Tous les témoignages convergent. C'était une belle époque. Une bande de copains. Beaucoup de verres ensemble mais des litres de sueurs sur la pelouse. Sans rechigner. Sans traîner la patte. Le discours est nostalgique. On pourrait croire qu'ils nous servent la rengaine tant entendue du - C'était mieux avant. Et on a envie d'y croire tant le ton est convaincant. " Nous étions une bande de potes. Des amis qui se battaient les uns pour les autres. On ne parlait pas encore d'argent et de primes. Enfin, j'exagère mais on ne jouait pas pour les primes ", explique l'ancien défenseur Michel Rasquin.
...

Tous les témoignages convergent. C'était une belle époque. Une bande de copains. Beaucoup de verres ensemble mais des litres de sueurs sur la pelouse. Sans rechigner. Sans traîner la patte. Le discours est nostalgique. On pourrait croire qu'ils nous servent la rengaine tant entendue du - C'était mieux avant. Et on a envie d'y croire tant le ton est convaincant. " Nous étions une bande de potes. Des amis qui se battaient les uns pour les autres. On ne parlait pas encore d'argent et de primes. Enfin, j'exagère mais on ne jouait pas pour les primes ", explique l'ancien défenseur Michel Rasquin. Il se fait l'écho de ce que tous les joueurs de l'époque nous ont sorti. Impossible de parler de cette campagne de dix jours sans que la guindaille ne pointe le bout de son nez. " Nous avions un groupe au sein duquel la notion de plaisir était très importante. Plaisir de se retrouver, plaisir de vivre ensemble, de travailler ensemble et de progresser ensemble ", se remémore Robert Waseige, l'entraîneur de l'époque. Nous sommes en 1993. Il y a 15 ans. Le Stade du Pays de Charleroi n'existait pas. On parlait encore de Mambourg. Et les riverains voyaient un autre spectacle que celui des poutres métalliques. Car cette année-là, le spectacle était présent sur la pelouse du petit stade communal. Les baffles de la sono crachaient No limit, le tube de l'époque chanté par les 2 unlimited. Tel pouvait être le slogan de la saison zébrée. " C'était l'année du Sporting. On nous redoutait partout où l'on passait. Au fur et à mesure de l'année, on se demandait où se situaient nos limites ", soutient Rasquin. La saison avait été brillante. Lors de la dernière journée de championnat, le Sporting luttait encore pour une place européenne. Au menu : ni plus, ni moins qu'Anderlecht, le champion en titre. " Avec nos concurrents, nous nous tenions dans un mouchoir de poche. Si on gagnait ce jour-là et que certains perdaient des plumes, nous étions européens ", témoigne le back droit de l'époque Olivier Suray. Au classement, entre Malines, troisième et Charleroi, sixième, il n'y avait que deux points. Anderlecht arrivait à Charleroi en victime consentante. " Cela faisait quatre semaines que nous avions été sacrés champions. Nous étions démobilisés. Nos regards se tournaient vers la Coupe de Belgique ", relate Philippe Albert, ancien Zèbre, passé entre-temps à Anderlecht après un séjour à Malines. Charleroi sortit l'orchestre et les vestes de smoking. Pour une partition sans faille. Victoire 2-1 avec un éblouissant Pär Zetterberg. Sa prestation lui avait d'ailleurs valu la première place du Top-10 de Sport/Foot Magazine avec la cote de 9 et le commentaire suivant : " Il ne l'aura vraiment pas volé, son titre de Footballeur Professionnel de l'Année. Il a fourni une démonstration comme on n'en a vu que très peu cette saison ". Le lutin suédois avait, en effet, réussi la gageure d'accrocher la distinction de fin d'année au nez et à la barbe des grandes vedettes de notre compétition. Un joueur de Charleroi qui coiffait les Hans-Peter Lehnhoff, Johan Walem, Marc Degryse, Johnny Bosman, Luc Nilis, Daniel Amokachi et autre Michel Preud'homme, c'était déjà inimaginable à l'époque. " Ce qui me fait le plus plaisir, c'est d'entendre Zetterberg encore parler aujourd'hui de ces deux années à