C'est un peu comme si Lionel Messi rejoignait le Real Madrid. Ou, en cyclisme, comme si Christopher Froome signait chez les Espagnols de Movistar. Pour les puristes, il y a presque quelque chose d'anachronique à voir la légende Sébastien Loeb (44 ans), nonuple champion du monde en WRC, rejoindre le jeune trublion sud-coréen qu'est Hyundai.

Une perte de repère pour le grand public, un aveu de faiblesse budgétaire pour Citroën, le constructeur le plus titré de l'histoire de la WRC, incapable de contenter deux des egos les plus célèbres du sport français après avoir acté fin septembre le retour de Sébastien Ogier après sept années d'infidélité.

Un transfert et un signal. Entre un trentenaire en pleine bourre et un quadra sur le retour, les rouges de chez PSA (Citroën- Peugeot) auront vite choisi. Sauf qu'on ne snobe pas Sébastien Loeb sans s'exposer à des représailles. L'arrivée de l'Alsacien chez Hyundai est un coup dur pour le savoir-faire à la française.

Au jeu des vases communicants, impossible de dire d'ailleurs à ce stade qui du constructeur asiatique ou tricolore aura fait le meilleur calcul. Parce que même avec un statut d'intermittent de luxe, le vieillissant Loeb peut s'avérer précieux dans la conquête d'un titre qui échappe depuis trop longtemps à Thierry Neuville. Surtout si, dans le même temps, il peut participer à faire chuter son meilleur ennemi.

Pas le Pérou au Dakar

À 44 ans, Loeb a beau crier sur tous les toits être guidé par le seul plaisir simple de la conduite, il est loin d'oublier la place qu'il laissera bientôt dans l'histoire de son sport. Et à ce petit jeu-là, son principal concurrent a pour nom Sébastien Ogier. À bien y regarder, Loeb donnerait presque l'impression de ces quadras seulement guidés par la fougue d'une ultime jeunesse et désireux de prouver qu'ils existent encore.

Une sorte d'état de grâce prolongé 6 ans après une première retraire progressive marquée par cette confiance absolue qui le poussera en début d'année à retenter sa chance sur les routes du Dakar après trois échecs plus ou moins retentissants (9e en 2016, 2e en 2017 et abandon en 2018) et sur un parcours a priori loin d'être taillé pour lui face à une concurrence bien plus agile dans le franchissement des dunes.

Plus proche de la fantaisie que jamais, l'Alsacien aura par moments brillé sur les routes péruviennes, mais échouera finalement dans sa tentative de devenir le premier indépendant à s'imposer au Dakar depuis Jean-Louis Schlesser en 2000. Là encore, cette volonté presque déraisonnable, mais manifeste, de laisser une trace personnelle et indélébile dans le petit monde du sport moteur.

C'est cela, en sus du plaisir évident qu'il éprouve au volant d'une WRC, qui a motivé il y a quelques semaines le nonuple champion du monde français à parapher un contrat de deux ans avec Hyundai, qui le poussera à s'aligner cette saison au côté de son copilote Daniel Elena au volant d'une i20 sur six des quatorze manches mondiales.

À la chasse aux records

L'histoire débutera donc dès ce jeudi sur les routes escarpées du rallye de Monte-Carlo, quelques jours seulement après son retour programmé du Pérou, ultime épisode de l'union franco-française entre Loeb et les produits du Groupe PSA.

" Les gens de Hyundai pensaient que c'était trop chaud de commencer au Monte-Carlo, dans la foulée du Dakar ", expliquait déjà Sébastien Loeb avant de s'envoler pour l'Amérique du Sud dans les colonnes du quotidien L'Équipe. " Mais moi, je me sens plus à l'aise de commencer au Monte-Carlo avec une seule journée d'essais la veille des reconnaissances, plutôt qu'en Suède après deux jours de tests. Ce que je n'avais pas réalisé en revanche, c'est que le parcours du Monte-Carlo a radicalement changé depuis ma dernière participation : je ne connais que les 10 km de la montée du Turini ! "

Cette saison sera-t-elle enfin la bonne pour Thierry Neuville ?, red bull content pool
Cette saison sera-t-elle enfin la bonne pour Thierry Neuville ? © red bull content pool

Pas de quoi visiblement perturber durablement le nouveau coéquipier de Thierry Neuville et Andreas Mikkelsen. C'est vrai qu'au volant de la troisième voiture du constructeur coréen, qu'il partagera avec l'Espagnol Dani Sordo - confirmé pour 2019 (pour huit rallyes) - Loeb ne pourra de toute façon nourrir aucun rêve de titre mondial.

