Par Bernard JEUNEJEAN

Cela démarre dans huit jours, et un seul conseil: démarrez mollo! Bien gérer à la télé ce Mondial de 32 équipes, c'est éviter l'erreur jadis grossière des célèbres noceurs de Cana: lesquels commencèrent bêtement par se défoncer à la piquette, et se retrouvèrent trop givrés pour apprécier le bon vin quand Jésus l'extirpa de sa cave miraculeuse! Les choses sérieuses ne commencent qu'en huitièmes: et qu'avoir ingurgité avant cela 48 des 64 matches en 15 jours, ça peut rester sur l'estomac jusqu'à vous déglinguer la footballite, pile au moment où la concentration est censée s'accentuer!

Un pronostic? Rien qu'un embryon: en rappelant qu'à part l'Uruguay du temps que ma grand-mère puis sa fille étaient belles (1930 et 1950), c'est toujours un caïd qui s'est imposé. Aussi vois-je mal la victoire échapper au Club des sept (Brésil, Italie, Argentine, Allemagne, Angleterre, Espagne ou France), même s'il me plairait qu'un outsider flingue la tradition: par exemple les Pays-Bas qui produisent depuis si longtemps des joueurs de qualité quoiqu'étant petit pays, ou une nation d'Afrique afin que ce continent récolte pour lui-même la gloriole qu'il refile aux clubs d'Europe via tous ses expatriés.

Mais rêvons de plaisir plutôt que de jouer les devins foireux: sans y croire comme au Père Noël, formulons le voeu d'un Mondial pacifique et prolifique, sans polémiques ni violence, riche en gestes et buts. A bien y réfléchir, je nous souhaite à tous un Mondial comme en 1970: l'unique en son genre...

J'ai longtemps cru que mon souvenir hénaurme du Brésil d'alors relevait d'une subjectivité: c'était le temps de mes enthousiasmes teenagers et c'en devenait ma référence, tout comme l'Argentine 86 de Diego Maradona a pu devenir celle des quadras d'aujourd'hui, ou comme Zizou restera magique dans la mémoire des ados de 98... Mais c'était faux, le Mondial 70 fut objectivement le plus chouette de tous! J'en ai d'abord pris conscience en lui opposant celui de 1966: déjà gamin dingue de foot lors de cette World Cup déjà télévisée, j'en ai des souvenirs en pagaille... mais notamment de polémiques, de bagarres ou de victoires douteuses! Ce n'était donc pas une nostalgie de culottes courtes qui m'avait conduit à situer l'Age d'Or du Mondial en 1970...

Surtout, j'ai comparé aux éditions suivantes et épinglé en 1970 deux plaisirs d'exception. D'une part ce 3-4 d'Allemagne-Italie en demi-finales, avec cinq buts lors des prolongations: il m'étonnerait de revoir cela un jour, et que ma bouche se rouvre bée comme alors! D'autre part et surtout, ce Brésil de Pelé (mais pas que de Pelé : aaah, Tostao, Gerson, Rivelino, triplette de gauchers née de Dieu!) a remporté tous ses matches, sans jamais aller aux prolongations, avec un average de 19-7 qui offrait au spectateur une moyenne de buts par match supérieure à 4, et sans jouer à domicile.

Aucun vainqueur depuis lors n'a plus réuni ces quatre paramètres: seul le Brésil 2002 s'en rapproche en ayant lui aussi tout gagné... mais le but annulé de notre Marc Wilmots nous reste trop sur la patate (et même sur la frite) pour que ce vainqueur-là accède à la légende!

Quand tu gagnes en étant pays organisateur, ça te bouffe une part de légitimité: ce fut hélas quatre fois le cas depuis l'Angleterre en 1966, avec l'Allemagne 74, l'Argentine 78 et la France 98. Quand tu gagnes plusieurs fois de justesse, et que tu as concédé partage(s) voire défaite en cours de tournoi, tu ouvres la porte aux polémiques (arbitrage, baraka) qui ne feront pas de toi un vainqueur final indiscutable. Et que dire si tu as profité de la loterie des tirs au but... comme quatre des cinq derniers vainqueurs: Allemagne 90 en demis, Brésil 94 en finale (Palme d'Or de la tristesse, 0-0 en deux heures d'apothéose vierge), France 98 en quarts et Italie 2006 en finale!

J'étais trop petit en 1958 et 1962. Mais dans mes souvenirs, le Brésil de 1970 est le seul qui ait rallié TOUS les suffrages de par le monde, même ceux des Italiens étrillés en finale! Aussi, je nous souhaite à tous un vainqueur d'évidence comme voici 40 ans, brésilien ou autre pourvu qu'on ait l'ivresse. Et je redeviendrai môme admiratif.

