L'organisateur de ce Mondial ne représente pas davantage que ses homologues 2002 sur la carte du football (Corée du Sud et surtout Japon). L'Afrique du Sud est une tache incolore. Ses joueurs s'exportent peu en Europe et poursuivre une carrière en Afrique du Sud ne constitue une option pour personne. Hormis quelques entraîneurs comme l'ex-star bulgare Hristo Stoitchkov qui n'a pas réussi à offrir le titre aux Mamelodi Sundowns et a fait ses bagages. Idem avec l'ancienne vedette hollandaise Ruud Krol, plus très sûre de son avenir, après la décevante cinquième place des Orlando Pirates.

En revanche, son compatriote Foppe de Haan a prolongé d'un an son mandat à l'Ajax Cape Town. A 66 ans, il pensait avoir mis un terme à sa carrière après une éternité passée à Heerenveen et deux sacres européens avec les Espoirs Oranje. Puis, en octobre 2009, il reçut un coup de téléphone... "J'avais pris congé du football européen d'élite", explique-t-il dans son petit bureau, sobre et à l'abri de la lumière, au complexe d'entraînement du Cap. "J'étais las de passer mes journées debout sur un terrain mais ici, c'est différent. L'Afrique du Sud est un pays merveilleux. Ma femme et moi y avions déjà passé des vacances. Il fait beau tous les jours et c'est une belle aventure."

Mais le jeu est moins beau qu'ailleurs. "C'est vrai", dit De Haan. "Le jeu est trop précipité. Les joueurs possèdent un bagage technique mais agissent trop vite par rapport à ce talent et perdent trop souvent le ballon. Ils savent arrêter et maîtriser un ballon, passer un homme et bien armer un tir mais en match, ils ne montrent rien de tout ça. Le temps de possession du ballon n'est jamais long. Il n'excède pas les 20 secondes. Voilà le schéma d'un match: le gardien, en possession du ballon, le dégage bien loin, un duel s'ensuit, le ballon s'échappe et est de nouveau dégagé. C'est le football des townships. On voit rarement une construction soignée du jeu, par l'entrejeu puis vers l'attaque, comme en Europe. Mais le public trouve ça beau. Et ils s'attachent à d'autres détails, à un joli geste ou à un beau tir. Même s'il passe cent mètres à côté, ils le trouveront quand même beau. Je pense que c'est dû au fait que les spectateurs n'y comprennent pas grand-chose..."

On doit donc s'attendre à des matches précipités des Bafana Bafana. Au rythme des vuvuzelas. "Mais ils ont quand même embauché le Grand Magicien, Carlos Alberto Parreira", sourit De Haan. "S'il forme une équipe homogène et la dote d'une bonne condition, il peut créer une surprise, comme la Corée du Sud sous Guus Hiddink en 2002. Je pense d'ailleurs que l'Afrique a copié la préparation de Hiddink. Le principal problème se situe devant le but: les Sud-Africains marquent difficilement. Benni McCarthy en est chargé mais il est souvent blessé, simplement parce qu'il ne s'entraîne pas suffisamment. Il s'y est remis quand il a remarqué qu'il revenait en ligne de compte et il s'est reblessé. Steven Pienaar est évidemment le meilleur mais les autres joueurs employés en Europe sont plutôt des réserves, à moins qu'ils n'évoluent dans des divisions inférieures."

Après la rigueur hollandaise, une pincée de cynisme anglais dans les propos de George Eastham (73 ans, ex-Arsenal et membre de l'équipe anglaise championne du monde en 1966, responsable du scouting de l'école de football du FC Hellenic): "Les stades sont superbes mais reviendront-ils après le Mondial? Il y a beaucoup de mauvaises équipes. En D1 et en D2..." Avant 1977, des vedettes étrangères étaient fréquemment invitées à participer pendant l'intersaison européenne au championnat national, non reconnu par la FIFA pour raison d'apartheid. Des Bobby Moore puis Kevin Keegan relevaient le niveau.