Seulement pourrait-il, dans le meilleur des cas, envisager de porter un peu plus haut ses différents records personnels. Une visée à première vue suffisante pour gaver l'ego de ce champion toute catégorie, qui n'enlèvera pas de la tête des esprits les plus retors le dessein caché de cette fin de carrière aux allures d'interminable jubilé.

Entre meilleurs ennemis

Dans le quotidien L'Équipe toujours, Sébastien Loeb défendait récemment " ne rien savoir faire d'autre ! " pour justifier cette incapacité devenue chronique à tourner la page. Une manière comme une autre de botter en touche les reproches attendus sur sa potentielle volonté de vouloir mettre des bâtons dans les roues de Sébastien Ogier, son meilleur ennemi à l'époque de leur collaboration chez Citroën en 2011, devenu 6 ans et 6 titres de champions du monde plus tard, un rival potentiel dans la course aux records.

Entre ambition mal placée et arrogance bien sentie, les deux champions français n'ont jamais caché leurs différends. De là à vouloir tout faire pour empêcher l'ancien élève d'un jour égaler le maître Loeb, il n'y a qu'un pas. Et une dernière pige chez le géant sud-coréen en forme d'ultime coup bas ?

Le début de saison 2019 et l'enchaînement du Monte Carl' avec la Suède devraient permettre d'y voir un peu plus clair. Mi-février, au sortir du diptyque d'ouverture, Sébastien Ogier et le reste du parc d'assistance en sauront alors plus sur les ambitions réelles de l'Alsacien. L'imaginer en simple coéquipier de luxe sur ces deux manches paraît illusoire, penser qu'il puisse d'entrée de jeu jouer la gagne sur une voiture inconnue serait par contre loin d'être saugrenu.

" Je pense que si la situation se présente, Sébastien n'hésitera pas à m'aider " croit, lui, Thierry Neuville. " Au pire des cas, Hyundai donnera des consignes... J'ai déjà travaillé avec Seb', c'était lors de ma première saison en WRC en 2012 avec Citroën. Je partais de zéro, il était là quand j'avais besoin de lui, mais je ne l'ai jamais vu comme un modèle. Je le laissais tranquille parce qu'on a toujours eu notre propre manière de travailler. Mais dans tous les cas, un gars comme lui, c'est mieux de l'avoir avec soi que contre soi. "

Opération win-win

Une évidence qui n'en traduit pas moins l'incertitude générale sur le comportement à adopter face à un recrutement aussi inattendu qu'un rien bling-bling. " Avec Loeb, Andreas (Mikkelsen, NDLR) et Dani (Sordo), on a peut-être la meilleure équipe, mais le but reste d'avoir la meilleure voiture ", surenchérit Neuville.

Pour Sébastien, je savais depuis un petit temps qu'il y avait des contacts avec lui, on m'a d'ailleurs sondé pour avoir mon avis. Il n'y avait objectivement pas de raison d'être contre, d'autant que j'avais besoin de quelqu'un pour m'aider. D'un troisième pilote compétitif pour enfin devenir champion du monde. "

En aidant Thierry Neuville à réaliser son rêve de gosse, Sébastien Loeb mettrait du même coup fin au règne de Sébastien Ogier sur la discipline. Un win-win qui figure visiblement dans le cahier des charges du Français. " Je suis là pour ça ", avouait-il à demi-mots, toujours dans L'Équipe. " Je l'aiderai si c'est nécessaire. Je n'aimerais pas que cela arrive à chaque fois, mais si Neuville joue le titre en fin de saison, et que je suis en train de m'intercaler entre son rival et lui, je ferai le job, ça fera partie de mon boulot. "

De bon augure pour le Saint-Vithois qui aimerait se défaire en 2019 de cette étiquette de perdant magnifique. " Je pense que cette saison risque fort de ressembler à la précédente avec une belle bagarre à trois pour le titre avec Ott Tänak et Ogier ", avance Thierry Neuville.

" Ce qui rend le WRC plus excitant depuis plusieurs années, c'est que le niveau du plateau s'est considérablement resserré et je pense que c'est cela qui anime encore Seb' parce que lui n'a pas tellement connu ça à son époque. Et quelque part, je le comprends. Il n'a pas envie de s'arrêter là alors qu'il voit que la jeune génération s'amuse comme des gamins.

S'il a doublé son programme cette fois-ci, c'est parce qu'il est excité par toutes les nouveautés. Que ce soient les nouvelles voitures ou les nouvelles réglementations. Je ne crois pas qu'il y ait quelque chose de plus sournois à y voir. "

En attendant d'assister aux prémices de la collaboration entre les deux champions, Hyundai a pour lui le mérite de la clarté. En s'offrant le plus grand champion de l'histoire de la discipline, le géant asiatique affiche une fois de plus ses ambitions au grand jour.

