La saison de Ludo Dierckxsens a été chargée. Ou, plutôt, sa...non-saison: il a cassé son vélo au Tour des Flandres, abandonné à Paris-Roubaix après deux crevaisons, Jan Kirsipuu l'a battu au Tour, à Rouen, et Patrice Halgand à Pau. L'air mystérieux, il commente: "Ma condition était bonne mais les circonstances m'ont empêché d'en profiter. Enfin bon, la saison n'est pas encore terminée"...
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La saison de Ludo Dierckxsens a été chargée. Ou, plutôt, sa...non-saison: il a cassé son vélo au Tour des Flandres, abandonné à Paris-Roubaix après deux crevaisons, Jan Kirsipuu l'a battu au Tour, à Rouen, et Patrice Halgand à Pau. L'air mystérieux, il commente: "Ma condition était bonne mais les circonstances m'ont empêché d'en profiter. Enfin bon, la saison n'est pas encore terminée"...Ludo Dierckxsens:: Nous avons contrôlé la deuxième étape jusqu'à la finale. Je n'ai pas attaqué. Dans ces cas-là, l'intérêt de l'équipe prend le pas sur tout et, en fait, nous avons vécu une semaine fantastique. Comment avez-vous vécu la fin du Tour? L'affaire Rumsas?Je n'en sais pas plus que vous. J'ai tout appris par les journaux. Tout ce que je sais, c'est que nous avons obtenu un podium au Tour. D'ailleurs, l'équipe n'en a guère parlé non plus. Personne ne sait exactement ce qu'il en est.En 1999, vous aviez également été suspendu. Pas à cause d'un échantillon positif mais pour une déclaration qui n'avait pas plu à tout le monde.(Décidé). J'ai refermé le chapitre. Je me suis retrouvé sur la touche pendant neuf mois et ça suffit. Je préfère ne plus revenir là-dessus. Vous auriez pu casser la baraque à la Vuelta. Pourquoi n'y êtes-vous pas allé?J'ai rayé le Tour d'Espagne de mon programme. Il est possible de préparer le Mondial de Zolder en disputant quelques longues courses d'un jour et en s'entraînant beaucoup. D'ailleurs, si j'étais parti en Espagne, j'aurais raté une autre course importante. Je veux parler du Championnat de Belgique du contre-la-montre qui avait lieu à Geel. Dans ma ville.C'est quand même surprenant! Ludo Dierckxsens se fixe deux objectifs: un contre-la-montre et un Mondial qui aura lieu sur un circuit tout plat.(Il rit). Je sais mais je suis convaincu de pouvoir prester devant mon propre public. Et puis, quel coureur ne rêve pas de s'illustrer dans un Championnat du Monde? Comment préparez-vous ce championnat, sans la Vuelta?J'ai cerclé de rouge le Prix Rik Van Steenbergen, je cours Paris-Bruxelles, quelques épreuves en Italie et éventuellement Paris-Tours, même si je dois en discuter avec Pietro Algeri, le directeur sportif de l'équipe. J'espère être sélectionné mais je n'en suis pas sûr. José De Cauwer, le sélectionneur, ne m'a encore rien dévoilé. Je ne sais donc pas s'il m'a réservé une place à Zolder. Les journaux m'ont appris que seuls Peter Van Petegem et Johan Museeuw étaient sûrs de leur place.Opteriez-vous également pour une équipe dotée de deux leaders, les autres étant à leur service? Quelle tactique prôneriez-vous?(Il détourne le sujet de la conversation). Je ne veux pas lancer de polémique là-dessus. Ce n'est pas à moi de déterminer la tactique mais au sélectionneur. Nous, nous appliquons ses directives. Vous dites vous-même que des échappées prématurées peuvent offrir des perspectives. Il appartient donc aux coureurs de rendre la course dure.Je le pense, en effet, et je crois que le sélectionneur partage mon avis, surtout que la Belgique n'a pas vraiment les coureurs les plus rapides du peloton.Faut-il modifier la tactique si Steels est en mesure de gagner?