L'agent de joueurs Colin Gie, qui a découvert Anele Ngcongca, le joueur du RC Genk, et le représente, remarque: "Après la fin de l'apartheid, l'ambiance a radicalement changé dans les stades. On a démoli des autos, volé des pneus. Les supporters blancs, effrayés, se sont tenus à l'écart. Avant, il y avait même des filets derrière le but où se trouvaient les supporters noirs car ils jetaient toutes sortes de choses sur le terrain."

Eastham: "Cela ne se produit plus. De ce point de vue, il y a progrès. Comme entraîneur d'Hellenic, j'ai vu des bouteilles frôler ma tête. La police devait m'escorter."

"Le changement a été mené trop rapidement", Gie en est convaincu. "Il n'a pas été suffisamment pensé. Les Noirs ont immédiatement pris le pouvoir au lieu de collaborer quelques années avec les Blancs. J'admire les dirigeants noirs: ils ont conquis leur pouvoir en partant de rien. C'est nous qui avions tout à dire. Plus maintenant. C'est aussi la faute des dirigeants blancs: ils n'auraient pas dû laisser leurs clubs disparaître. Des 40.000 spectateurs qui se pressaient au stade de l'Hellenic, le vendredi soir, il ne reste plus personne. En plus, les championnats européens ont fait leur apparition à la télévision : pourquoi se déplacer au stade, où le spectacle est de toute façon mauvais?"

Gie se souvient: "Gamin, je n'avais qu'un short, un ballon et des chaussures de foot, c'est tout. Les Noirs ne le comprennent pas mais je suis aussi d'origine pauvre. Il n'y a qu'une issue: travailler pour sortir de la misère et grimper les échelons mais ils pensent qu'ils obtiendront tout d'un coup, en cadeau. Ce n'est pas comme ça que ça fonctionne, pour personne: il faut travailler et prendre patience."

