Michel Preud'homme a pris ses quartiers aux Pays-Bas avant le premier arrivage des moules de Zélande. Certains journalistes, dont l'influent Johan Derksen, de l'hebdomadaire Voetbal International, ont fait la petite bouche en évoquant cette arrivée en Eredivisie. Comme si un ancien gardien de but, même aussi brillant que le fut Michel Preud'homme, ne pouvait pas être assez offensif au royaume du 4-3-3. C'est oublier que Bert van Marwijk a déchiré l'image du football néerlandais lors de la finale de la Coupe du Monde...

Le seul coach étranger bossant cette saison sur les terrains de l'autre pays du fromage a facilement pris de l'altitude par rapport aux quelques sceptiques. Et puis, les Hollandais qui doutaient de son néerlandais ont été éberlués par son excellente connaissance de cette langue. Sans les nommer, Michel Preud'homme leur adressa un message lors de sa première conférence de presse: "Pour ceux qui le veulent, je peux répéter tout cela en portugais, en anglais et bien sûr en français..." Inutile de préciser que le Liégeois impressionna son monde. Rusé, il est cependant prévenu et sait que la presse néerlandaise est souvent plus virulente que celle qui règne en Belgique. Preud'homme ajoute une précision: "Cela ne me dérange pas. Dans mon pays, certains ont parfois visé l'homme". Interview.

"L'organisation était bien en place"

Coacherez-vous Twente à la van Marwijk ou vous laisserez-vous emporter par la philosophie de Vicente Del Bosque?
Michel Preud'homme. Le problème d'un entraîneur ne se pose pas comme cela. Il faut savoir ce que le club, ou une fédération, exige de son coach et sur quels critères il a été engagé. Les Pays-Bas étaient déjà arrivés deux fois en finale d'une Coupe du Monde avec un style de jeu. Van Marwijk a probablement été chargé d'aller le plus loin possible en changeant son fusil d'épaule. Et son équipe est passée tout près du grand exploit. Le football est fait de différences. Si tout le monde optait pour le même canevas tactique, rien ne serait aussi amusant...

Van Marwijk ou Del Bosque?
Au Standard, on m'avait demandé de bien travailler la verticalité. Et je crois que nous y sommes parvenus. La donne était différente à Gand. Au-delà du style général, une équipe doit être capable de varier sa production. Gand et le Standard l'ont fait. Twente a décroché le titre pour la première fois de son histoire. Personne n'atteint un tel résultat par hasard. L'organisation était bien en place. Chaque joueur connaissait son job, notamment défensif, mais l'équipe l'emportait souvent par la plus petite différence. Elle traversait parfois de longs moments sans avoir la maîtrise de la circulation du ballon. Il convient de proposer de nouveaux horizons à un effectif qui possède d'excellentes bases. Et cela peut passer, entre autres, par une récupération plus rapide du ballon. Comme je l'ai fait à Sclessin ou à Gentbrugge... sans jeter tout l'acquis du passé par-dessus bord. Non, j'y ai exigé de rechercher la profondeur et de jouer au plus vite de façon offensive. Et cela a souvent été mal interprété par le monde extérieur. Mon but est de prouver que les autres ont tort.

La critique est souvent autrement plus piquante aux Pays-Bas...
On verra. Les joueurs sont formés ici à la possession du ballon. Quand un groupe a l'habitude d'assumer le jeu, j'essaye de lui apporter autre chose. J'en discute avec tout le monde. J'ai mes idées mais il est important de noter celles du groupe, d'ajuster les approches. J'ai toujours tout partagé avec le vestiaire pour que tout le monde avance dans la même direction. Le coach a le dernier mot, mais il faut susciter le débat car on ne peut pas porter seul le poids de tout un groupe.

Ne dit-on pas que votre nouveau club est très intéressé par Roberto Rosales de Gand?
Mon ancien club possède une ribambelle de joueurs très intéressants. Mais, même si je les connais bien, cela ne signifie pas pour autant que je cherche à Gand. Twente a son réseau de scouts et me propose cinq joueurs hollandais ou étrangers pour chaque position avec une idée du prix de chacun de ces éventuels renforts. Miroslav Stoch, Blaise Nkufo, Slobodan Rajkovic et Kenneth Perez sont partis. Nous avons recruté Marc Janko, Emir Bajrami et Rasmus Bengtsson. Le travail ne manque pas à Twente...

"Un numéro 10, c'est quoi exactement?"

Vu la réussite à Twente de Bryan Ruiz, un ancien de Gand, et votre présence, on peut quand même supposer que les Buffalos sont devenus la "réserve" préférée des champions de Hollande?
Non, cela prouve surtout qu'il y a du talent en Belgique. Les Néerlandais le savent peut-être mieux que nous. Ruiz a encore progressé...