En 2019, le quatrième constructeur automobile mondial misera sur la complémentarité franco-belge pour viser un doublé au championnat pilote et constructeur qui le ferait, pour de bon, entrer dans une nouvelle dimension. Et Thierry Neuville avec lui.

Par Martin Grimberghs

C'est un peu comme si Lionel Messi rejoignait le Real Madrid. Ou, en cyclisme, comme si Christopher Froome signait chez les Espagnols de Movistar. Pour les puristes, il y a presque quelque chose d'anachronique à voir la légende Sébastien Loeb (44 ans), nonuple champion du monde en WRC, rejoindre le jeune trublion sud-coréen qu'est Hyundai. Une perte de repère pour le grand public, un aveu de faiblesse budgétaire pour Citroën, le constructeur le plus titré de l'histoire de la WRC, incapable de contenter deux des egos les plus célèbres du sport français après avoir acté fin septembre le retour de Sébastien Ogier après sept années d'infidélité. Un transfert et un signal. Entre un trentenaire en pleine bourre et un quadra sur le retour, les rouges de chez PSA (Citroën- Peugeot) auront vite choisi. Sauf qu'on ne snobe pas Sébastien Loeb sans s'exposer à des représailles. L'arrivée de l'Alsacien chez Hyundai est un coup dur pour le savoir-faire à la française. Au jeu des vases communicants, impossible de dire d'ailleurs à ce stade qui du constructeur asiatique ou tricolore aura fait le meilleur calcul. Parce que même avec un statut d'intermittent de luxe, le vieillissant Loeb peut s'avérer précieux dans la conquête d'un titre qui échappe depuis trop longtemps à Thierry Neuville. Surtout si, dans le même temps, il peut participer à faire chuter son meilleur ennemi. À 44 ans, Loeb a beau crier sur tous les toits être guidé par le seul plaisir simple de la conduite, il est loin d'oublier la place qu'il laissera bientôt dans l'histoire de son sport. Et à ce petit jeu-là, son principal concurrent a pour nom Sébastien Ogier. À bien y regarder, Loeb donnerait presque l'impression de ces quadras seulement guidés par la fougue d'une ultime jeunesse et désireux de prouver qu'ils existent encore. Une sorte d'état de grâce prolongé 6 ans après une première retraire progressive marquée par cette confiance absolue qui le poussera en début d'année à retenter sa chance sur les routes du Dakar après trois échecs plus ou moins retentissants (9e en 2016, 2e en 2017 et abandon en 2018) et sur un parcours a priori loin d'être taillé pour lui face à une concurrence bien plus agile dans le franchissement des dunes. Plus proche de la fantaisie que jamais, l'Alsacien aura par moments brillé sur les routes péruviennes, mais échouera finalement dans sa tentative de devenir le premier indépendant à s'imposer au Dakar depuis Jean-Louis Schlesser en 2000. Là encore, cette volonté presque déraisonnable, mais manifeste, de laisser une trace personnelle et indélébile dans le petit monde du sport moteur. C'est cela, en sus du plaisir évident qu'il éprouve au volant d'une WRC, qui a motivé il y a quelques semaines le nonuple champion du monde français à parapher un contrat de deux ans avec Hyundai, qui le poussera à s'aligner cette saison au côté de son copilote Daniel Elena au volant d'une i20 sur six des quatorze manches mondiales. L'histoire débutera donc dès ce jeudi sur les routes escarpées du rallye de Monte-Carlo, quelques jours seulement après son retour programmé du Pérou, ultime épisode de l'union franco-française entre Loeb et les produits du Groupe PSA. " Les gens de Hyundai pensaient que c'était trop chaud de commencer au Monte-Carlo, dans la foulée du Dakar ", expliquait déjà Sébastien Loeb avant de s'envoler pour l'Amérique du Sud dans les colonnes du quotidien L'Équipe. " Mais moi, je me sens plus à l'aise de commencer au Monte-Carlo avec une seule journée d'essais la veille des reconnaissances, plutôt qu'en Suède après deux jours de tests. Ce que je n'avais pas réalisé en revanche, c'est que le parcours du Monte-Carlo a radicalement changé depuis ma dernière participation : je ne connais que les 10 km de la montée du Turini ! " Pas de quoi visiblement perturber durablement le nouveau coéquipier de Thierry Neuville et Andreas Mikkelsen. C'est vrai qu'au volant de la troisième voiture du constructeur coréen, qu'il partagera avec l'Espagnol Dani Sordo - confirmé pour 2019 (pour huit rallyes) - Loeb ne pourra de toute façon nourrir aucun rêve de titre mondial. Seulement pourrait-il, dans le meilleur des cas, envisager de porter un peu plus haut ses différents records personnels. Une visée à première vue suffisante pour gaver l'ego de ce champion