Pour la première fois depuis 2003, la finale du championnat du monde des rallyes offrira un suspense à trois inconnues, comme le nombre de protagonistes encore en lice pour être sacrés ce dimanche en Australie. Sébastien Ogier, leader malgré lui, Thierry Neuville, dauphin heureux et Ott Tanak, dans le rôle de l'invité surprise discret, mais encombrant parce que toujours capable de repartir avec le magot.

Le huis clos dure depuis le rallye de Monte-Carlo, en ouverture, et n'aura été perturbé que le temps d'un flash-back " Sébastien Loebien " il y a trois semaines en Catalogne. Preuve que cinq ans après la retraite du nonuple champion du monde de la discipline, l'Alsacien prend encore un malin plaisir à venir saquer la concurrence.

À 44 ans, Sébastien Loeb rappelle aussi qu'il est taillé du bois de ces champions hors normes à l'ego monstrueux. Suffisamment fourbe que pour jouer au pigiste en venant fausser la compétition quand bon lui semble, mais incapable de laisser passer la moindre occasion de rappeler que de son temps, un titre de champion du monde ne se disputait que rarement (3 fois sur 9) lors du dernier rallye.

En 2018, la WRC a enfin changé, les constructeurs se sont multipliés et le Championnat est, ces dernières années, devenu de plus en plus concurrentiel. Si bien qu'une domination comme celle de Citroën sous Sébastien Loeb ne semble aujourd'hui plus possible. Parce qu'en 2018, le meilleur pilote doit aussi être le plus fin des stratèges pour espérer remporter la timbale.

En Australie, c'est peut-être bien à celui qui domptera le mieux ses nerfs que la couronne mondiale reviendra. Une affaire de gros bras où la sournoiserie la jouera encore une fois à l'intox.

Chacun son truc

Thierry Neuville connaît, lui qui était aux premières loges pour assister à la passation de pouvoir musculeuse entre Loeb et Ogier à son arrivée en WRC. Deux grandes gueules affirmées qui ont forcé le petit gars de Saint-Vith à rapidement apprendre à faire du bruit pour se faire respecter. Ou juste entendre dans un premier temps.

" Je pense pourtant pouvoir dire que Sébastien Ogier - que j'ai plus fréquenté que Loeb sur le circuit - ne m'a pas changé ", analysait pour Sport/Foot Magazine, Thierry Neuville quelques jours avant de s'envoler pour l'Australie. " On a tous nos caractères, nos attitudes, je ne suis pas toujours partisan de ses manières, mais j'ai appris à composer avec elles. "

Ce que Thierry Neuville appelle poliment des " manières ", c'est ce qu'il définissait dans une interview accordée le 26 avril 2017 chez nous comme une divergence de vision dans la manière d'aborder son sport. " Chacun met sa limite où il le veut ", expliquait-il à l'époque. " Sébastien Ogier, par exemple, est prêt à tout pour gagner. Son truc, c'est de te pourrir quelques minutes avant le départ au moment où tu chauffes tes pneus dans le seul but de te faire perdre ta concentration. Voilà, aujourd'hui, je le sais, je l'évite.

Chaque pilote a sa manière de gérer. Le Finlandais Latvala le supporte moins bien par exemple, c'est dommage parce que moi, je pense que la bagarre se fait dans la spéciale, pas avant ni après. D'ailleurs, une fois que c'est terminé, tout est beaucoup plus relax. Même avec Ogier qui est super cool en dehors, mais qui n'a pas la même vision que moi de la compétition. C'est ce qui nous différencie lui et moi. Perso, je pense qu'on peut devenir champion du monde en restant correct, lui pas, visiblement. "

Atmosphère tendue

Révélatrice, cette sortie aura eu le mérite de clarifier la situation entre deux hommes aux tempéraments bien trempés et qui ne cherchent plus à provoquer de rencontre. " Depuis cette année, c'est plus tendu ", constate Neuville.

" Je pense qu'on a aussi tous les deux trouvé la bonne manière pour ne pas se croiser. Je crois pouvoir dire qu'on s'entend bien, mais qu'on ne se fréquente pas. Lui a compris que de toute façon, avec moi, son petit jeu ne prend pas et moi, je n'ai pas franchement envie de lui montrer mes pneus ou l'état de ma voiture. Résultat, on fait tout pour s'éviter. "

Confirmation que si sacre il doit y avoir ce week-end, il s'agira bien de celui de la plénitude pour Thierry Neuville après trois deuxièmes places (2013, 2016, 2017, à chaque fois derrière Ogier) au goût amer et par moment marquées du sceau d'une certaine candeur. En cela, la saison 2018 marque un tournant.

