0-2 en Autriche, 4-1 face à l'Azerbaïdjan. Et des matches prometteurs avaient précédé, même s'ils n'ont raporté que trop peu de points. Décidément, les Diables Rouges ont retrouvé vie. Et le public s'enthousiasme à nouveau, à l'image des 2000 spectateurs qui avaient fait le déplacement à Vienne, et des 35.000 rassemblés au Stade Roi Baudouin pour le match face à l'Azerbaïdjan.

Face à ces espoirs nouveaux et à l'effervescence retrouvée autour de l'équipe nationale, Georges Leekens et Marc Wilmots ont le chic pour rester zen. Ils ne boudent pas leur plaisir, non. Mais quand il y a des problèmes, ils savent mettre le doigt dessus. Dans le chef de Marc Wilmots, c'est carrément une marque de fabrique. Et le "cas Eden Hazard" est un de ces problèmes. Propos choisis.

Eden Hazard sur le banc, ça étonne beaucoup d'observateurs.
Marc Wilmots. On parle beaucoup du cas Hazard, mais on oublie de parler de celui de Dries Mertens, un autre joueur aux caractéristiques similaires, qui réalisé une saison formidable aux Pays-Bas. Leekens et moi, avons essayé de refaire des Diables Rouges une grande famille, au sein de laquelle on se sent bien. Il y a les onze titulaires, les sept réservistes, et même les joueurs dans la tribune. Kompany, suspendu contre l'Azerbaïdjan, aurait pu rentrer à Manchester: il a tenu à rester. Marouane Fellaini est passé saluer le groupe, Thomas Vermaelen aurait voulu le faire mais a été bloqué à Amsterdam. C'est significatif.

Y a-t-il un problème avec Hazard ou a-t-on créé une polémique autour de lui?
A mes yeux, c'est surtout la presse qui en a beaucoup parlé. Pour moi, il n'y a pas de problème. Je peux comprendre que les gens s'interrogent: pourquoi le meilleur joueur de Ligue 1, le moteur de Lille en tête de L1 n'est-il pas titulaire chez les Diables? A sa place, la concurrence est rude. Leekens et moi avons estimé que pour le match en Autriche, les caractéristiques de Nacer Chadli et Moussa Dembélé nous seraient plus utiles. Il ne doit pas en faire une maladie: moi, j'ai dû patienter jusqu'à 27 ans pour devenir un titulaire en équipe nationale. Eden n'attendra sans doute pas aussi longtemps, mais il peut encore progresser. On ne peut pas se focaliser sur ses dribbles déroutants. A ce niveau-là, on doit attaquer et défendre. Allier force de pénétration et force de récupération. Et cela, pendant 90 minutes. Si on se relâche pendant dix minutes, cela peut être catastrophique.

Dans le football moderne, on ne peut plus se permettre d'avoir un électron libre débarrassé de ses tâches défensives?
Non, c'est terminé. De surcroît lorsqu'on est un joueur de flanc: on ne peut pas se permettre de laisser monter son opposant direct. On doit être complet. Et puis, lorsqu'Eden déclare: "Je n'aime pas m'entraîner!", cela m'horripile. Tout le monde est placé à la même enseigne, on n'accorde aucun régime de faveur en équipe nationale. Kompany aussi doit s'entraîner. Il y a un an, Vincent a eu un petit problème avec nous. Aujourd'hui, il est transfiguré. On peut désormais lui confier des responsabilités.

J'adore Eden, Georges également. C'est un gentil garçon, qui ne crée pas de problèmes. On connaît ses qualités, on sait qu'il est capable de forcer la décision sur une action qui n'appartient qu'à lui, mais on sait aussi qu'on peut encore en attendre plus. Dans l'état actuel, c'est encore un diamant brut. S'il débarque à Manchester City en déclarant: "Je n'aime pas m'entraîner!", il fera long feu. Kompany peut en attester. Je crois que, lorsqu'il a quitté la Belgique, Vincent n'avait pas encore compris cela non plus. A Hambourg, il s'est pris des claques. Aujourd'hui, à 24 ans, c'est un exemple à suivre pour Eden.

Je pourrais aussi citer celui d'Axel Witsel: il attaque et il défend. Des pieds, de la tête. Son volume de jeu est phénoménal. Dans le football moderne, on ne peut pas réduire son match à trois ou quatre actions spectaculaires. Witsel est devenu un joueur complet. Il a beaucoup travaillé pour cela, après tout ce qu'il a vécu, et je suis heureux de le voir à ce niveau-là, car on lui en a fait baver. S'il poursuit dans la même voie, il deviendra un grand joueur. La mentalité y est, la rigueur y est, la simplicité y est. Il s'est remis en question. Tout ce qu'il a vécu l'a certainement aidé à mûrir.