éa dépendra de sa forme réelle. Je l'ai vu au Tour des Pays-Bas. C'était sa première course depuis pas mal de temps.Tout le monde s'attend à ce que le Mondial se décide sur un sprint massif. Ludo Dierckxsens peut-il tirer son épingle du jeu?(Décidé). C'est simple: je ne pense pas que Zolder débouchera sur un sprint massif. Le parcours n'est pas sélectif mais cela n'empêchera pas la course d'être difficile. Je sais ce qu'on raconte: les Italiens vont bloquer le peloton pour permettre à Mario Cipollini d'être sacré champion du monde au sprint, mais peu d'équipes sont capables de contrer toutes les attaques. Parfois, lorsqu'il y a une échappée d'une quinzaine d'hommes et que certains coéquipiers en font partie, il faut la laisser filer. Une échappée a donc des chances de s'achever sur une note positive. J'en prévois beaucoup. Les circuits de Lisbonne et de Vérone, où ont eu lieu deux autres Championnats du Monde, étaient très éprouvants mais on a à peine roulé, tellement on avait peur. Ce n'est pas le cas du parcours de Zolder, donc on va vraiment rouler. Il n'y aura pas de sprint massif là-bas, j'en suis sûr. Les Italiens ne sont peut-être pas capables de contrôler la course mais les Allemands ne vont-ils pas le faire, au service de Zabel, avec l'aide des Français?Je ne pense pas car le risque de perdre est trop élevé. Ce sera toutefois un championnat très tactique, avec beaucoup d'échappées ou de tentatives. Là, j'ai une chance, même si nous terminons au sprint, en groupe restreint. Je ne suis pas aussi lent qu'on le pense. Simplement, si je me mêle rarement à un sprint massif, c'est parce que je n'aime pas les risques qu'on y encourt. Cette saison, j'ai sprinté une fois, au Tour de Catalogne, et j'ai terminé dixième alors qu'on retrouvait dans le groupe Danilo Hondo, Erik Zabel et Oscar Freire.Faut-il préparer Zolder autrement que les Mondiaux de Lisbonne, Plouay ou Vérone, par exemple?Chaque Mondial exige une condition physique parfaite. Il faut donc courir des courses dures, longues, pour avoir assez de kilomètres dans les jambes. Mais il faut aussi être frais et c'est pour cela que la Vuelta n'était pas indiquée, cette année, à cause de sa première semaine, très dure. On risque de trop puiser dans ses réserves et d'accuser le coup après.Vous n'êtes pas le seul de cet avis, à propos de la Vuelta. Elle a attiré moins de coureurs de premier plan que les éditions précédentes.En effet. Domo a envoyé une équipe assez jeune, Rabobank s'est abstenu alors que ce team possède quelques coureurs qui ont une chance au Mondial. Je pense à Erik Dekker et même au très rapide Stefan Van Dijk. Ils pensent, comme moi, arriver en forme à Zolder sans la Vuelta.L'année dernière, vous aviez plaidé pour qu'on donne du temps à Frank Vandenbroucke, quand il était devenu votre coéquipier chez Lampre. J'ai trop peu couru avec lui pour mesurer sa forme à ce moment-là, mais je savais qu'il s'agissait d'un travail de longue haleine. Demandez ce qu'ils en pensent à Dario Frigo ou à Davide Casagrande, qui ont également été longtemps absents des pelotons.Vous n'avez jamais eu la chance d'avoir du temps pour arriver en forme: vous avez toujours dû faire vos preuves.Le temps pressait puisque je suis devenu professionnel à 30 ans. Je n'avais pas le choix. Il faut être plus prudent avec les jeunes. Prenez Tom Boonen, la révélation du printemps. Je m'entraîne tous les jours avec lui. Il a une mentalité parfaite et c'est un