Si pas dans la façon d'aborder la course, à tout le moins dans sa gestion des temps chauds. Manoeuvre tactiques, coups de freins volontaires, erreurs de pointage savamment calculées, l'exercice en cours s'est sans doute autant joué dans le parc d'assistance que sur les différentes spéciales.

" C'est le jeu, tout le monde essaie d'optimiser ses forces ", avouait d'ailleurs Thierry Neuville avant d'embarquer pour l'Australie. " Même si moi, à l'exception du Mexique, je n'ai pas eu personnellement tellement l'occasion de jouer avec ça. Mais c'est bien, ça rend les choses intéressantes. Si le règlement le permet, on aurait tort de se priver. Et puis, après tout, on n'est pas là pour s'amuser ou être copains. "

Nouvelle dimension

Du Thierry Neuville dans le texte. Cash et transparent. Depuis le rallye du Mexique à la mi-mars où il avait pointé une vingtaine de minutes en retard au départ de l'ultime tronçon chronométré afin de s'élancer derrière le leader et de pouvoir bénéficier de meilleures conditions de route, on le dit entré dans une nouvelle dimension.

Une manoeuvre façon Ogier en Suède, lors de l'ultime power stage, qui rappelait à ceux qui ne l'avaient pas encore vu venir que ce n'est pas aux vieux singes qu'on apprend à faire des grimaces. À 30 ans, Thierry Neuville a sonné l'heure de la maturité. Au même âge, Sébastien Loeb gagnait son premier titre de champion du monde. Divin présage ou lourde similitude, les jours à venir jugeront de l'histoire en marche.

Ce qui est certain, c'est que la découverte, en 2012, au volant d'une Citroën DS3 est loin. Suivra la Ford Fiesta en 2013, l'apprentissage avec Hyundai dans la foulée, une saison 2015 achevée dans l'équipe B de l'écurie coréenne, avant deux nouveaux titres de vice-champion du monde en 2016 - accompagnés cette année-là, d'un premier sacre en Sardaigne - et 2017.

Des étapes franchies avec cette volonté farouche d'un jour faire capituler ses deux prestigieux aînés. Deux Sébastien pour 14 titres WRC consécutifs. Une domination du rallye français sans partage et sans précédent. Deux champions d'exception à qui il rêve d'aujourd'hui naturellement succéder. Reste malgré cette saison pleine une seule vérité statistique : celle qui veut que Sébastien Ogier ait repris 26 unités à Neuville sur les deux derniers rallyes.

Rebondissement

Relégué à une deuxième place qu'il ne connaît que trop bien, Thierry Neuville sait qu'il a pourtant, bien malgré lui, évité le pire en Catalogne lors du dernier rallye. On s'attendait à un coup de poker sournois pour décider du classement du Championnat, vu qu'aucun des deux n'avait vraiment envie de partir en tête en Australie avec une marge infime.

On aura finalement eu droit au (à l'avant- ? ) dernier rebondissement d'une saison 2018 aux milles lectures. En crevant après avoir tapé un morceau de roche ramené sur la route par un concurrent parti avant lui dans la power stage, Thierry Neuville perdait sa place sur le podium en même temps qu'il offrait trois points d'avance à Ogier au Championnat.

Une aubaine, à en croire Neuville. " Je ne devrai pas balayer la route en Australie ", se réjouissait-il à son arrivée en Catalogne. " L'an dernier, alors que je m'étais retrouvé dans la même position au départ, j'avais remporté l'épreuve australienne devant Tanak, mon équipier Paddon et Ogier.

Le premier jour, l'impact du balayage entre le premier et le deuxième est énorme. Bien sûr, pas plus que Seb, je n'aurai droit à l'erreur, puisque même s'il est loin (à 23 points d'Ogier, et 20 de Neuville, ndlr), Tanak est encore en course pour la couronne lui aussi. Mais sans rire, j'en serais presque à dire que cette pierre involontairement jetée au milieu de la route par Evans dans cette dernière spéciale, c'est un cadeau du ciel : Dieu était avec nous ce week-end ! "

Chasse-neige

Une situation qui rappellera celle vécue par Ogier en Suède où le Français avait dû jouer au chasse-neige au moment d'ouvrir la route pour ses concurrents compte tenu de son statut de leader du championnat. À l'époque, le quintuple champion du monde n'avait pas hésité à pointer en retard au dernier contrôle horaire.