Charleroi. Il ne les a pas oubliées. C'est la preuve que l'on avait réussi notre coup en l'attirant d'Anderlecht où il évoluait en Réserves ", affirme Gaston Colson, l'ancien vice-président de Charleroi. En rebondissant dans le Hainaut, Zetterberg avait ému le monde sportif par son opiniâtreté à vaincre son diabète et à vivre son métier à tout prix. Rasquin : " Je me souviens que tous les lundis soirs, nous allions courir au bois avec le préparateur physique Michel Bertinchamps. Parfois, Pär devait s'arrêter à une maison pour demander du sucre. Dans ces moments-là, on le soutenait sans cesse. Quand on voyait son courage, on se coupait en quatre pour lui. Il avait été rejeté à Anderlecht et, à Charleroi, il a appris ce qu'était la camaraderie ". Qualités humaines mais aussi sportives. " C'était notre styliste ", ajoute Eric Van Meir, " il était petit mais très fort dans les duels. C'était un vrai meneur de jeu, par ses dribbles et la qualité de sa dernière passe. Moi, j'avais la chance de jouer juste derrière lui. Je pouvais prendre des risques et monter car je savais qu'il n'allait pas perdre la balle ". Pourtant, la maestria de Zetterberg conjuguée à l'opportunisme de Nebosja Malbasa n'avait pas permis aux Zèbres de terminer en ordre utile. Sixième. Terminus, tout le monde descend. Enfin, pas vraiment car les Zèbres devaient encore défier deux fois Anderlecht en demi-finales de la Coupe de Belgique. Avec, pour débuter, une retraite forcée à Cul-des-Sarts, de façon à ne pas disperser des troupes que l'on savait vite dissipées. " Il s'agissait d'éviter les joies ou les déceptions nées après ce match car, vous le savez, on ne vit que pour le foot à Charleroi ", se défendait Waseige dans les colonnes du Sport/Foot Magazine du 16 mai 1993. " Un mauvais résultat et l'ambiance aurait été à la morosité avant de revoir les Mauves en Coupe de Belgique. Un exploit et c'était le septième ciel ", ajoutait-il. Mais le moral était gonflé à bloc par le résultat forgé en championnat. " La victoire nous avait fait du bien ", avoue Marco Casto, " Cependant, nous n'estimions nos chances de qualification qu'à 30 % ". Propos corroborés par Rudy Moury, dans le livre du centenaire écrit par Pierre Danvoye. " Anderlecht, c'était la toute grosse artillerie. De Wilde, Crasson, Albert, Boffin, Emmers, Walem, Bosman, Nilis ! Je suis sûr qu'ils ne nous sous-estimaient pas au moment de nous défier en Coupe. Vous connaissez Philippe Albert ? Moi, bien ! Ce n'est pas le genre de type qui prenait Charleroi par-dessus la jambe ". " Tout le monde nous disait - Ils viennent d'être champions et on a vu qu'ils sont en pleine décompression ", ajoute Suray. " Mais je peux te dire, pour avoir joué trois saisons à Anderlecht, que ce n'est pas le genre de la maison de laisser filer une Coupe de Belgique quand on est au stade des demi-finales ! " Bref, la victoire en championnat avait cerné le potentiel des Zèbres mais certainement pas celui d'Anderlecht. " Il faut rappeler que cette équipe avait survolé le championnat en terminant avec 13 points d'avance sur le deuxième ", continue Casto. Le match aller se déroulait au Parc Astrid. Mais à la surprise générale, ce fut Charleroi qui joua en champion. Une première demi-heure de rêve et un score final de 1-2. " On les a dominés de la tête au pied. Ils ne savaient plus comment ils s'appelaient ", rigole Suray dont le transfert pour la capitale avait été entériné quelques semaines plus tôt. " Oui mais j'étais encore à 100 % carolo. Je l'ai toujours été d'ailleurs et je le suis encore. J'avais envie de laisser un cadeau aux supporters et au club avant de partir. Et puis, j'avais l'image de mon pote Albert qui avait réalisé un grand match avec Malines contre Anderlecht alors qu'il avait déjà signé pour les Bruxellois. Je voulais tout donner ". " On pensait qu'on allait se remettre en selle pour la Coupe mais on n'a pas réussi. Quand vous êtes démob' pendant quelques semaines, c'est difficile de retrouver toute sa volonté ", explique pour sa part Albert. Lui qui n'avait pas hésité à titiller l'amour propre de ses potes carolos. " Il nous avait chambré pendant toute l'année. On voyait qu'Anderlecht ne nous prenait pas au sérieux mais on a vu aussi que la première défaite les avait fait douter ", assure Rasquin. 