Philippe Gilbert (27 ans) a souligné une évidence en remportant coup sur coup la Flèche Brabançonne, l'Amstel Gold Race et la Flèche Wallonne: le cyclisme belge se porte comme un charme. Quel beau printemps en effet, avec des brassées de fleurs conquises avec des panaches différents mais complémentaires. Nick Nuyens a été le plus lucide dans le final du Tour des Flandres. Johan Van Summeren a pris la clef des champs au passage au Carrefour de l'Arbre avant de se découvrir, de tenir le coup et de gagner Paris-Roubaix. L'intelligence de Nuyens et le courage de Van Summeren ont payé.

Gilbert, lui, au sommet de son art, a misé sur le panache pour s'emparer du troisième doublé de sa carrière après ses bis au Tour de Lombardie (2009, 2010) et à Paris-Tours (2008, 2009). Du panache aussi lors du troisième et dernier passage du Mur de Huy, à l'arrivée de la Flèche Wallonne.

Le Liégeois est le plus complet des coureurs actuels. Après le Ronde, il a fait l'impasse sur l'Enfer du Nord car les pavés laissent des traces dans les biceps et les cuisses. Il s'est retiré à Monaco et a testé son coup de pédale sur les pentes du Col de la Madone. Totalement concentré sur son sujet, le chef de file de l'écurie Lotto-Omega Pharma, refusa alors une invitation pour le match de football Standard-Genk. Motif: le coup d'envoi était fixéà 20h30 et cela l'aurait obligé à se coucher trop tard. Plus professionnel que cela, c'est difficile à trouver. Ce supporter du Standard savait qu'il allait aborder une quinzaine importante. Chaque minute de repos compte.

Gilbert est exigeant pour lui mais aussi pour son équipe. Ses lieutenants font le boulot mais le patron doit déposer la cerise sur le gâteau. C'est ce qu'il a fait en s'appropriant avec facilité la Flèche Brabançonne à Overijse. Le final en casse-pattes constituait la rampe de lancement idéal pour l'Amstel Gold Race et la Flèche Wallonne. Aux Pays-Bas comme à Huy, le général Gilbert a sans cesse encouragé ses troupes. Il leur a demandé d'être actives durant les derniers kilomètres.

Bruyère aura-t-il enfin un successeur?

Si ce triple triomphe est suivi par un sacre à Ans, terme de Liège-Bastogne-Liège dimanche, Gilbert marquera encore un peu plus les imaginations. La Doyenne, il en rêve car elle se déroule sur les crêtes de son terroir, là où il a découvert sa passion pour le sport cycliste. La Redoute ou les Forges n'ont aucun secret pour lui. Ce sont ses "amies d'enfance". Mais, comme Claude Criquielion autrefois, le Liégeois aura tout le peloton des favoris sur le porte-bagages. On sait que cela a empêché le citoyen de Deux-Acren de s'imposer au moins une fois dans la course de ses rêves. A l'époque, l'arrivée se déroulait au coeur de la Cité ardente, Boulevard de la Sauvenière, et les derniers kilomètres convenaient parfaitement au remarquable Moreno Argentin.

La donne finale est différente à Ans. Mais Gilbert peut-il miser uniquement sur l'ultime côte de la Doyenne? Il le sait, c'est dangereux même s'il détient une forme remarquable. Après la Flèche Wallonne, son équipe sera probablement partagée entre l'obligation de contrôler les événements et la nécessité de durcir la course pour épuiser les petits malins qui passeront la journée en s'abritant derrière les épaules de déménageur du Remoucastrien. Alors, la Doyenne sera-t-elle rebaptisée en Gilbert-Bastogne-Gilbert? Il l'espère car c'est "sa vraie Gold Race".

Sa popularité n'a jamais été aussi grande. En Flandre, la presse est sous le charme du champion liégeois. Tout le monde l'appelle Phil. Sympa, il s'exprime très bien en néerlandais et prend petit à petit la place de Tom Boonen dans les médias du Nord. Il n'y en a plus que pour Gilbert. C'est une forme de reconnaissance agréable mais qui complique forcément sa tâche de patron.

Quoi qu'il en soit, un vieux de la vieille suivra Liège-Bastogne-Liège d'un oeil intéressé: Joseph Bruyère. Le géant de Saint-Rémy a gagné la Doyenne en 1976 et en 1978. Depuis lors, plus aucun Liégeois n'a imité cet exploit.