Une nouvelle manoeuvre tactique qui allait lui permettre de s'élancer après Neuville et de rafler 4 points supplémentaires. Juste ce qu'il faudra au pilote Hyundai pour être sacré pour la première fois ce dimanche en Australie. Ce qui devrait promettre une dernière empoignade à la hauteur des épisodes précédents.

Dans tous les cas, Champion du monde ou non, Thierry Neuville l'a promis, il ne changera pas. " Je crois que je suis le seul à rester boire un verre avec mes mécanos après un rallye, il en ira de même en Australie. Quoi qu'il arrive. " Et si c'était dans leur faculté à ne jamais se pervertir qu'on reconnaissait finalement les grands champions ?

© RED BULL CONTENT POOL

" Nous n'avons pas le même sens éthique que Sébastien Ogier "

La rivalité entre Thierry Neuville et vous d'une part et Sébastien Ogier et Julien Ingrassia de l'autre n'a jamais semblé aussi forte. Est-ce que l'ambiance a pour autant changé ces dernières semaines dans le parc d'assistance ?

Nicolas Gilsoul (copilote de Thierry Neuville) : Je pense qu'on a tous reçu une éducation qui influe sur nos valeurs et une certaine notion d'éthique. Clairement, nous n'avons pas le même sens éthique que Julien et Sébastien, même si l'on ne peut rien leur reprocher, vu que le règlement autorise beaucoup de choses. À la limite, ce qu'ils font, ça peut choquer les puristes pendant une demi-journée, mais cela ne va pas plus loin. Et puis, l'éthique, c'est bien, mais l'histoire ne retiendra que les gagnants, pas la manière.

Il faudrait revoir le règlement selon vous pour, par exemple, interdire les dépassements volontaires ?

Gilsoul : Dans ce cas précis, il nous est difficile de reprocher quoi que ce soit à Sébastien et Julien. J'ai presque envie de dire que, malheureusement, nous avons toujours été devant nos coéquipiers, et donc que nous n'avons pas pu nous poser la question de ce que nous aurions fait en pareil cas. Peut-être que si nous avions un jour été en situation de nous aussi jouer avec le règlement, nous l'aurions fait.

Il y a eu le Mexique quand-même ?

Gilsoul : Ah oui, tiens, j'avais oublié le Mexique (rires). C'est vrai que là nous l'avons fait. En fait, il faut reconnaître que le règlement ne s'adapte pas toujours assez vite à l'évolution de notre sport et qu'il y a, par moments, ce qu'un avocat qualifiera de flou juridique qui autorise certaines pratiques à la limite.

Au final, cette rivalité avec Sébastien Ogier et Julien Ingrassia, elle tend à vous rendre meilleur chaque année ?

Gilsoul : On est pas mal depuis plusieurs saisons maintenant, je ne crois pas que ce soit spécialement grâce à eux. Je pense qu'il y a un respect mutuel entre nous, ça se voit, ça se sent quand on se croise. Après, ce qui est certain, c'est que la concurrence globale nous pousse à nous cracher dans les mains (sic) pour limiter la part de hasard dans chaque course. Tout ce qui touche notamment aux tâches qui m'incombent. De la préparation logistique au boulot administratif, même si l'essentiel, ça reste de mettre Thierry dans un cocon pour qu'il performe au mieux. "

Est-ce que le champion du monde qui sera sacré ce dimanche sera forcément le meilleur pilote ?

Gilsoul : Question difficile. Honnêtement, je ne sais pas. Je ne connais pas d'ancien champion du monde qui n'ait pas la classe et la pointe de vitesse des plus grands. On ne devient pas champion du monde par hasard, comme on peut gagner un rallye sur un coup de dés. Donc, je ne sais pas si le futur champion du monde sera le meilleur, mais ce sera en tous les cas, probablement, le duo qui aura été le plus complet sur cette saison.

