Par Bernard JEUNEJEAN

Nostalgique du Racing de Paris de ses huit ans, le vieil Alain Finkielkraut bougonne à intervalles réguliers sur "ces crétins arrogants, qui s'arrachent aux embrassades de leurs équipiers après un but, tendent l'oreille pour récolter davantage d'applaudissements : déchaînement d'égocentrisme" supplantant selon lui "l'embrassade collective" d'antan...

Ollivier Pourriol (le grand quadra crollé du Grand Journal sur Canal+) vient de footosopher joliment sur quelques célèbres mochetés de notre joli jeu ("Eloge du mauvais geste", NiL, 2010). Michel Onfray a disséqué les réactions de spectateurs selon que leur cerveau dit reptilien domine ou pas leur cortex, rendant ainsi leur passion triste plutôt qu'épanouie... Oufti !

Et tout récemment, en même temps que Foot Mag et l'ULB sortaient leur grande enquête sur les supporters, c'était au tour de François Bégaudeau de se payer un tacle assassin (taïaut semelles en avant !) via une chronique écrite pourLe Monde. L'auteur/acteur d' Entre les Murs y fourrait tous les supporters dans le même sac intitulé Bêtise, pour une raison majeure à ses yeux : ce serait une preuve d'imbécillité foncière de rester fidèle à des infidèles, d'accorder encore aujourd'hui son soutien inconditionnel à une équipe (ce qui est le propre du vrai supporter), alors que les joueurs mutent sans cesse, que les entraîneurs sont virés bien avant d'avoir installé un style de jeu maison, et que de nouveaux dirigeants débarquent du bout du monde avec plein de pognon pour virer leurs prédécesseurs locaux ! Tout supporter serait un mouton qui se fout de tout, "sauf de la victoire du club que l'aléatoire géographique lui a fait élire" !

C'est exagéré. Bégaudeau a succombé à la caricature et je ne vois qu'une explication : il devait ce jour-là avoir ses ragnagnas, car c'est un vrai footeux ! Le FC Nantes de son coin ne le laisse pas indifférent, il fit même courir le bruit de vouloir le racheter en 2008. Mais la preuve irréfutable de son amour/foot, c'est Jouer juste, roman déjanté qu'il écrivit en 2003 : où un entraîneur prolixe mêle à son briefing pour la victoire des réflexions pour également jouer juste au sein de son couple !

Ici toutefois, Bégaudeau se goure en n'identifiant qu'un type d'inconditionnel, alors qu'il en existe de tous acabits : supporters par filiation ou par réaction, sobres ou excités, tristes un jour ou tristes toujours, plus ou moins râleurs, inconditionnels temporaires ou permanents, revendicatifs ou obéissants, ostentatoires ou discrets, pulsionnels ou analystes, bourgeois ou prolos, hommes ou femmes, autochtones ou assimilés, solitaires ou grégaires... Un peu de tout, comme la vie et nos fromages. C'est précisément cette variété qui rend le supporterisme supportable, et même indispensable au bon plaisir des spectateurs neutres dans mon genre, qui ne gueulent pas au stade mais s'emmerdent pourtant dans un stade sans gueulantes !

Bégaudeau aurait dû fouiner dans l'enquête de Foot Mag. Il aurait constaté avec soulagement que les neutres ont encore le droit de vivre : 14 % des Belges déclarent suivre la D1 sans être supporters d'un club de D1 ! Mais à la question - moche mais nécessaire - de savoir quels étaient les clubs les plus détestés, aurait-il souri d'apprendre qu'environ 15 % des supporters n'ont aucune détestation pour aucun concurrent ? Car ça laisse quand même beaucoup de supporters exécrant l'un ou l'autre rival ! Quoique flamand et wallon, Bruges et Standard oublient de se détester l'un l'autre, mais respectivement 60 % et 66 % de leurs supporters sondés ne peuvent pas piffer Anderlecht. Quant aux supporters mauves, ils détestent les deux précités à hauteur de 24 % (Bruges) et 39 % (Standard) ! Alors, conclusion : ceux-ci étonnamment moins teigneux, ou ceux-là logiquement plus envieux ? En foot, qui aime bien (l'un) châtie bien (l'autre).

