BELGAIMAGETHIERRY NEUVILLE
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L'arrogance dont fait preuve Sébastien Ogier est à l'opposé de l'image sympathique que véhicule Thierry Neuville. " L'intimidation, c'est son truc ", a-t-il déjà déclaré à Sport/Foot Magazine. " Quelques minutes avant le départ, il passe auprès de vous pour vous déconcentrer. Personnellement, j'ai toujours pensé que l'on pouvait devenir champion du monde en restant correct. Mais, visiblement, ce n'est pas son avis. " Poli et courtois. C'est le fil rouge de la carrière de Neuville qui, à 20 ans, a remporté le Ford RACB Rally Contest, ce qui lui a permis de disputer pendant une saison entière le Ford Fiesta Sporting Trophy. Un cadeau de Dieu pour ce pilote des cantons de l'Est, qui gagnait sa vie comme ouvrier métallurgiste dans une société du Grand-Duché de Luxembourg. Un talent né, selon les connaisseurs, mais pas assez résistant sur le plan physique, ce qui l'a amené à prendre une décision draconienne : supprimer deux de ses plats préférés, les frites et les hamburgers. Cela a marqué un tournant dans sa carrière, mais les sièges étaient chers. Ceux qui n'obtenaient pas de résultats, étaient écartés. Il l'a appris à ses dépens chez Citroën en 2012 : la direction française n'a pas fait confiance au jeune Belge. " À l'époque, je pouvais vivre de ma profession, mais en 2013, sans le soutien de mon ami qatari Nasser Al-Attiyah, je n'aurais même pas eu de voiture. " Il a réalisé des prestations exceptionnelles au volant de la Ford Fiesta du Qatar World Rally Team et a été vice-champion du monde, mais le bilan financier était maigre. " Je roulais gratuitement et je devais même rechercher moi-même des sponsors. " Subitement, Citroën a marqué son intérêt, mais Neuville a opté pour un projet à long terme chez Hyundai Motorsport, qui s'était retiré du sport automobile en 2004 et effectuait un come-back. Son plan : investir deux ans dans le perfectionnement de la Hyundai i20, dans un environnement où la confiance était de mise, même si sa première victoire dans le rallye d'Allemagne comptant pour le championnat du monde (2014) a constitué un déclic. Deux ans plus tard, il s'est hissé pour la deuxième fois à la deuxième place, et durant l'été 2017, il est même devenu le premier Belge à prendre temporairement la tête du classement du championnat du monde. Malheureusement, il a loupé le titre après un abandon en Catalogne. Ce n'est que partie remise, espérons-le. " Une chose est sûre : Sébastien Ogier n'égalera jamais le palmarès de Sébastien Loeb ", ont conclu les analystes après la saison de rallye de l'an passé, lorsque le Français a dû attendre l'avant-dernière manche, en Grande-Bretagne, pour remporter son cinquième titre mondial d'affilée. Une conclusion qui a fait très mal au Français de 34 ans, qui s'est mis en tête de faire au moins aussi bien que son légendaire compatriote, neuf fois champion du monde. Les astres étaient favorables pour Ogier. Champion du monde Junior en 2008, une première montée sur le podium un an plus tard - deuxième place au rallye de l'Acropole - et une première victoire en 2010, lorsqu'il avait roulé sept secondes plus vite que Loeb au Portugal. Les deux pilotes étaient équipiers chez Citroën Total, mais ils ne seront jamais amis. La hiérarchie était clairement établie chez le constructeur automobile français : Loeb était le leader et le deuxième pilote - le Belge François Duval et plus tard Dani Sordo - devait s'en accomoder. Ogier, qui avait refusé une proposition de Ford, n'en a pas tenu compte lorsqu'il a rejoint l'écurie : il a directement joué sa carte personnelle en 2011.Lors du rallye d'Allemagne, le neuvième de la saison, la bombe a éclaté. Ogier avait déjà