Sera-t-il finalement votre numéro 10? Pour le président de Twente, Joop Munsterman, le départ de Kenneth Perez pose un problème que vous devrez résoudre...
Bryan peut parfaitement occuper cette place. Mais c'est le cas aussi de Théo Janssen. Cela veut dire que la solution se trouve peut-être dans l'effectif. A Gand, j'avais un vrai numéro 10 en la personne de Randall Azofeifa mais il était capable d'évoluer aussi dans un rôle de numéro 8. Un numéro 10, c'est quoi exactement? En Belgique, il n'y en a plus qu'un: Mbark Boussoufa. Et il se poste le plus souvent sur le flanc...

"Je suis très émotionnel, je le sais"

A Twente, qui est déjà champion, la barre est déjà très haute comparé au Standard, qui attendait un titre depuis 25 ans, et Gand, qui a décroché la 2e place et la Coupe de Belgique après une longe période de disette. Quels sont vos objectifs aux Pays-Bas?
C'est vrai, les fondations sont faites. Mais, en mesurant l'importance du défi, j'aimerais revenir un instant sur ce qui a été réalisé au Standard et à Gand. Rien n'y a été obtenu dans la facilité. Il y a eu le titre à Sclessin et ce que Gand a récolté la saison passée, cela vaut aussi, quelque part, un autre écusson national, si je puis dire. En somme, cela peut représenter l'équivalent de deux titres. Cela implique déjà un niveau d'exigence élevé, comme vous dites. Twente ne parle pas d'un nouveau titre. Mais il y a une présence à assurer ou à confirmer dans les hautes sphères du football néerlandais. C'est logique...

Et en Ligue des Champions?
Twente espère figurer dignement dans les poules. Le but est de franchir ce cap ou, au moins, de continuer en Europa League.

Bonjour le stress?
Bah, vous savez...

Ivan De Witte a dit que vous exagériez parfois sur le banc, non?
Je ne dis pas que je n'exploserai jamais à Twente. Au Standard et à Gand, on ne m'a jamais demandé d'arrêter. Et cela même si j'ai souvent posé la question. J'ai vécu et agi comme je pensais devoir le faire dans le bien du club. J'en ai souvent rigolé avec Ivan De Witte...

Le Standard et Gand avaient besoin de votre rage pour retrouver la culture du succès?
Je suis très émotionnel, je le sais. A Twente, le délégué a mesuré un jour la distance entre le banc et le bord de petit rectangle où peut se manifester le coach. Le but de ce gag était de m'encorder pour que je ne dépasse pas la... frontière. Et là aussi, on s'est bien marré. Je travaille pour un club et je sais ce dont mon groupe a besoin à certains moments. En cas d'injustices, si je reste stoïque sur le banc, mes joueurs vont se mettre la pression et prendre des cartes: c'est plus grave qu'un entraîneur expédié dans la tribune. Les joueurs doivent voir que leur coach les défend. C'est un jeu et chacun le joue à sa façon.

René Vandereycken a coaché Twente de 2002 à 2004 et...
... il a laissé un très bon souvenir à Twente qui progressa sous sa direction.

Et Eric Gerets a éclaté comme coach aux Pays-Bas!
Je sais mais je n'ai pas de plan de carrière si c'est ce que vous voulez savoir. La vie décide souvent à votre place. Je fonctionne au feeling. J'avais un bon feeling quand j'ai signé à Gand. C'est la même chose à Twente: c'est pour cela que je suis venu.

Il paraît que les joueurs dorment beaucoup ici.
Ah, je vois ce que vous voulez dire. Un joueur doit se reposer entre deux entraînements. J'avais découvert les vertus reposantes d'une sieste à 27 ou 28 ans. Avant, cela ne m'intéressait pas. Et puis, par hasard, après un léger somme, j'ai découvert que j'étais plus vif, mieux dans le coup, lois du deuxième entraînement de la journée. A Gand, j'en ai parlé à Marko Suler qui avait des problèmes de concentration. Il a hésité puis a essayé: on a vu la différence...

A propos, il paraît que vous aviez caché la Coupe de Belgique de Gand?
Non, mais j'aurais pu la garder. J'ai été honnête et je l'ai rendue. Après la finale et la fête, tout le monde l'a oubliée. Je l'ai prise et gardée dans mon bureau. Plus tard, j'ai vidé mes armoires avant de partir à Twente: elle était encore là. J'ai envoyé un SMS à Louwagie pour lui signaler qu'il pouvait venir la prendre au centre d'entraînement. Vous admettrez que je suis bien un grand professionnel...