© RED BULL CONTENT POOL
Pour la première fois depuis 2003, la finale du championnat du monde des rallyes offrira un suspense à trois inconnues, comme le nombre de protagonistes encore en lice pour être sacrés ce dimanche en Australie. Sébastien Ogier, leader malgré lui, Thierry Neuville, dauphin heureux et Ott Tanak, dans le rôle de l'invité surprise discret, mais encombrant parce que toujours capable de repartir avec le magot. Le huis clos dure depuis le rallye de Monte-Carlo, en ouverture, et n'aura été perturbé que le temps d'un flash-back " Sébastien Loebien " il y a trois semaines en Catalogne. Preuve que cinq ans après la retraite du nonuple champion du monde de la discipline, l'Alsacien prend encore un malin plaisir à venir saquer la concurrence. À 44 ans, Sébastien Loeb rappelle aussi qu'il est taillé du bois de ces champions hors normes à l'ego monstrueux. Suffisamment fourbe que pour jouer au pigiste en venant fausser la compétition quand bon lui semble, mais incapable de laisser passer la moindre occasion de rappeler que de son temps, un titre de champion du monde ne se disputait que rarement (3 fois sur 9) lors du dernier rallye. En 2018, la WRC a enfin changé, les constructeurs se sont multipliés et le Championnat est, ces dernières années, devenu de plus en plus concurrentiel. Si bien qu'une domination comme celle de Citroën sous Sébastien Loeb ne semble aujourd'hui plus possible. Parce qu'en 2018, le meilleur pilote doit aussi être le plus fin des stratèges pour espérer remporter la timbale. En Australie, c'est peut-être bien à celui qui domptera le mieux ses nerfs que la couronne mondiale reviendra. Une affaire de gros bras où la sournoiserie la jouera encore une fois à l'intox. Thierry Neuville connaît, lui qui était aux premières loges pour assister à la passation de pouvoir musculeuse entre Loeb et Ogier à son arrivée en WRC. Deux grandes gueules affirmées qui ont forcé le petit gars de Saint-Vith à rapidement apprendre à faire du bruit pour se faire respecter. Ou juste entendre dans un premier temps. " Je pense pourtant pouvoir dire que Sébastien Ogier - que j'ai plus fréquenté que Loeb sur le circuit - ne m'a pas changé ", analysait pour Sport/Foot Magazine, Thierry Neuville quelques jours avant de s'envoler pour l'Australie. " On a tous nos caractères, nos attitudes, je ne suis pas toujours partisan de ses manières, mais j'ai appris à composer avec elles. " Ce que Thierry Neuville appelle poliment des " manières ", c'est ce qu'il définissait dans une interview accordée le 26 avril 2017 chez nous comme une divergence de vision dans la manière d'aborder son sport. " Chacun met sa limite où il le veut ", expliquait-il à l'époque. " Sébastien Ogier, par exemple, est prêt à tout pour gagner. Son truc, c'est de te pourrir quelques minutes avant le départ au moment où tu chauffes tes pneus dans le seul but de te faire perdre ta concentration. Voilà, aujourd'hui, je le sais, je l'évite. Chaque pilote a sa manière de gérer. Le Finlandais Latvala le supporte moins bien par exemple, c'est dommage parce que moi, je pense que la bagarre se fait dans la spéciale, pas avant ni après. D'ailleurs, une fois que c'est terminé, tout est beaucoup plus relax. Même avec Ogier qui est super cool en dehors, mais qui n'a pas la même vision que moi de la compétition. C'est ce qui nous différencie lui et moi. Perso, je pense qu'on peut devenir champion du monde en restant correct, lui pas, visiblement. " Révélatrice, cette sortie aura eu le mérite de clarifier la situation entre deux hommes aux tempéraments bien trempés et qui ne cherchent plus à provoquer de rencontre. " Depuis cette année, c'est plus tendu ", constate Neuville. " Je pense qu'on a aussi tous les deux trouvé la bonne manière pour ne pas se croiser. Je crois pouvoir dire qu'on s'entend bien, mais qu'on ne se fréquente pas. Lui a compris que de toute façon, avec moi, son petit jeu ne prend pas et moi, je n'ai pas franchement envie de lui montrer mes pneus ou l'état de ma voiture. Résultat, on fait tout pour s'éviter. " Confirmation que si sacre il doit y avoir ce week-end, il s'agira bien de celui de la plénitude pour Thierry Neuville après trois deuxièmes places (2013, 2016, 2017, à chaque fois derrière Ogier) au goût amer et par moment marquées du sceau d'une certaine candeur. En cela, la saison 2018 marque un tournant. Si pas dans la façon d'aborder la course, à tout le moins dans sa gestion des temps chauds. Manoeuvre tactiques, coups de freins volontaires, erreurs de pointage savamment calculées, l'exercice