trois victoires à son compteur, une de moins que le leader du championnat du monde, Loeb, qui venait de prolonger de deux ans son contrat chez Citroën, juste avant le départ à Trèves. " Je préfère gagner un titre mondial lorsqu'il est là, que trois lorsqu'il ne sera plus là ", a déclaré le professeur de ski de Gap. La guerre des Seb', a titré L'Équipe, après qu'Ogier - deuxième au terme de la première journée, derrière Loeb - eut fait fi des directives du team et remporté la deuxième étape.Il est alors parti chez Volkswagen Motorsport, pour rouler sur une Skoda Fabia aux performances très moyennes et se donner un an pour perfectionner la Polo. Avec succès : Ogier a remporté son premier titre mondial en 2013. " Je l'ai toujours dit : je suis le numéro un ", s'est exclamé le Français, qui a épousé durant l'été 2014 la présentatrice de télévision allemande Andrea Kaiser, l'ex de Lars Ricken, un footballeur du Borussia Dortmund et de la Mannschaft.Ogier a dominé quatre Championnats du monde, creusant un fossé a priori infranchissable avec les numéros deux - Thierry Neuville et Jari-Matti Latvala - jusqu'à ce que Volkswagen se retire fin 2016. Au volant de sa Ford Fiesta (M-Sport), le Français n'a plus gagné que deux rallyes et est subitement apparu plus vulnérable." Je n'exclurais pas encore Ott Tänak ", a déclaré Neuville l'an passé en Sardaigne, où l'Estonien a remporté son premier rallye comptant pour le Championnat du monde. Tänak a répété cet exploit deux mois plus tard sur les pistes en tarmac autour de Sarrebrück et est même passé un moment devant Neuville au classement du Championnat du monde, mais a finalement dû se contenter d'une troisième place. Son meilleur résultat depuis qu'il a débuté en 2009 au Portugal au volant d'une Subaru.Tänak a été découvert, alors qu'il n'était qu'adolescent, par Markko Märtin, un ancien pilote qui, en 2011, a offert à son jeune compatriote une place dans son team (MM Motorsport) après deux saisons difficiles chez Subaru. Tänak avait alors impressionné Malcolm Wilson, le grand patron du M-Sport World Rally Team, mais la pression inhérente au statut de premier pilote était trop forte pour le jeune Estonien : à la fin de la saison, c'est Wilson lui-même qui lui a donné son bon de sortie.Il ne s'est pas découragé et, après une bonne saison dans le championnat d'Estonie en 2014 avec le nouveau team du fabricant de pneus Drive Dmack et avec M-Sport, qui l'avait mis à la porte un an plus tôt, il a réalisé un double programme. " Avec un an d'expérience en plus, il pourra encore mieux utiliser sa vitesse pure ", a expliqué M-Sport, où l'on a eu une grosse frayeur lorsque la Ford Fiesta RS a plongé dans un lac pendant le rallye du Mexique, et que Tänak et son co-pilote Raigo Mõlder n'ont pu s'extraire de leur véhicule qu'au dernier moment.L'Estonien a continué à se partager entre Drive Dmack et M-Sport, qu'il a quitté de sa propre initiative à la fin de l'an passé, après sa troisième place. " Je le suivais déjà depuis quelques années ", a déclaré le quadruple champion du monde Tommi Mäkinen, le patron de Toyota Gazoo Racing, qui a directement remporté deux rallyes - grâce à Jari-Matti Latvala et à Esapekka Lappi - lors de sa première saison.Jari-Matti Latvalla est bien parti pour devenir le Raymond Poulidor du Championnat du monde des rallyes : trois fois deuxième (2010, 2014, 2015), il est, avec 17 succès, le pilote le plus victorieux qui ne soit jamais devenu champion du monde. Le Finlandais est resté fidèle à Mikka Antilla, son co-pilote depuis... 