Elle lui tendait les bras, sa première victoire. Il avait impressionné tout le monde, la veille, en décrochant la première pole position de sa jeune carrière. Charles Leclerc devenait alors, à 21 ans, le deuxième plus jeune pole man de l'histoire de la F1. "C'est vraiment un bon garçon. Et aujourd'hui, un homme parce que lorsqu'on signe une pole, on devient un homme. C'est un accomplissement" déclarait son co-équipier, Sebastian Vettel, suite à la séance de qualifications.

Un début de course canon

Le départ ne s'est pas déroulé comme prévu, et dès le premier virage, c'est l'autre Ferrari, celle de Vettel, qui sort en tête du Grand Prix. Puis c'est la Mercedes de Valterri Bottas qui le passera, et il sera contraint de défendre sa 3ème place face à Lewis Hamilton. C'est à partir du deuxième tour que le "Show Leclerc" a commencé. Sa deuxième place reprise très rapidement au Finlandais, il s'attaque à son coéquipier allemand. Au tour 6, au bout de la ligne droite, il reprend la tête du Grand Prix avec une facilité déconcertante. Sebastian Vettel, impuissant, est distancé et ne parvient pas à revenir sur l'autre Ferrari, qui vole sur la piste de Bahreïn. A ce moment-là, tout laisse à penser que Leclerc s'échappe vers sa première victoire, tant il est à l'aise derrière le volant de la SF 90. Contrairement à son coéquipier qui, après une lutte acharnée avec Lewis Hamilton, partira à la faute. Un tête-à-queue, suivi d'une perte de l'aileron avant, verront les espoirs de podium du quadruple champion du monde partir en poussière.

La descente aux enfers

Mais le sort en décidera autrement, lorsqu'au 47ème tour, Leclerc adresse un message à son équipe. "Que se passe-t-il avec le moteur ?". Pas de réponse concrète, juste une affirmation. Charles doit ralentir jusqu'à la fin s'il veut ramener la voiture au garage au terme des 57 tours qui composent le Grand Prix de Bahreïn. C'est alors que commence une longue descente aux enfers, à laquelle le Monégasque assiste, impuissant. Perdant plus de 3 secondes au tour, le pilote Ferrari a vu les deux Mercedes fondre sur lui. Il était un glaçon au milieu du désert de Bahreïn. Sa Ferrari, en perte de puissance totale, ne pouvait même plus lui assurer une place sur le podium. Au moment où Max Verstappen, alors 4ème, demande à son équipe : "A cette vitesse je le rattraperai ?". L'équipe RedBull n'hésite pas : "Oui Max, fonce !". L'idée de ne pas voir Charles Leclerc sur le podium a traversé l'esprit de chaque amateurs et protagonistes de ce sport. Et puis la magie viendra opérer. Les Dieux étaient de sortie et ne voulaient pas laisser ce jeune homme sans aucune récompense. Nous entamons le 54ème tour, Bottas vient de passer Leclerc, lorsque les deux Renault abandonnent coup sur coup, au même virage. Casse-moteur pour les deux voitures de Viry-Châtillon. Les deux voitures arrêtées sur la piste, la Safety Car sort des boxs. Une aubaine pour Leclerc, car elle restera sortie jusqu'à la fin de la course. Ce qui lui permettra de décrocher le premier podium de sa carrière. "Là, je signe mon premier podium. Je reviendrai plus fort. ", avouera-t-il face aux médias, après la course.

Vettel en embuscade

Succès pour Lewis Hamilton qui ne se cachera pas au moment d'avouer que l'écurie allemande n'aurait pas dû remporter la course. "On a été chanceux", avouait-il. Après avoir montré un comportement ultra-sportif, et avoir félicité Charles Leclerc. Même son de cloche du côté de Sebastian Vettel, qui se précipitera pour réconforter son binôme, à la manière de la veille, lorsqu'il l'a félicité pour sa pole-position. Le natif de Heppenheim lui, est plus que jamais sous pression après avoir de nouveau commis une erreur qui coûtera cher au moment du bilan de fin de championnat. Le Vettel de la fin de saison dernière ne semble pas très loin et les démons de l'Allemand pourraient revenir très vite, avec l'éclosion de son partenaire.

Ce deuxième Grand Prix de la saison aura présenté un scenario digne d'un thriller hollywoodien. Et à l'arrivée, ce sont les Allemands qui remportent leur deuxième doublé en deux courses. Bien que les Ferrari se soient montrées ultra-dominatrices tout le week-end, elles auront encore rencontré des problèmes de fiabilité. Que ce soit de la part de leur pilote numéro 1 ou de leur voiture. Prochain rendez-vous, dans deux semaines, en Chine.

Blaise Vanderlinden