Idem pour Moussa Dembelé. Encore un que l'on a considéré, à un moment donné, comme un joueur hyper-talentueux mais lymphatique. Aujourd'hui, il puise dans ses réserves et éprouve du plaisir à venir jouer en équipe nationale. Son passage à Fulham l'a transformé. A l'AZ Alkmaar, il avait sans doute fait le tour de la question. Lors des deux derniers matches des Diables Rouges, et particulièrement à Vienne, il a été énorme.

Une théorie souligne aussi que Hazard a été baigné, depuis ses 14 ans, dans la culture française où l'on adore les gestes techniques, alors que la culture belge se base plus sur l'organisation et la solidarité...
Il y a du vrai. N'oubliez pas que le championnat de France, je connais également. J'ai ressenti une grosse frustration, aux Girondins de Bordeaux, en constatant que sur base du talent individuel, on avait largement le potentiel pour remporter le titre, mais qu'au final, on a terminé quatrièmes avec huit points de retard. A cause de nonchalance et d'autosatisfaction. En Allemagne, j'ai découvert la rigueur. Et c'est là que j'ai remporté des trophées. Lorsque j'ai disputé la finale de la Coupe de l'UEFA, avec Schalke 04, on a affronté un Inter Milan bien supérieur sur le plan de la qualité individuelle. Mais la rigueur, l'organisation et l'enthousiasme nous ont permis de l'emporter.

Pourrait-on imaginer, chez les Diables, un quatuor offensif Chadli-Hazard-Dembélé avec Witsel en soutien et un pressing haut, à l'image de ce que l'on pratique au FC Barcelone?
Que fait-on de Lukaku, alors? On est riche offensivement, c'est clair. Les candidats pour un poste d'attaquant sont nombreux, et on ne peut en aligner que trois. Le même problème de luxe se posera dans l'entrejeu lorsque Fellaini reviendra. Qui devra-t-on enlever? Sélectionner, cela revient à effectuer des choix. Le meilleur jouera...

Retrouvez l'intégralité de l'interview de Marc Wilmots dans votre Sport/Foot Magazine, en vente dans vos kiosques.