2003 - un an après ses débuts en championnat du monde, à l'âge de 17 ans - qui se dévoue tellement pour Latvalla qu'il a même raté la naissance de son deuxième enfant en 2011. Le Finlandais est un talent naturel qui avait tout pour suivre les traces de Juha Kankkunen, Tommi Mäkinen, Marcus Grönholm, Markku Alén, Ari Vatanen, Hannu Mikkola et Timo Salonen, les sept Champions du monde de son pays. "Nous, les Finlandais, nous sommes fous de tout ce qui touche aux voitures. Seul le hockey sur glace est plus populaire." Lui aussi a attrapé le virus du sport automobile dès le berceau. Jari, son père qui fut champion de Finlande de rallye dans les années 90, lui a offert une Ford Escort à 9 ans. Un an plus tard, il roulait sur les lacs gelés autour de Töysä, la région où il a grandi. Il impressionnait par sa vitesse, mais n'a obtenu un contrat qu'en 2007 - six ans après ses débuts - chez le team d'usine de Ford. Le Finlandais ne l'a jamais oublié et est resté fidèle à ses Ford Focus et Fiesta jusqu'en 2012, en battant un record au rallye de Suède en 2008 : à 22 ans et 313 jours, il est devenu le plus jeune vainqueur d'une manche du Championnat du monde. Très rapide, mais trop impétueux : c'est le fil rouge de la carrière de Latvalla, qui a fait une chute de 150 mètres dans un ravin avec sa voiture mais est ressorti indemne, par miracle. Le Finlandais a disputé sa meilleure saison sous les couleurs de Volkswagen Motorsport, où il a terminé deux fois deuxième et une fois troisième dans l'ombre du Champion du monde, Ogier. Lorsque le team s'est retiré en 2016, Mäkinnen est parvenu à l'attirer chez Toyota Gazoo Racing. "Il doit oser rouler plus libéré. Il réfléchit trop", a analysé son compatriote Mäkinnen au terme de sa première saison au volant de la Yaris. Elfyn Evans était prédestiné à briller au volant d'une voiture. Son père Gwyndaf a remporté le Championnat de Grande-Bretagne de rallye au milieu des années 90, a disputé 32 manches du Championnat du monde de rallye et a repris, au terme de sa carrière, le garage Ford de son grand-père à Dolgellau, un petit village au nord-ouest du Pays de Galles. L'entreprise familiale (Gwyndaf Evans Motors) a préparé le jeune Elfyn, qui a appris à piloter dès l'âge de 8 ans. Mais le rallye était loin d'être la seule passion du jeune homme. "J'étais fou de vélo, de motocross et de trial. Je suivais, évidemment, la carrière de mon père, mais c'est surtout ma PlayStation qui m'a donné la passion du rallye. J'ai joué des heures à Colin McRaeRally (un jeu vidéo qui porte le nom du Champion du monde écossais de 1995, ndlr)." En 2007, alors qu'il avait 19 ans, il a débuté dans une manche du Championnat du monde à Cardiff. Il n'a terminé que 42e, mais au Pays de Galles on en était déjà convaincu : Elfyn deviendra mellleur que son père. Mais il y a un hic : ce sport est trop onéreux. Les ambitions de participer au Championnat du monde doivent être reportées. La famille choisit d'emprunter une voie alternative. "Je n'étais pas très doué pour rechercher des sponsors. Nous options surtout pour des courses ou des championnats où il y avait moyen de gagner de l'argent, afin que je puisse continuer à rouler pendant toute l'année", expliquait-il en 2010, juste après sa victoire au British Junior Rally Championship, ce qui lui a valu un contrat d'un an chez TEG Sport, un prix d'une valeur d'environ 300.000 euros. Sa deuxième tentative au championnat du monde des rallyes (2011) a été un coup dans l'eau, mais après avoir remporté le titre mondial à la WRC Academy - Junior World Rally Championship, quatre ans après Ogier - il a trouvé de l'embauche chez Malcolm Wilsons Qatar M-Sport. Irrégulier et même parfois lâché, jusqu'à ce qu'il ne triomphe l'an passé dans son pays natal au volant de sa Ford Fiesta, 17 ans très exactement après la dernière victoire d'un Britannique, le Champion du monde Richard Burns. PAR CHRIS TETAERT - PHOTOS BELGAIMAGE