Par Bernard JEUNEJEANNostalgique du Racing de Paris de ses huit ans, le vieil Alain Finkielkraut bougonne à intervalles réguliers sur "ces crétins arrogants, qui s'arrachent aux embrassades de leurs équipiers après un but, tendent l'oreille pour récolter davantage d'applaudissements : déchaînement d'égocentrisme" supplantant selon lui "l'embrassade collective" d'antan... Ollivier Pourriol (le grand quadra crollé du Grand Journal sur Canal+) vient de footosopher joliment sur quelques célèbres mochetés de notre joli jeu ("Eloge du mauvais geste", NiL, 2010). Michel Onfray a disséqué les réactions de spectateurs selon que leur cerveau dit reptilien domine ou pas leur cortex, rendant ainsi leur passion triste plutôt qu'épanouie... Oufti ! Et tout récemment, en même temps que Foot Mag et l'ULB sortaient leur grande enquête sur les supporters, c'était au tour de François Bégaudeau de se payer un tacle assassin (taïaut semelles en avant !) via une chronique écrite pourLe Monde. L'auteur/acteur d' Entre les Murs y fourrait tous les supporters dans le même sac intitulé Bêtise, pour une raison majeure à ses yeux : ce serait une preuve d'imbécillité foncière de rester fidèle à des infidèles, d'accorder encore aujourd'hui son soutien inconditionnel à une équipe (ce qui est le propre du vrai supporter), alors que les joueurs mutent sans cesse, que les entraîneurs sont virés bien avant d'avoir installé un style de jeu maison, et que de nouveaux dirigeants débarquent du bout du monde avec plein de pognon pour virer leurs prédécesseurs locaux ! Tout supporter serait un mouton qui se fout de tout, "sauf de la victoire du club que l'aléatoire géographique lui a fait élire" ! C'est exagéré. Bégaudeau a succombé à la caricature et je ne vois qu'une explication : il devait ce jour-là avoir ses ragnagnas, car c'est un vrai footeux ! Le FC Nantes de son coin ne le laisse pas indifférent, il fit même courir le bruit de vouloir le racheter en 2008. Mais la preuve irréfutable de son amour/foot, c'est Jouer juste, roman déjanté qu'il écrivit en 2003 : où un entraîneur prolixe mêle à son briefing pour la victoire des réflexions pour également jouer juste au sein de son couple ! Ici toutefois, Bégaudeau se goure en n'identifiant qu'un type d'inconditionnel, alors qu'il en existe de tous acabits : supporters par filiation ou par réaction, sobres ou excités, tristes un jour ou tristes toujours, plus ou moins râleurs, inconditionnels temporaires ou permanents, revendicatifs ou obéissants, ostentatoires ou discrets, pulsionnels ou analystes, bourgeois ou prolos, hommes ou femmes, autochtones ou assimilés, solitaires ou grégaires... Un peu de tout, comme la vie et nos fromages. C'est précisément cette variété qui rend le supporterisme supportable, et même indispensable au bon plaisir des spectateurs neutres dans mon genre, qui ne gueulent pas au stade mais s'emmerdent pourtant dans un stade sans gueulantes ! Bégaudeau aurait dû fouiner dans l'enquête de Foot Mag. Il aurait constaté avec soulagement que les neutres ont encore le droit de vivre : 14 % des Belges déclarent suivre la D1 sans être supporters d'un club de D1 ! Mais à la question - moche mais nécessaire - de savoir quels étaient les clubs les plus détestés, aurait-il souri d'apprendre qu'environ 15 % des supporters n'ont aucune détestation pour aucun concurrent ? Car ça laisse quand même beaucoup de supporters exécrant l'un ou l'autre rival ! Quoique flamand et wallon, Bruges et Standard oublient de se détester l'un l'autre, mais respectivement 60 % et 66 % de leurs supporters sondés ne peuvent pas piffer Anderlecht. Quant aux supporters mauves, ils détestent les deux précités à hauteur de 24 % (Bruges) et 39 % (Standard) ! Alors, conclusion : ceux-ci étonnamment moins teigneux, ou ceux-là logiquement plus envieux ? En foot, qui aime bien (l'un) châtie bien (l'autre).