en cours s'est sans doute autant joué dans le parc d'assistance que sur les différentes spéciales. " C'est le jeu, tout le monde essaie d'optimiser ses forces ", avouait d'ailleurs Thierry Neuville avant d'embarquer pour l'Australie. " Même si moi, à l'exception du Mexique, je n'ai pas eu personnellement tellement l'occasion de jouer avec ça. Mais c'est bien, ça rend les choses intéressantes. Si le règlement le permet, on aurait tort de se priver. Et puis, après tout, on n'est pas là pour s'amuser ou être copains. " Du Thierry Neuville dans le texte. Cash et transparent. Depuis le rallye du Mexique à la mi-mars où il avait pointé une vingtaine de minutes en retard au départ de l'ultime tronçon chronométré afin de s'élancer derrière le leader et de pouvoir bénéficier de meilleures conditions de route, on le dit entré dans une nouvelle dimension. Une manoeuvre façon Ogier en Suède, lors de l'ultime power stage, qui rappelait à ceux qui ne l'avaient pas encore vu venir que ce n'est pas aux vieux singes qu'on apprend à faire des grimaces. À 30 ans, Thierry Neuville a sonné l'heure de la maturité. Au même âge, Sébastien Loeb gagnait son premier titre de champion du monde. Divin présage ou lourde similitude, les jours à venir jugeront de l'histoire en marche. Ce qui est certain, c'est que la découverte, en 2012, au volant d'une Citroën DS3 est loin. Suivra la Ford Fiesta en 2013, l'apprentissage avec Hyundai dans la foulée, une saison 2015 achevée dans l'équipe B de l'écurie coréenne, avant deux nouveaux titres de vice-champion du monde en 2016 - accompagnés cette année-là, d'un premier sacre en Sardaigne - et 2017. Des étapes franchies avec cette volonté farouche d'un jour faire capituler ses deux prestigieux aînés. Deux Sébastien pour 14 titres WRC consécutifs. Une domination du rallye français sans partage et sans précédent. Deux champions d'exception à qui il rêve d'aujourd'hui naturellement succéder. Reste malgré cette saison pleine une seule vérité statistique : celle qui veut que Sébastien Ogier ait repris 26 unités à Neuville sur les deux derniers rallyes. Relégué à une deuxième place qu'il ne connaît que trop bien, Thierry Neuville sait qu'il a pourtant, bien malgré lui, évité le pire en Catalogne lors du dernier rallye. On s'attendait à un coup de poker sournois pour décider du classement du Championnat, vu qu'aucun des deux n'avait vraiment envie de partir en tête en Australie avec une marge infime. On aura finalement eu droit au (à l'avant- ? ) dernier rebondissement d'une saison 2018 aux milles lectures. En crevant après avoir tapé un morceau de roche ramené sur la route par un concurrent parti avant lui dans la power stage, Thierry Neuville perdait sa place sur le podium en même temps qu'il offrait trois points d'avance à Ogier au Championnat. Une aubaine, à en croire Neuville. " Je ne devrai pas balayer la route en Australie ", se réjouissait-il à son arrivée en Catalogne. " L'an dernier, alors que je m'étais retrouvé dans la même position au départ, j'avais remporté l'épreuve australienne devant Tanak, mon équipier Paddon et Ogier. Le premier jour, l'impact du balayage entre le premier et le deuxième est énorme. Bien sûr, pas plus que Seb, je n'aurai droit à l'erreur, puisque même s'il est loin (à 23 points d'Ogier, et 20 de Neuville, ndlr), Tanak est encore en course pour la couronne lui aussi. Mais sans rire, j'en serais presque à dire que cette pierre involontairement jetée au milieu de la route par Evans dans cette dernière spéciale, c'est un cadeau du ciel : Dieu était avec nous ce week-end ! " Une situation qui rappellera celle vécue par Ogier en Suède où le Français avait dû jouer au chasse-neige au moment d'ouvrir la route pour ses concurrents compte tenu de son statut de leader du championnat. À l'époque, le quintuple champion du monde n'avait pas hésité à pointer en retard au dernier contrôle horaire. Une nouvelle manoeuvre tactique qui allait lui permettre de s'élancer après Neuville et de rafler 4 points supplémentaires. Juste ce qu'il faudra au pilote Hyundai pour être sacré pour la première fois ce dimanche en Australie. Ce qui devrait promettre une dernière empoignade à la hauteur des épisodes précédents. Dans tous les cas, Champion du monde ou non, Thierry Neuville l'a promis, il ne changera pas. " Je crois que je suis le seul à rester boire un verre avec mes mécanos après un rallye, il en ira de même en Australie. Quoi qu'il arrive. " Et si c'était dans leur faculté à ne jamais se pervertir qu'on reconnaissait finalement les grands champions ?