Ultra-dominante depuis le passage à l'ère hybride en 2014, l'écurie Mercedes reste sur 5 titres pilotes et constructeurs consécutifs.Mais les nouvelles règles techniques édictées pour 2019 en feront une des saisons les plus difficiles depuis bien longtemps pour la marque au trident. Décryptage des différentes forces présentes sur le plateau

Fin du règne pour Mercedes ?

Plus de doute là-dessus, Lewis Hamilton (34 ans) est une légende de son sport. Le Britannique a remporté quatre des cinq derniers titres mondiaux et sa domination rappelle fortement celle d'un certain Michael Schumacher au début des années 2000. Seulement cette saison les choses ont changé. La W09 a l'air d'être moins bien née que son éternelle rivale italienne. La principale cause de ce léger retard, le changement de réglementation. Mais il serait insensé d'enterrer Mercedes après seulement deux semaines d'essais hivernaux, tant les hommes de Toto Wolff ont démontré leur force de caractère au fil du temps. Souvent en retard en début de saison depuis 2017, l'équipe allemande impressionnait par la vitesse de développement de sa voiture au fil des Grands Prix et des résultats obtenus en piste. Seul gros nuage sur Brackley, le rendement du deuxième pilote, le Finlandais Valterri Bottas (29 ans). VB77 n'arrive pas à s'imposer aux côtés de son coéquipier champion du monde. Si Toto Wolff a placé une totale confiance en lui pour cette nouvelle saison, cela pourrait bien être la dernière chance que recevra l'ex-pilote Williams, qui devra faire mieux que sa 5ème place au classement général des pilotes de 2018.

Lutte fratricide chez Ferrari?

Les Rouges et Sebastian Vettel (31 ans) sortent de deux saisons très compliquées à digérer, entachées d'erreurs individuelles et collectives. Ces différents faux-pas ont vu le quadruple champion du monde baisser dans l'estime de nombreux experts jugeant que l'Allemand était trop imprudent et qu'il perdait trop facilement son calme. Mais il n'est pas le seul responsable de ces débâcles. Lors des deux dernières saisons, les torts ont été partagés entre la "Scuderia" et son pilote numéro 1. Qu'elles soient techniques ou de pilotage, ces erreurs ont couté très cher à Marranello et cela commence être mal perçu dans la province de Modène. Alors exit Maurizio Arrivabene, principal responsable pour les dirigeants des échecs passés, bonjour Mattia Binotto qui devient le nouveau directeur de l'équipe. Mais le plus gros changement opéré vient sûrement du côté des pilotes. Le vétéran Kimi Räikkönen (39 ans) laisse sa place au jeune Charles Leclerc, de 20 ans son cadet! Premier pilote de l'histoire à obtenir un volant chez Ferrari à un âge aussi précoce, le Monégasque sort d'une saison plus que convaincante avec un total de 39 points, au volant d'une modeste Alfa Romeo Sauber. C'est donc une des parties attrayantes de ce championnat, outre la bagarre entre Lewis Hamilton et Sebastian Vettel, il sera intéressant de voir la réaction du pilote allemand face à l'éclosion de son jeune coéquipier car celui-ci risque de ne pas le ménager.

Deux nouvelles découvertes pour Red Bull

Red Bull s'avance dans l'inconnu, ou presque. Après deux saisons où la relation avec Renault, leur fournisseur moteur, était devenue invivable, l'écurie autrichienne a changé de cap et pris la direction du Japon. Honda devenu le fournisseur de Red Bull, le taureau va devoir apprendre à travailler avec un groupe qui a été fortement critiqué depuis son retour en F1 avec McLaren. Pouvant compter sur un Max Verstappen (21 ans) déterminé à devenir un jour le plus jeune champion du monde l'histoire et sur un Pierre Gasly (23 ans) fort d'une expérience d'une saison avec le motoriste nippon, Red Bull affiche une des paires de pilotes les plus excitantes et les plus jeunes du plateau. L'enjeu principal sera à mettre à l'actif du Français. On sait à quel point il est compliqué de faire équipe avec Max Verstappen, Daniel Ricciardo peut d'ailleurs en témoigner... Le tout sera de résister à la pression instaurée par le Batave, sans pour autant prendre des risques fous, car dans le haut du tableau on pardonne beaucoup moins vite qu'en deuxième partie de peloton. Ces deux-là se connaissent très bien et, dès les premières rencontres en tant que coéquipiers, Pierre Gasly s'est affirmé et a confirmé à Max qu'il ne serait en aucun cas son lieutenant.

Renault, tout pour Daniel !

