). C'est un chouette gars. Après trois ans et demi à Southampton, sans jamais jouer en A, vous êtes parti en Suède, puis aux Pays-Bas au FC Groningen... SPARV: Je garde un très bon souvenir de ma période à Groningen. J'ai trouvé que les Néerlandais étaient très sociables et avaient de l'humour. Je me suis rapidement fait des amis en dehors du terrain. Ça a été une étape très importante de ma carrière. Vous avez joué aux côtés de Dusan Tadic et de Virgil van Dijk... SPARV: Tadic était un exemple pour tous. J'étais impressionné par l'intensité de ses entraînements, par ce qu'il faisait avant et après les séances. Van Dijk était un très grand talent. Physiquement, il avait tout. Les premiers mois, on l'a d'ailleurs utilisé comme attaquant et il était très bon dans ce rôle. À Groningen, j'ai aussi joué avec Sepp De Roover et Jonas Ivens. Je suis toujours en contact avec Jonas. Un chouette gars, il était très ambitieux et très professionnel. Aujourd'hui, il fait du très bon boulot comme entraîneur à Bruges. Vous avez eu la possibilité de jouer en Belgique durant votre carrière? SPARV: Oui, en 2008, Zulte Waregem a manifesté un certain intérêt. J'ai discuté et j'ai reçu une proposition, mais finalement ça ne s'est pas concrétisé. En 2014, vous avez joué pour le FC Midtjylland. Ce club scanne les joueurs sur base d'analyses approfondies et de datas. Comment cela s'est-il passé dans votre cas? SPARV: À l'époque, je jouais à Greuther Fürth, en D2 allemande. Ils trouvaient que ce championnat était sous-estimé. Ils avaient besoin d'un défenseur central et je me débrouillais plutôt bien à ce poste en Allemagne. J'ai appris que j'avais été visionné sur base de datas et de statistiques. À l'époque, c'était nouveau pour moi, mais aujourd'hui c'est devenu courant. À Midtjylland, on a aussi été soumis à des tests de personnalité, pour découvrir quel genre d'homme on est et comment on communique. Au début, j'étais sceptique. Mais lorsque j'ai lu le document de 24 pages, je me suis demandé comment c'était possible. Tout ce qui était écrit, était correct à 100%. L'été dernier, vous avez été transféré en Grèce, à Larissa. Comment s'est passé votre saison? SPARV: C'est un club très spécial, pas moderne pour un sou. Il y a souvent des arriérés de salaires et d'autres choses qui laissent à désirer. Mais ça m'a aussi appris beaucoup sur le plan humain. J'ai eu la chance, au cours de ma carrière, de découvrir d'autres cultures, d'apprendre d'autres langues. Vous jouerez encore pour ce club la saison prochaine? SPARV: Non, je n'ai pas de contrat pour l'instant. Donc, si un club belge est intéressé... Quel est votre point de vue à propos de la Coupe du monde au Qatar? SPARV: L'attribution de la Coupe du Monde au Qatar est une grosse erreur. Je ne pense pas qu'un boycott soit une solution, mais c'est l'occasion de mettre le doigt sur les problèmes au Qatar. Au niveau des droits humains, il y a beaucoup à dire. Je trouve important de pouvoir faire entendre notre point de vue. Ces derniers temps, les médias en ont beaucoup parlé, mais ce qui est important pour moi, c'est ce qu'il va se passer au Qatar après la Coupe du monde. Pensez-vous qu'il y a encore une chance que la Coupe du monde soit organisée ailleurs? SPARV: Non, je ne pense pas. Mais j'espère que la prochaine fois, les joueurs, mais aussi les supporters et les organisations de défense des droits humains participeront aux discussions et aux votes, afin que les décisions ne soient pas prises uniquement par les gros bonnets de la FIFA. Je pense que toutes les parties devraient être impliquées. Actuellement, beaucoup de choses sont décidées sans consulter les joueurs. On l'a encore vu récemment avec la Super League.