Beaucoup sont ceux qui pensent que Marcos Pereira (32 ans) a débarqué chez nous la saison dernière. Ceux-là ont sans doute la mémoire un peu courte et n'ont jamais entendu Marcos s'exprimer en néerlandais. Avec l'accent et tout! A vrai dire, il est aujourd'hui bien plus Flamand que Brésilien. Au point que dans l'interview, menée en portugais, se glissent souvent quelques mots de vocabulaire Made in Vlaanderen. Car Marcos est chez nous depuis dix ans déjà. Un parcours chaotique marqué du sceau de la volonté d'un type qui a pourtant débarqué par hasard dans le monde du football de haut niveau.
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Beaucoup sont ceux qui pensent que Marcos Pereira (32 ans) a débarqué chez nous la saison dernière. Ceux-là ont sans doute la mémoire un peu courte et n'ont jamais entendu Marcos s'exprimer en néerlandais. Avec l'accent et tout! A vrai dire, il est aujourd'hui bien plus Flamand que Brésilien. Au point que dans l'interview, menée en portugais, se glissent souvent quelques mots de vocabulaire Made in Vlaanderen. Car Marcos est chez nous depuis dix ans déjà. Un parcours chaotique marqué du sceau de la volonté d'un type qui a pourtant débarqué par hasard dans le monde du football de haut niveau. "Mon frère a toujours rêvé d'être professionnel. Moi, je faisais de l'athlétisme, sur 200 et 400 mètres haies. A l'époque, je courais le 100 mètres en 11''1. Aujourd'hui, je suis incapable de vous dire combien je vaux sur la distance. Je suis plus costaud mais moins rapide, d'autant que les terrains en Belgique sont plus lourds. En fait, ils ne sont pas adaptés à la pratique du football mais plutôt du cross country". (Il rit)Quel parcours belge!Ses débuts, il les a effectués à Lunardelle, un club de troisième division dans l'état du Paraná. Un jour à l'occasion d'un match de fazendas, ces grandes propriétés terriennes qui appartiennent à de richissimes brésiliens, il est repéré par le président de l'Internacional de Limeira qui insiste pour qu'il vienne jouer dans son club. C'est ainsi qu'à l'âge de 16 ans, il se retrouve en équipe Première.En 1993, Jan Weyns, un homme d'affaires belge qui a ses entrées au Brésil, l'amène au Lierse: "A vrai dire, j'étais déjà venu en Belgique cinq mois plus tôt par l'intermédiaire d' Assis, un manager véreux. Il m'avait fait passer un test à Putte mais je lui ai tout de suite fait comprendre que je n'étais pas venu d'aussi loin pour jouer en Promotion. Heureusement, Jan Weyns avait assisté à la rencontre et a convaincu Helleputte de me prendre au Lierse pour trois mois". Ce court laps de temps suffit à convaincre les dirigeants lierrois. Mais pas seulement eux puisque Malines, qui l'a repéré en Réserves, lui offre un contrat de trois ans. "C'était l'époque de Preud'homme, Anderson, Eykelkamp, etc. Je suis fier d'avoir été leur équipier. Malheureusement, à l'occasion du tout premier entraînement, je me suis déchiré le ligament croisé. Je n'ai pu reprendre qu'en mars et j'ai tout de même encore joué un an en équipe Première. La deuxième saison avait bien commencé mais je payais toujours cette année perdue par de petites blessures musculaires et me retrouvais souvent sur le banc. La troisième saison, heureusement, fut bien meilleure: j'étais titulaire et Walter Meeuws était si content de moi qu'on me proposa de resigner pour un an. Hélas, à 15 jours du championnat, je me suis blessé au ménisque du genou gauche et j'ai manqué les deux premiers matches de la saison. Mon genou n'était plus stable et, au stage hivernal, en Algarve, j'ai bien senti qu'il bougeait encore. Ce que je craignais se produisit au cours du premier match du deuxième tour, à Seraing: nouvelle déchirure des ligaments croisés, nouvelle opération". Un tour à MalinesLe Docteur Martens lui conseille alors d'abandonner le professionnalisme. Et Malines, qui connaît les premiers ennuis de l'après- Cordier, n'a évidemment plus besoin de lui. "Malines reste cependant ma ville d'adoption: j'y ai toujours beaucoup d'amis et j'y ai rencontré le type le plus correct que j'aie vu dans le monde du football: Paul Courant. Malines a beaucoup perdu lorsqu'il est parti et, par la suite, beaucoup de gens ont profité de la générosité extrême du président. Heureusement, le Docteur Jaspers, chez qui j'avais vécu pendant un an à mon arrivée, ne me laissa pas tomber. Il parla de moi à Frans Bevers, le président de Zwarte Leeuw, un club de Promotion. Même en sachant que j'allais devoir rester un an sans jouer, celui-ci m'offrit un contrat de deux saisons, une cure de revalidation dans un centre de Tilburg et un boulot dans son entreprise de catering.La deuxième saison fut meilleure, si ce n'est qu'une fracture du pied m'obligea à m'arrêter trois mois supplémentaires. Autant vous dire que j'avais fait une croix sur la D1. Mais la troisième saison, j'ai inscrit 18 buts et on a recommencé à parler de moi". Il accepte l'offre de Maasmechelen, qui engage également son frère. "A vrai dire, je n'étais pas très optimiste car ce club avait failli descendre au terme de la saison précédente. Mais c'était un bloc soudé avec des gars comme Crv ou Geebelen. A la fin de la première saison, ils sont d'ailleurs partis tandis que je n'ai pas eu de proposition. Je suis donc resté sous les ordres de Paul Lambrichts, qui m'a beaucoup aidé. Et j'ai bénéficié des assists de Gino Martens, grâce à qui j'ai inscrit 22 buts et terminé meilleur buteur de D2" Westerlo et St-Trond sont alors intéressés: "J'ai opté pour les Canaris, qui venaient de se sauver de justesse, parce que j'avais plus de possibilités d'être titulaire. Manifestement, j'ai pris la bonne décision, même si je n'avais jamais imaginé que nous pourrions nous hisser à la deuxième place". Son retour au plus haut niveau, il le dédie à son épouse, Anaida, qui boit ses paroles avec admiration. Elle aussi parle néerlandais et elle s'est tellement bien intégrée qu'avant la naissance de ses enfants, elle a même travaillé dans une usine de tapis. Aujourd'hui, elle suit des cours de décoration d'intérieur. "On m'a demandé si je voulais prendre la nationalité belge mais j'ai refusé", dit Marcos. "Je sais que cela pourrait m'aider à trouver un club à l'étranger mais je ne veux partir que si on me transfère sur base de mon talent, pas de mon passeport. Mais le plus difficile, c'est de convaincre les gens de vous donner une chance". Patrice Sintzen