Pierre Bilic

Philippe Gilbert (27 ans) a souligné une évidence en remportant coup sur coup la Flèche Brabançonne, l'Amstel Gold Race et la Flèche Wallonne: le cyclisme belge se porte comme un charme. Quel beau printemps en effet, avec des brassées de fleurs conquises avec des panaches différents mais complémentaires. Nick Nuyens a été le plus lucide dans le final du Tour des Flandres. Johan Van Summeren a pris la clef des champs au passage au Carrefour de l'Arbre avant de se découvrir, de tenir le coup et de gagner Paris-Roubaix. L'intelligence de Nuyens et le courage de Van Summeren ont payé. Gilbert, lui, au sommet de son art, a misé sur le panache pour s'emparer du troisième doublé de sa carrière après ses bis au Tour de Lombardie (2009, 2010) et à Paris-Tours (2008, 2009). Du panache aussi lors du troisième et dernier passage du Mur de Huy, à l'arrivée de la Flèche Wallonne.Le Liégeois est le plus complet des coureurs actuels. Après le Ronde, il a fait l'impasse sur l'Enfer du Nord car les pavés laissent des traces dans les biceps et les cuisses. Il s'est retiré à Monaco et a testé son coup de pédale sur les pentes du Col de la Madone. Totalement concentré sur son sujet, le chef de file de l'écurie Lotto-Omega Pharma, refusa alors une invitation pour le match de football Standard-Genk. Motif: le coup d'envoi était fixéà 20h30 et cela l'aurait obligé à se coucher trop tard. Plus professionnel que cela, c'est difficile à trouver. Ce supporter du Standard savait qu'il allait aborder une quinzaine importante. Chaque minute de repos compte. Gilbert est exigeant pour lui mais aussi pour son équipe. Ses lieutenants font le boulot mais le patron doit déposer la cerise sur le gâteau. C'est ce qu'il a fait en s'appropriant avec facilité la Flèche Brabançonne à Overijse. Le final en casse-pattes constituait la rampe de lancement idéal pour l'Amstel Gold Race et la Flèche Wallonne. Aux Pays-Bas comme à Huy, le général Gilbert a sans cesse encouragé ses troupes. Il leur a demandé d'être actives durant les derniers kilomètres. Bruyère aura-t-il enfin un successeur?Si ce triple triomphe est suivi par un sacre à Ans, terme de Liège-Bastogne-Liège dimanche, Gilbert marquera encore un peu plus les imaginations. La Doyenne, il en rêve car elle se déroule sur les crêtes de son terroir, là où il a découvert sa passion pour le sport cycliste. La Redoute ou les Forges n'ont aucun secret pour lui. Ce sont ses "amies d'enfance". Mais, comme Claude Criquielion autrefois, le Liégeois aura tout le peloton des favoris sur le porte-bagages. On sait que cela a empêché le citoyen de Deux-Acren de s'imposer au moins une fois dans la course de ses rêves. A l'époque, l'arrivée se déroulait au coeur de la Cité ardente, Boulevard de la Sauvenière, et les derniers kilomètres convenaient parfaitement au remarquable Moreno Argentin. La donne finale est différente à Ans. Mais Gilbert peut-il miser uniquement sur l'ultime côte de la Doyenne? Il le sait, c'est dangereux même s'il détient une forme remarquable. Après la Flèche Wallonne, son équipe sera probablement partagée entre l'obligation de contrôler les événements et la nécessité de durcir la course pour épuiser les petits malins qui passeront la journée en s'abritant derrière les épaules de déménageur du Remoucastrien. Alors, la Doyenne sera-t-elle rebaptisée en Gilbert-Bastogne-Gilbert? Il l'espère car c'est "sa vraie Gold Race". Sa popularité n'a jamais été aussi grande. En Flandre, la presse est sous le charme du champion liégeois. Tout le monde l'appelle Phil. Sympa, il s'exprime très bien en néerlandais et prend petit à petit la place de Tom Boonen dans les médias du Nord. Il n'y en a plus que pour Gilbert. C'est une forme de reconnaissance agréable mais qui complique forcément sa tâche de patron. Quoi qu'il en soit, un vieux de la vieille suivra Liège-Bastogne-Liège d'un oeil intéressé: Joseph Bruyère. Le géant de Saint-Rémy a gagné la Doyenne en 1976 et en 1978. Depuis lors, plus aucun Liégeois n'a imité cet exploit. Pierre Bilic