1-2 après le match aller. L'euphorie commençait à gagner le Pays Noir. Mais des questions taraudaient la cité de Spirou. Pouvait-on battre trois fois Anderlecht en si peu de temps ? Blessé dans son orgueil, comment l'ogre mauve allait-il réagir ? Et surtout comment les Zèbres allaient-ils se qualifier sans leur maître à jouer Pär Zetterberg, retenu en équipe nationale de Suède, pour une première sélection ? " Jouer trois fois contre Anderlecht en dix jours, c'est déjà bizarre. Gagner une fois, c'est exceptionnel. Alors, imaginez-vous, trois fois, cela devient surréaliste ", ironise Van Meir. " La presse et le public en faisaient tout un plat ", atteste Moury. " Sans Zetterberg, nous allions nous faire bouffer. Mais Robert Waseige a directement trouvé les mots justes. Il nous a dit que le Suédois n'était qu'un pion de notre équipe et que nous étions capables de nous débrouiller sans lui ". Waseige décidait alors de corriger son système en faisant glisser Raymond Mommens du flanc gauche vers le centre. A charge de Casto de suppléer Mommens. " Waseige a fait de Mommens un électron libre qui avait la permission de se balader où il le souhaitait. Il devait emmerder Walem au maximum ", continue Moury. " Ma préparation avait été nerveuse ", dit Casto, " car je savais que j'étais en balance avec Roch Gérard ou Frédéric Jacquemart pour une place de titulaire. Finalement, j'ai été aligné ". Pendant une demi-heure, Anderlecht va assiéger le Charleroi. " On aurait pu rejoindre le vestiaire sur le score de 1-2 ou 1-3 mais Istvan Gulyas, le gardien zébré était dans la forme de sa vie ", se souvient Albert. Les Carolos résistèrent et c'est finalement le choix gagnant de Waseige, Casto, qui délivra les siens : " Non seulement, j'étais titulaire mais en plus, c'est moi qui inscrivit le 2-1. Je me souviens très bien de la sortie de défense de Suray qui lança Malbasa dans la profondeur. Celui-ci se déporta quelque peu sur le flanc et centra. J'ai repris le ballon en tackle, en devançant Crasson ". Score final 3-2 et qualification des Carolos pour la finale... qui se disputa au Parc Astrid. " Battre Anderlecht trois fois en dix jours ? Je pense que personne n'a réussi pareil exploit dans toute l'histoire du football belge. C'est évidemment une chose que l'on n'oublie pas. Et je ne pense pas que cela se reproduira de sitôt ", affirme Colson. Cette année-là, Anderlecht ne connut, sur le sol belge, que quatre défaites. Dont trois des £uvres des Zèbres ! Pareil exploit ne pouvait pas être fêté dans la mesure. " Je me souviens que nous sommes descendus de la Ville Haute à la Ville Basse sur les épaules des supporters ", rappelle Rasquin. " Nous avions été reçus dans les trois quarts des cafés de Charleroi ", insiste Suray, " Sans payer un verre ! Les cafetiers nous recevaient avec du champagne comme si nous avions gagné la Coupe d'Europe ". " On avait quand même fait une cagnotte entre joueurs ", nuance Rasquin. La fête allait durer jusqu'aux petites heures. Suray : " Pendant 48 heures, je ne suis pas rentré chez moi. Ma femme de l'époque s'inquiétait et avait essayé de me joindre. En vain car les GSM n'existaient pas ". Les litres de bière pouvaient couler à flots. " J'avais senti le coup venir. Je devais rentrer le lendemain à l'armée pour mon jour de présentation. Après le match, j'ai demandé au secrétaire Pierre-Yves Hendrickx qu'il téléphone pour annuler mon rendez-vous. Je savais qu'on allait faire la tournée des grands ducs ! ", rigole Casto. par stéphane vande velde- photos: reporters