Pierre Bilic

Michel Preud'homme a pris ses quartiers aux Pays-Bas avant le premier arrivage des moules de Zélande. Certains journalistes, dont l'influent Johan Derksen, de l'hebdomadaire Voetbal International, ont fait la petite bouche en évoquant cette arrivée en Eredivisie. Comme si un ancien gardien de but, même aussi brillant que le fut Michel Preud'homme, ne pouvait pas être assez offensif au royaume du 4-3-3. C'est oublier que Bert van Marwijk a déchiré l'image du football néerlandais lors de la finale de la Coupe du Monde... Le seul coach étranger bossant cette saison sur les terrains de l'autre pays du fromage a facilement pris de l'altitude par rapport aux quelques sceptiques. Et puis, les Hollandais qui doutaient de son néerlandais ont été éberlués par son excellente connaissance de cette langue. Sans les nommer, Michel Preud'homme leur adressa un message lors de sa première conférence de presse: "Pour ceux qui le veulent, je peux répéter tout cela en portugais, en anglais et bien sûr en français..." Inutile de préciser que le Liégeois impressionna son monde. Rusé, il est cependant prévenu et sait que la presse néerlandaise est souvent plus virulente que celle qui règne en Belgique. Preud'homme ajoute une précision: "Cela ne me dérange pas. Dans mon pays, certains ont parfois visé l'homme". Interview."L'organisation était bien en place"Coacherez-vous Twente à la van Marwijk ou vous laisserez-vous emporter par la philosophie de Vicente Del Bosque?Michel Preud'homme. Le problème d'un entraîneur ne se pose pas comme cela. Il faut savoir ce que le club, ou une fédération, exige de son coach et sur quels critères il a été engagé. Les Pays-Bas étaient déjà arrivés deux fois en finale d'une Coupe du Monde avec un style de jeu. Van Marwijk a probablement été chargé d'aller le plus loin possible en changeant son fusil d'épaule. Et son équipe est passée tout près du grand exploit. Le football est fait de différences. Si tout le monde optait pour le même canevas tactique, rien ne serait aussi amusant... Van Marwijk ou Del Bosque? Au Standard, on m'avait demandé de bien travailler la verticalité. Et je crois que nous y sommes parvenus. La donne était différente à Gand. Au-delà du style général, une équipe doit être capable de varier sa production. Gand et le Standard l'ont fait. Twente a décroché le titre pour la première fois de son histoire. Personne n'atteint un tel résultat par hasard. L'organisation était bien en place. Chaque joueur connaissait son job, notamment défensif, mais l'équipe l'emportait souvent par la plus petite différence. Elle traversait parfois de longs moments sans avoir la maîtrise de la circulation du ballon. Il convient de proposer de nouveaux horizons à un effectif qui possède d'excellentes bases. Et cela peut passer, entre autres, par une récupération plus rapide du ballon. Comme je l'ai fait à Sclessin ou à Gentbrugge... sans jeter tout l'acquis du passé par-dessus bord. Non, j'y ai exigé de rechercher la profondeur et de jouer au plus vite de façon offensive. Et cela a souvent été mal interprété par le monde extérieur. Mon but est de prouver que les autres ont tort. La critique est souvent autrement plus piquante aux Pays-Bas... On verra. Les joueurs sont formés ici à la possession du ballon. Quand un groupe a l'habitude d'assumer le jeu, j'essaye de lui apporter autre chose. J'en discute avec tout le monde. J'ai mes idées mais il est important de noter celles du groupe, d'ajuster les approches. J'ai toujours tout partagé avec le vestiaire pour que tout le monde avance dans la même direction. Le coach a le dernier mot, mais il faut susciter le débat car on ne peut pas porter seul le poids de tout un groupe. Ne dit-on pas que votre nouveau club est très intéressé par Roberto Rosales de Gand? Mon ancien club possède une ribambelle de joueurs très intéressants. Mais, même si je les connais bien, cela ne signifie pas pour autant que je cherche à Gand. Twente a son réseau de scouts et me propose cinq joueurs hollandais ou étrangers pour chaque position avec une idée du prix de chacun de ces éventuels renforts. Miroslav Stoch, Blaise Nkufo, Slobodan Rajkovic et Kenneth Perez sont partis. Nous avons recruté Marc Janko, Emir Bajrami et Rasmus Bengtsson. Le travail ne manque pas à Twente... "Un numéro 10, c'est quoi exactement?"Vu la réussite à Twente de Bryan Ruiz, un ancien de Gand, et votre présence, on peut quand même