Par Bernard JEUNEJEANCela démarre dans huit jours, et un seul conseil: démarrez mollo! Bien gérer à la télé ce Mondial de 32 équipes, c'est éviter l'erreur jadis grossière des célèbres noceurs de Cana: lesquels commencèrent bêtement par se défoncer à la piquette, et se retrouvèrent trop givrés pour apprécier le bon vin quand Jésus l'extirpa de sa cave miraculeuse! Les choses sérieuses ne commencent qu'en huitièmes: et qu'avoir ingurgité avant cela 48 des 64 matches en 15 jours, ça peut rester sur l'estomac jusqu'à vous déglinguer la footballite, pile au moment où la concentration est censée s'accentuer!Un pronostic? Rien qu'un embryon: en rappelant qu'à part l'Uruguay du temps que ma grand-mère puis sa fille étaient belles (1930 et 1950), c'est toujours un caïd qui s'est imposé. Aussi vois-je mal la victoire échapper au Club des sept (Brésil, Italie, Argentine, Allemagne, Angleterre, Espagne ou France), même s'il me plairait qu'un outsider flingue la tradition: par exemple les Pays-Bas qui produisent depuis si longtemps des joueurs de qualité quoiqu'étant petit pays, ou une nation d'Afrique afin que ce continent récolte pour lui-même la gloriole qu'il refile aux clubs d'Europe via tous ses expatriés. Mais rêvons de plaisir plutôt que de jouer les devins foireux: sans y croire comme au Père Noël, formulons le voeu d'un Mondial pacifique et prolifique, sans polémiques ni violence, riche en gestes et buts. A bien y réfléchir, je nous souhaite à tous un Mondial comme en 1970: l'unique en son genre... J'ai longtemps cru que mon souvenir hénaurme du Brésil d'alors relevait d'une subjectivité: c'était le temps de mes enthousiasmes teenagers et c'en devenait ma référence, tout comme l'Argentine 86 de Diego Maradona a pu devenir celle des quadras d'aujourd'hui, ou comme Zizou restera magique dans la mémoire des ados de 98... Mais c'était faux, le Mondial 70 fut objectivement le plus chouette de tous! J'en ai d'abord pris conscience en lui opposant celui de 1966: déjà gamin dingue de foot lors de cette World Cup déjà télévisée, j'en ai des souvenirs en pagaille... mais notamment de polémiques, de bagarres ou de victoires douteuses! Ce n'était donc pas une nostalgie de culottes courtes qui m'avait conduit à situer l'Age d'Or du Mondial en 1970... Surtout, j'ai comparé aux éditions suivantes et épinglé en 1970 deux plaisirs d'exception. D'une part ce 3-4 d'Allemagne-Italie en demi-finales, avec cinq buts lors des prolongations: il m'étonnerait de revoir cela un jour, et que ma bouche se rouvre bée comme alors! D'autre part et surtout, ce Brésil de Pelé (mais pas que de Pelé : aaah, Tostao, Gerson, Rivelino, triplette de gauchers née de Dieu!) a remporté tous ses matches, sans jamais aller aux prolongations, avec un average de 19-7 qui offrait au spectateur une moyenne de buts par match supérieure à 4, et sans jouer à domicile. Aucun vainqueur depuis lors n'a plus réuni ces quatre paramètres: seul le Brésil 2002 s'en rapproche en ayant lui aussi tout gagné... mais le but annulé de notre Marc Wilmots nous reste trop sur la patate (et même sur la frite) pour que ce vainqueur-là accède à la légende! Quand tu gagnes en étant pays organisateur, ça te bouffe une part de légitimité: ce fut hélas quatre fois le cas depuis l'Angleterre en 1966, avec l'Allemagne 74, l'Argentine 78 et la France 98. Quand tu gagnes plusieurs fois de justesse, et que tu as concédé partage(s) voire défaite en cours de tournoi, tu ouvres la porte aux polémiques (arbitrage, baraka) qui ne feront pas de toi un vainqueur final indiscutable. Et que dire si tu as profité de la loterie des tirs au but... comme quatre des cinq derniers vainqueurs: Allemagne 90 en demis, Brésil 94 en finale (Palme d'Or de la tristesse, 0-0 en deux heures d'apothéose vierge), France 98 en quarts et Italie 2006 en finale!J'étais trop petit en 1958 et 1962. Mais dans mes souvenirs, le Brésil de 1970 est le seul qui ait rallié TOUS les suffrages de par le monde, même ceux des Italiens étrillés en finale! Aussi, je nous souhaite à tous un vainqueur d'évidence comme voici 40 ans, brésilien ou autre pourvu qu'on ait l'ivresse. Et je redeviendrai môme admiratif.