Jan Hauspie

L'organisateur de ce Mondial ne représente pas davantage que ses homologues 2002 sur la carte du football (Corée du Sud et surtout Japon). L'Afrique du Sud est une tache incolore. Ses joueurs s'exportent peu en Europe et poursuivre une carrière en Afrique du Sud ne constitue une option pour personne. Hormis quelques entraîneurs comme l'ex-star bulgare Hristo Stoitchkov qui n'a pas réussi à offrir le titre aux Mamelodi Sundowns et a fait ses bagages. Idem avec l'ancienne vedette hollandaise Ruud Krol, plus très sûre de son avenir, après la décevante cinquième place des Orlando Pirates. En revanche, son compatriote Foppe de Haan a prolongé d'un an son mandat à l'Ajax Cape Town. A 66 ans, il pensait avoir mis un terme à sa carrière après une éternité passée à Heerenveen et deux sacres européens avec les Espoirs Oranje. Puis, en octobre 2009, il reçut un coup de téléphone... "J'avais pris congé du football européen d'élite", explique-t-il dans son petit bureau, sobre et à l'abri de la lumière, au complexe d'entraînement du Cap. "J'étais las de passer mes journées debout sur un terrain mais ici, c'est différent. L'Afrique du Sud est un pays merveilleux. Ma femme et moi y avions déjà passé des vacances. Il fait beau tous les jours et c'est une belle aventure." Mais le jeu est moins beau qu'ailleurs. "C'est vrai", dit De Haan. "Le jeu est trop précipité. Les joueurs possèdent un bagage technique mais agissent trop vite par rapport à ce talent et perdent trop souvent le ballon. Ils savent arrêter et maîtriser un ballon, passer un homme et bien armer un tir mais en match, ils ne montrent rien de tout ça. Le temps de possession du ballon n'est jamais long. Il n'excède pas les 20 secondes. Voilà le schéma d'un match: le gardien, en possession du ballon, le dégage bien loin, un duel s'ensuit, le ballon s'échappe et est de nouveau dégagé. C'est le football des townships. On voit rarement une construction soignée du jeu, par l'entrejeu puis vers l'attaque, comme en Europe. Mais le public trouve ça beau. Et ils s'attachent à d'autres détails, à un joli geste ou à un beau tir. Même s'il passe cent mètres à côté, ils le trouveront quand même beau. Je pense que c'est dû au fait que les spectateurs n'y comprennent pas grand-chose..." On doit donc s'attendre à des matches précipités des Bafana Bafana. Au rythme des vuvuzelas. "Mais ils ont quand même embauché le Grand Magicien, Carlos Alberto Parreira", sourit De Haan. "S'il forme une équipe homogène et la dote d'une bonne condition, il peut créer une surprise, comme la Corée du Sud sous Guus Hiddink en 2002. Je pense d'ailleurs que l'Afrique a copié la préparation de Hiddink. Le principal problème se situe devant le but: les Sud-Africains marquent difficilement. Benni McCarthy en est chargé mais il est souvent blessé, simplement parce qu'il ne s'entraîne pas suffisamment. Il s'y est remis quand il a remarqué qu'il revenait en ligne de compte et il s'est reblessé. Steven Pienaar est évidemment le meilleur mais les autres joueurs employés en Europe sont plutôt des réserves, à moins qu'ils n'évoluent dans des divisions inférieures." Après la rigueur hollandaise, une pincée de cynisme anglais dans les propos de George Eastham (73 ans, ex-Arsenal et membre de l'équipe anglaise championne du monde en 1966, responsable du scouting de l'école de football du FC Hellenic): "Les stades sont superbes mais reviendront-ils après le Mondial? Il y a beaucoup de mauvaises équipes. En D1 et en D2..." Avant 1977, des vedettes étrangères étaient fréquemment invitées à participer pendant l'intersaison européenne au championnat national, non reconnu par la FIFA pour raison d'apartheid. Des Bobby Moore puis Kevin Keegan relevaient le niveau. L'agent de joueurs Colin Gie, qui a découvert Anele Ngcongca, le joueur du RC Genk, et le représente, remarque: "Après la fin de l'apartheid, l'ambiance a radicalement changé dans les stades. On a démoli des autos, volé des pneus. Les supporters blancs, effrayés, se sont tenus à l'écart. Avant, il y avait même des filets derrière le but où se trouvaient les supporters noirs car ils jetaient toutes sortes de choses sur le terrain." Eastham: "Cela ne se produit plus. De ce point de vue, il y a progrès. Comme entraîneur d'Hellenic, j'ai vu des bouteilles frôler ma tête. La police devait m'escorter." "Le changement a été mené trop rapidement", Gie en est convaincu. "Il n'a pas été suffisamment pensé. Les Noirs ont immédiatement pris le pouvoir au lieu de collaborer quelques années avec les Blancs. J'admire les dirigeants noirs: ils ont conquis leur pouvoir en partant de rien. C'est nous qui avions tout à dire. Plus maintenant. C'est aussi la faute des dirigeants blancs: ils n'auraient pas dû laisser leurs clubs disparaître. Des 40.000 spectateurs qui se pressaient au stade de l'Hellenic, le vendredi soir, il ne reste plus personne. En plus, les championnats européens ont fait leur apparition à la télévision : pourquoi se déplacer au stade, où le spectacle est de toute façon mauvais?" Gie se souvient: "Gamin, je n'avais qu'un short, un ballon et des chaussures de foot, c'est tout. Les Noirs ne le comprennent pas mais je suis aussi d'origine pauvre. Il n'y a qu'une issue: travailler pour sortir de la misère et grimper les échelons mais ils pensent qu'ils obtiendront tout d'un coup, en cadeau. Ce n'est pas comme ça que ça fonctionne, pour personne: il faut travailler et prendre patience."Jan Hauspie