des meilleurs jeunes belges. Tom est un vainqueur, un atout pour l'avenir. Mais il faut protéger un tel talent. Il sait ce dont il est capable mais j'espère que la presse et les directeurs sportifs ne vont pas le mettre sous pression, même s'il donne l'impression de pouvoir y résister.Tom Boonen a effectué ses débuts dans une grande équipe.Dans la meilleure du monde, avec Lance Armstrong. C'est un bon choix: en dehors du Tour, Tom a toute latitude de progresser. Il aurait sans doute dû prester plus vite dans une bonne équipe belge. US Postal lui a permis de faire ses courses, en fonction de George Hincapie, certes, mais il s'est libéré de ce carcan. Il a toutes les chances d'éclater dans les prochaines années, dans les classiques.Vous avez 37 ans. Combien de temps espérez-vous rester au plus haut niveau?Encore deux ans au moins sur le plan international, et peut-être même trois ou quatre saisons. J'ai commencé ma carrière tard, j'ai donc des réserves. Comme tous les coureurs qui arrêtent à 35 ans. Ils n'ont pas de problème physique. C'est la tête qui ne veut plus, quand on court intensément depuis 15 ans. Ce sont toujours les mêmes courses, il faut s'entraîner seul, souvent dans le froid, avant l'entame d'une nouvelle saison. Je peux comprendre que ce soit lassant. Mais chaque année, j'ai hâte que la saison reprenne.Si vous tenez parole, vous courrez jusqu'à 40 ans. Est-ce possible?Tout est relatif . Joop Zoetemelk a été sacré champion du monde à 40 ans, Pino Cerami a obtenu ses meilleurs résultats après 38 ans. Je suis donc en bonne compagnie. Mais je ne veux pas courir juste pour concrétiser mes espoirs. Tant que je courrai, ce sera pour gagner. Vous vous comparez à Zoetemelk. Ne placez-vous pas la barre trop haut?Zoetemelk est en effet un tout autre coureur. Un grand champion. Il faut l'être pour devenir champion du monde.Zoetemelk avait la réputation de profiter du travail des autres. On ne peut pas en dire autant de vous, évidemment.(Il rit). J'ai un autre style, en effet. Mais moi aussi, j'ai gagné une étape du Tour, j'ai été champion de Belgique, etc. Evidemment, je ne peux pas espérer le palmarès de véritables finisseurs comme Johan Museeuw. Mais peu de coureurs le peuvent. Les vrais coureurs savent lire une course...J'en suis aussi capable. Je n'ai pas la capacité de dominer une épreuve, de la prendre en main et de conclure froidement. Je suis costaud mais je ne suis pas un vainqueur pur-sang. On l'a ou on ne l'a pas.Ne vous manque-t-il pas une certaine autodiscipline et une portion de sang-froid dans les moments cruciaux?Oui, dans ces moments-là, je devrais être plus calculateur, vous avez raison. Mais mon tempérament...... fait aussi votre valeur marchande.En effet. Beaucoup de gens apprécient ce que je fais et mon style. Je ne vais certainement pas changer. Qui sait ce que ça m'apportera? Peut-être rien, je crois. Si j'attends jusqu'au finish, je ne peux pas espérer grand-chose.Que voulez-vous faire au terme de votre carrière?(Il rit). Je ne sais pas. Je n'ai pas de boule de cristal. Non, sérieusement, je n'y ai pas encore réfléchi et je n'en ai pas l'intention pour l'instant. Vous avez déjà annoncéque vous ne retourneriez pas à l'usine.Ce ne sera pas nécessaire. Le cyclisme vous permet de faire connaissance avec des tas de gens. Je pourrai chercher un travail qui me garantit une certaine liberté, qui ne m'oblige pas à travailler de 9 à 5 et qui me permet de voyager. Frank Demets"J'ai 37 ans. Zoetemelk a été sacré champion du monde à 40 ans"