Là est le gros coup du mercato. Mécontent de son rôle au sein de Red Bull et bloqué dans les top-teams, Daniel Ricciardo (29 ans) a décidé de rejoindre Renault pour les deux prochaines saisons. Après avoir fait ses débuts en F1 en 2011 avec HRT, le pilote australien donnera un nouveau coup de boost à sa carrière. Cette décision peut fortement s'apparenter à la décision de Lewis Hamilton de rejoindre Mercedes en 2013, avec le succès qu'on lui connait. Mais dans ce changement, la pression revient principalement sur les épaules de Renault. Un pilote de ce calibre se mérite et, après avoir terminé le dernier championnat à la quatrième position, l'écurie française a lancé l'opération podium pour cette année. L'arrivée d'un gros poisson comme Ricciardo va forcément motiver l'équipe à lui fournir une voiture capable de faire de grandes choses. De plus, il pourra compter sur son coéquipier Nico Hülkenberg (31 ans). Certes il est le pilote qui aura passé le plus de temps en piste sans décrocher de podium mais l'Allemand reste un pilote très régulier et se moule parfaitement dans le projet à long terme de la marque au losange depuis son arrivée en 2017.

Kubica pour panser les maux de Williams

Attendu l'année dernière, le retour du vétéran polonais (34 ans) aura finalement lieu cette année. Neuf ans après son dernier Grand Prix, et huit ans après un crash en rallye qui aura nécessité 18 opérations pour retrouver l'usage de son bras, le natif de Cracovie a fourni un travail dantesque pour redevenir un candidat sérieux aux yeux de l'élite du sport automobile. Si son retour a des airs de miracle, la saison de Williams s'annonce bien moins miraculeuse. Bon dernier de la promotion 2018, la formation de Grove n'arrive pas à s'adapter à la F1 d'aujourd'hui et observe un déclin de saison en saison. On a tout changé chez les Britanniques cette année : couleurs de la voiture, sponsor principal, paire de pilotes et cela ressemble à un nouveau départ. L'arrivée d'un pilote expérimenté pourrait bien redonner le sourire aux Anglais, après avoir misé sur des jeunes pilotes depuis plusieurs années. Robert Kubica pourra compter sur, le champion de Formule 2, George Russell (21 ans), pour l'épauler. Deux paris osés mais qui pourraient tenir toutes leurs promesses en fonction des performances de leur voiture... Seulement cette partie n'est pas très rassurante, encore plus après avoir vu l'équipe commencer ses essais hivernaux deux jours après toutes les autres équipes.

Räikkönen, de retour à la maison

Fort de son nouveau partenariat avec Alfa Romeo, l'écurie Sauber (devenue Alfa Romeo Racing) sort d'une saison très encourageante, terminée à la huitième place du classement des constructeurs. Charles Leclerc, parti chez Ferrari, et Marcus Ericsson, éjecté par les dirigeants, c'est une toute nouvelle paire de pilotes qui s'apprête à prendre le départ à Melbourne. Dix-huit ans après son arrivée en F1, Kimi Räikkönen (39 ans) retrouve l'écurie suisse qui lui avait offert son premier volant, et quel coup de la part de Frédéric Vasseur. Que cela soit du côté sportif ou commercial, "Iceman" est un vrai plus pour l'équipe. En termes de retour technique et de fréquence de points, le champion du monde 2007 est sûrement l'un des meilleurs éléments du plateau. Le plus séduisant dans tout cela est, qu'à bientôt 40 ans, le pilote finlandais est toujours animé par une soif de points et de compétition. La preuve, il aurait pu prendre sa retraite ou prétendre à un salaire plus élevé dans une autre catégorie. De plus, il sera un élément important dans la reconstruction de l'équipe, menée par Alfa Romeo. Si aujourd'hui, la position de la Alfa Romeo C38 est "une énigme", selon Räikkönen, la progression est encourageante. Son équipier sera Antonio Giovinazzi (25 ans), pilote Ferrari qui a participé à deux Grands Prix lors de la saison 2017 et qui était jusqu'alors pilote d'essais pour Sauber.

La lutte pour les points sera âpre

Prenant en compte que la lutte pour les podiums sera une nouvelle fois exclusivement réservée aux trois top-teams, le combat pour le reste des points sera intense. Cette année, le "Best of the Rest" devra se montrer très régulier car ils sont plusieurs à prétendre à cette place. Si Renault compte abandonner ce groupe pour recoller au top 3, Alfa Romeo, elle, compte bien l'intégrer. Haas, McLaren, Racing Point et Alfa Romeo Racing sont donc les quatre équipes qui se tiendront dans un mouchoir de poche. McLaren affiche une toute nouvelle paire de pilotes avec Carlos Sainz (24 ans) et Lando Norris (19 ans), Racing Point maintient sa confiance en Sergio Perez (29 ans) en lui associant Lance Stroll (20 ans). Haas conserve Romain Grosjean (32 ans) et Kevin Magnussen (26 ans) qui s'inscrivent dans la continuité avec l'écurie américaine. Chaque petit détail aura une importance énorme. Des détails tels que les tracés, les incidents de course, la fiabilité, la forme des pilotes seront déterminants dans la bataille des "autres". Nous devrions les voir s'échanger les places restantes du top 10. Une lutte qui s'annonce alléchante et qui nous promet des Grands Prix passionnants.

Williams et Toro Rosso devraient selon toutes vraisemblances occuper les dernières places du championnat constructeur. Toro Rosso a rappelé le Russe Daniil Kvyat (24 ans) après l'avoir renvoyé en 2017 et fait confiance à Alexander Albon (22 ans), un jeune Thaïlandais, troisième du championnat du monde de formule 2 en 2018.

Blaise Vanderlinden