toute catégorie, qui n'enlèvera pas de la tête des esprits les plus retors le dessein caché de cette fin de carrière aux allures d'interminable jubilé. Dans le quotidien L'Équipe toujours, Sébastien Loeb défendait récemment " ne rien savoir faire d'autre ! " pour justifier cette incapacité devenue chronique à tourner la page. Une manière comme une autre de botter en touche les reproches attendus sur sa potentielle volonté de vouloir mettre des bâtons dans les roues de Sébastien Ogier, son meilleur ennemi à l'époque de leur collaboration chez Citroën en 2011, devenu 6 ans et 6 titres de champions du monde plus tard, un rival potentiel dans la course aux records. Entre ambition mal placée et arrogance bien sentie, les deux champions français n'ont jamais caché leurs différends. De là à vouloir tout faire pour empêcher l'ancien élève d'un jour égaler le maître Loeb, il n'y a qu'un pas. Et une dernière pige chez le géant sud-coréen en forme d'ultime coup bas ? Le début de saison 2019 et l'enchaînement du Monte Carl' avec la Suède devraient permettre d'y voir un peu plus clair. Mi-février, au sortir du diptyque d'ouverture, Sébastien Ogier et le reste du parc d'assistance en sauront alors plus sur les ambitions réelles de l'Alsacien. L'imaginer en simple coéquipier de luxe sur ces deux manches paraît illusoire, penser qu'il puisse d'entrée de jeu jouer la gagne sur une voiture inconnue serait par contre loin d'être saugrenu. " Je pense que si la situation se présente, Sébastien n'hésitera pas à m'aider " croit, lui, Thierry Neuville. " Au pire des cas, Hyundai donnera des consignes... J'ai déjà travaillé avec Seb', c'était lors de ma première saison en WRC en 2012 avec Citroën. Je partais de zéro, il était là quand j'avais besoin de lui, mais je ne l'ai jamais vu comme un modèle. Je le laissais tranquille parce qu'on a toujours eu notre propre manière de travailler. Mais dans tous les cas, un gars comme lui, c'est mieux de l'avoir avec soi que contre soi. " Une évidence qui n'en traduit pas moins l'incertitude générale sur le comportement à adopter face à un recrutement aussi inattendu qu'un rien bling-bling. " Avec Loeb, Andreas (Mikkelsen, NDLR) et Dani (Sordo), on a peut-être la meilleure équipe, mais le but reste d'avoir la meilleure voiture ", surenchérit Neuville. Pour Sébastien, je savais depuis un petit temps qu'il y avait des contacts avec lui, on m'a d'ailleurs sondé pour avoir mon avis. Il n'y avait objectivement pas de raison d'être contre, d'autant que j'avais besoin de quelqu'un pour m'aider. D'un troisième pilote compétitif pour enfin devenir champion du monde. " En aidant Thierry Neuville à réaliser son rêve de gosse, Sébastien Loeb mettrait du même coup fin au règne de Sébastien Ogier sur la discipline. Un win-win qui figure visiblement dans le cahier des charges du Français. " Je suis là pour ça ", avouait-il à demi-mots, toujours dans L'Équipe. " Je l'aiderai si c'est nécessaire. Je n'aimerais pas que cela arrive à chaque fois, mais si Neuville joue le titre en fin de saison, et que je suis en train de m'intercaler entre son rival et lui, je ferai le job, ça fera partie de mon boulot. " De bon augure pour le Saint-Vithois qui aimerait se défaire en 2019 de cette étiquette de perdant magnifique. " Je pense que cette saison risque fort de ressembler à la précédente avec une belle bagarre à trois pour le titre avec Ott Tänak et Ogier ", avance Thierry Neuville. " Ce qui rend le WRC plus excitant depuis plusieurs années, c'est que le niveau du plateau s'est considérablement resserré et je pense que c'est cela qui anime encore Seb' parce que lui n'a pas tellement connu ça à son époque. Et quelque part, je le comprends. Il n'a pas envie de s'arrêter là alors qu'il voit que la jeune génération s'amuse comme des gamins. S'il a doublé son programme cette fois-ci, c'est parce qu'il est excité par toutes les nouveautés. Que ce soient les nouvelles voitures ou les nouvelles réglementations. Je ne crois pas qu'il y ait quelque chose de plus sournois à y voir. " En attendant d'assister aux prémices de la collaboration entre les deux champions, Hyundai a pour lui le mérite de la clarté. En s'offrant le plus grand champion de l'histoire de la discipline, le géant asiatique affiche une fois de plus ses ambitions au grand jour. En 2019, le quatrième constructeur automobile mondial misera sur la complémentarité franco-belge pour viser un doublé au championnat pilote et constructeur qui le ferait, pour de bon, entrer dans une nouvelle dimension. Et Thierry Neuville avec lui.Par Martin Grimberghs