supposer que les Buffalos sont devenus la "réserve" préférée des champions de Hollande? Non, cela prouve surtout qu'il y a du talent en Belgique. Les Néerlandais le savent peut-être mieux que nous. Ruiz a encore progressé... Sera-t-il finalement votre numéro 10? Pour le président de Twente, Joop Munsterman, le départ de Kenneth Perez pose un problème que vous devrez résoudre... Bryan peut parfaitement occuper cette place. Mais c'est le cas aussi de Théo Janssen. Cela veut dire que la solution se trouve peut-être dans l'effectif. A Gand, j'avais un vrai numéro 10 en la personne de Randall Azofeifa mais il était capable d'évoluer aussi dans un rôle de numéro 8. Un numéro 10, c'est quoi exactement? En Belgique, il n'y en a plus qu'un: Mbark Boussoufa. Et il se poste le plus souvent sur le flanc... "Je suis très émotionnel, je le sais"A Twente, qui est déjà champion, la barre est déjà très haute comparé au Standard, qui attendait un titre depuis 25 ans, et Gand, qui a décroché la 2e place et la Coupe de Belgique après une longe période de disette. Quels sont vos objectifs aux Pays-Bas? C'est vrai, les fondations sont faites. Mais, en mesurant l'importance du défi, j'aimerais revenir un instant sur ce qui a été réalisé au Standard et à Gand. Rien n'y a été obtenu dans la facilité. Il y a eu le titre à Sclessin et ce que Gand a récolté la saison passée, cela vaut aussi, quelque part, un autre écusson national, si je puis dire. En somme, cela peut représenter l'équivalent de deux titres. Cela implique déjà un niveau d'exigence élevé, comme vous dites. Twente ne parle pas d'un nouveau titre. Mais il y a une présence à assurer ou à confirmer dans les hautes sphères du football néerlandais. C'est logique... Et en Ligue des Champions? Twente espère figurer dignement dans les poules. Le but est de franchir ce cap ou, au moins, de continuer en Europa League. Bonjour le stress? Bah, vous savez... Ivan De Witte a dit que vous exagériez parfois sur le banc, non? Je ne dis pas que je n'exploserai jamais à Twente. Au Standard et à Gand, on ne m'a jamais demandé d'arrêter. Et cela même si j'ai souvent posé la question. J'ai vécu et agi comme je pensais devoir le faire dans le bien du club. J'en ai souvent rigolé avec Ivan De Witte... Le Standard et Gand avaient besoin de votre rage pour retrouver la culture du succès? Je suis très émotionnel, je le sais. A Twente, le délégué a mesuré un jour la distance entre le banc et le bord de petit rectangle où peut se manifester le coach. Le but de ce gag était de m'encorder pour que je ne dépasse pas la... frontière. Et là aussi, on s'est bien marré. Je travaille pour un club et je sais ce dont mon groupe a besoin à certains moments. En cas d'injustices, si je reste stoïque sur le banc, mes joueurs vont se mettre la pression et prendre des cartes: c'est plus grave qu'un entraîneur expédié dans la tribune. Les joueurs doivent voir que leur coach les défend. C'est un jeu et chacun le joue à sa façon. René Vandereycken a coaché Twente de 2002 à 2004 et... ... il a laissé un très bon souvenir à Twente qui progressa sous sa direction. Et Eric Gerets a éclaté comme coach aux Pays-Bas! Je sais mais je n'ai pas de plan de carrière si c'est ce que vous voulez savoir. La vie décide souvent à votre place. Je fonctionne au feeling. J'avais un bon feeling quand j'ai signé à Gand. C'est la même chose à Twente: c'est pour cela que je suis venu. Il paraît que les joueurs dorment beaucoup ici. Ah, je vois ce que vous voulez dire. Un joueur doit se reposer entre deux entraînements. J'avais découvert les vertus reposantes d'une sieste à 27 ou 28 ans. Avant, cela ne m'intéressait pas. Et puis, par hasard, après un léger somme, j'ai découvert que j'étais plus vif, mieux dans le coup, lois du deuxième entraînement de la journée. A Gand, j'en ai parlé à Marko Suler qui avait des problèmes de concentration. Il a hésité puis a essayé: on a vu la différence... A propos, il paraît que vous aviez caché la Coupe de Belgique de Gand? Non, mais j'aurais pu la garder. J'ai été honnête et je l'ai rendue. Après la finale et la fête, tout le monde l'a oubliée. Je l'ai prise et gardée dans mon bureau. Plus tard, j'ai vidé mes armoires avant de partir à Twente: elle était encore là. J'ai envoyé un SMS à Louwagie pour lui signaler qu'il pouvait venir la prendre au centre d'entraînement. Vous admettrez que je suis bien un grand professionnel...Pierre Bilic