Daniel Devos

0-2 en Autriche, 4-1 face à l'Azerbaïdjan. Et des matches prometteurs avaient précédé, même s'ils n'ont raporté que trop peu de points. Décidément, les Diables Rouges ont retrouvé vie. Et le public s'enthousiasme à nouveau, à l'image des 2000 spectateurs qui avaient fait le déplacement à Vienne, et des 35.000 rassemblés au Stade Roi Baudouin pour le match face à l'Azerbaïdjan. Face à ces espoirs nouveaux et à l'effervescence retrouvée autour de l'équipe nationale, Georges Leekens et Marc Wilmots ont le chic pour rester zen. Ils ne boudent pas leur plaisir, non. Mais quand il y a des problèmes, ils savent mettre le doigt dessus. Dans le chef de Marc Wilmots, c'est carrément une marque de fabrique. Et le "cas Eden Hazard" est un de ces problèmes. Propos choisis.Eden Hazard sur le banc, ça étonne beaucoup d'observateurs.Marc Wilmots. On parle beaucoup du cas Hazard, mais on oublie de parler de celui de Dries Mertens, un autre joueur aux caractéristiques similaires, qui réalisé une saison formidable aux Pays-Bas. Leekens et moi, avons essayé de refaire des Diables Rouges une grande famille, au sein de laquelle on se sent bien. Il y a les onze titulaires, les sept réservistes, et même les joueurs dans la tribune. Kompany, suspendu contre l'Azerbaïdjan, aurait pu rentrer à Manchester: il a tenu à rester. Marouane Fellaini est passé saluer le groupe, Thomas Vermaelen aurait voulu le faire mais a été bloqué à Amsterdam. C'est significatif. Y a-t-il un problème avec Hazard ou a-t-on créé une polémique autour de lui? A mes yeux, c'est surtout la presse qui en a beaucoup parlé. Pour moi, il n'y a pas de problème. Je peux comprendre que les gens s'interrogent: pourquoi le meilleur joueur de Ligue 1, le moteur de Lille en tête de L1 n'est-il pas titulaire chez les Diables? A sa place, la concurrence est rude. Leekens et moi avons estimé que pour le match en Autriche, les caractéristiques de Nacer Chadli et Moussa Dembélé nous seraient plus utiles. Il ne doit pas en faire une maladie: moi, j'ai dû patienter jusqu'à 27 ans pour devenir un titulaire en équipe nationale. Eden n'attendra sans doute pas aussi longtemps, mais il peut encore progresser. On ne peut pas se focaliser sur ses dribbles déroutants. A ce niveau-là, on doit attaquer et défendre. Allier force de pénétration et force de récupération. Et cela, pendant 90 minutes. Si on se relâche pendant dix minutes, cela peut être catastrophique. Dans le football moderne, on ne peut plus se permettre d'avoir un électron libre débarrassé de ses tâches défensives? Non, c'est terminé. De surcroît lorsqu'on est un joueur de flanc: on ne peut pas se permettre de laisser monter son opposant direct. On doit être complet. Et puis, lorsqu'Eden déclare: "Je n'aime pas m'entraîner!", cela m'horripile. Tout le monde est placé à la même enseigne, on n'accorde aucun régime de faveur en équipe nationale. Kompany aussi doit s'entraîner. Il y a un an, Vincent a eu un petit problème avec nous. Aujourd'hui, il est transfiguré. On peut désormais lui confier des responsabilités. J'adore Eden, Georges également. C'est un gentil garçon, qui ne crée pas de problèmes. On connaît ses qualités, on sait qu'il est capable de forcer la décision sur une action qui n'appartient qu'à lui, mais on sait aussi qu'on peut encore en attendre plus. Dans l'état actuel, c'est encore un diamant brut. S'il débarque à Manchester City en déclarant: "Je n'aime pas m'entraîner!", il fera long feu. Kompany peut en attester. Je crois que, lorsqu'il a quitté la Belgique, Vincent n'avait pas encore compris cela non plus. A Hambourg, il s'est pris des claques. Aujourd'hui, à 24 ans, c'est un exemple à suivre pour Eden. Je pourrais aussi citer celui d'Axel Witsel: il attaque et il défend. Des pieds, de la tête. Son volume de jeu est phénoménal. Dans le football moderne, on ne peut pas réduire son match à trois ou quatre actions spectaculaires. Witsel est devenu un joueur complet. Il a beaucoup travaillé pour cela, après tout ce qu'il a vécu, et je suis heureux de le voir à ce niveau-là, car on lui en a fait baver. S'il poursuit dans la même voie, il deviendra un grand joueur. La mentalité y est, la rigueur y est, la simplicité y est. Il s'est remis en question. Tout ce qu'il a vécu l'a certainement aidé à mûrir. Idem pour Moussa Dembelé. Encore un que l'on a considéré, à un moment donné, comme un joueur hyper-talentueux mais lymphatique. Aujourd'hui, il puise dans ses réserves et éprouve du plaisir à venir jouer en équipe nationale. Son passage à Fulham l'a transformé. A l'AZ Alkmaar, il avait sans doute fait le tour de la question. Lors des deux derniers matches des Diables Rouges, et particulièrement à Vienne, il a été énorme. Une théorie souligne aussi que Hazard a été baigné, depuis ses 14 ans, dans la culture française où l'on adore les gestes techniques, alors que la culture belge se base plus sur l'organisation et la solidarité... Il y a du vrai. N'oubliez pas que le championnat de France, je connais également. J'ai ressenti une grosse frustration, aux Girondins de Bordeaux, en constatant que sur base du talent individuel, on avait largement le potentiel pour remporter le titre, mais qu'au final, on a terminé quatrièmes avec huit points de retard. A cause de nonchalance et d'autosatisfaction. En Allemagne, j'ai découvert la rigueur. Et c'est là que j'ai remporté des trophées. Lorsque j'ai disputé la finale de la Coupe de l'UEFA, avec Schalke 04, on a affronté un Inter Milan bien supérieur sur le plan de la qualité individuelle. Mais la rigueur, l'organisation et l'enthousiasme nous ont permis de l'emporter. Pourrait-on imaginer, chez les Diables, un quatuor offensif Chadli-Hazard-Dembélé avec Witsel en soutien et un pressing haut, à l'image de ce que l'on pratique au FC Barcelone? Que fait-on de Lukaku, alors? On est riche offensivement, c'est clair. Les candidats pour un poste d'attaquant sont nombreux, et on ne peut en aligner que trois. Le même problème de luxe se posera dans l'entrejeu lorsque Fellaini reviendra. Qui devra-t-on enlever? Sélectionner, cela revient à effectuer des choix. Le meilleur jouera... Retrouvez l'intégralité de l'interview de Marc Wilmots dans votre Sport/Foot Magazine, en vente dans vos kiosques.Daniel Devos