Samedi passé, quelques heures après une ouverture de saison ratée, le stade de Sclessin ressemblait à un épouvantable champ de bataille. Il y avait des "cadavres" un peu partout: des canettes de bière ou de limonade, des gobelets entravaient les trottoirs et les égouts. Comme si cet enfer était en deuil. Triste spectacle à l'image de celui des joueurs quittant ce temple après une séance de décrassage.
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Samedi passé, quelques heures après une ouverture de saison ratée, le stade de Sclessin ressemblait à un épouvantable champ de bataille. Il y avait des "cadavres" un peu partout: des canettes de bière ou de limonade, des gobelets entravaient les trottoirs et les égouts. Comme si cet enfer était en deuil. Triste spectacle à l'image de celui des joueurs quittant ce temple après une séance de décrassage.Robert Waseige aura certainement passé leurs ambitions au karcher après l'effondrement face aux gamins du nouvel Excel sous la gouverne de Lorenzo Staelens. "La défaite contre Mouscron est inexcusable", avance Ivica Dragutinovic. Le capitaine du Standard y va fort et il n'hésite pas à dire: "Après le repos, nous avons signé la plus mauvaise mi-temps depuis que je suis au Standard. Cela ne peut plus arriver et, je le jure, cela n'arrivera plus. Si ce n'était pas le cas, nous ne serions pas dignes de ce club et de nos ambitions personnelles. J'en suis malade et je ne m'épargne pas du tout dans la critique. Je n'ai pas été bon non plus mais, par moment, j'ai quand même eu l'impression que d'aucuns furent en promenade à partir du moment où Mouscron ouvrit la marque..." Ce faux départ s'explique-t-il par un manque de fraîcheur après une solide campagne de préparation? Le changement de cap tactique a-t-il déjà été intégré par le groupe? En gros, le Standard est passé d'un 4-3-3 variable à un 4-4-2 souple. Du temps de Michel Preud'homme, les joueurs se plaignaient de l'obligation de devoir sans cesse balancer des ballons dans le camp adverse. Robert Waseige insiste plus sur la patience dans l'entrejeu mais, curieusement, les architectes liégeois ont eu les mêmes plans que la saison passée: excès de ballons en profondeur. Le penalty raté par Ali Lukunku les a-t-il perturbés à ce point-là? "Il ne faudrait tout de même pas exagérer", avance Ivica Dragutinovic. "Un coup de réparation manqué, cela arrive et il nous restait tout le match pour restaurer notre jeu. Si on lâche après cela, on ne va pas bien loin. Cela dit, Mouscron a profité de ce fait de match en y puissant du courage, un désir de bien faire et une grosse sérénité à la construction. Tonci Martic a distribué le jeu en étant de plus en plus à l'aise. Personne ne l'a mis sous pression et on sait alors que ce médian est dangereux dans les liaisons courtes mais aussi dans le jeu en profondeur, sans oublier les frappes à distance. Après la pause, Mouscron a eu le jeu en mains et cela ne peut jamais arriver à Sclessin..." En manque de grand milieu défensif? L'absence d'un véritable médian défensif peut-il expliquer cette carence dans la chasse du porteur du ballon? La saison passée, c'est à partir du moment où Didier Ernst a été balancé" que le Standard eut des soucis d'équilibre tactique dans sa ligne médiane. Le Verviétois ne sera jamais un relayeur, un constructeur ou un point d'appui mais son volume de travail était une source de richesse. A l'heure actuelle, le Standard ne lui a toujours pas trouvé de successeur et cherche probablement un grand médian défensif. Une solution interne est-elle envisageable? Joseph Enakharire et Godwin Okpara, surtout, ont peut-être le profil mais cela reste à prouver alors que le Standard n'a plus le temps de chercher durant des lunes sous peine de rater le bon wagon. "Je ne doute du potentiel de ce groupe", prétend Ivica Dragutinovic. "Il recèle suffisamment de talents pour faire la course en tête avec Anderlecht, Bruges et Genk. Et le Standard est autrement plus riche que Mouscron qui nous a pourtant donné une leçon. Je ne veux pas m'avancer: ce n'est probablement qu'un accident de parcours. Mais, attention, il y a déjà urgence et il faut se reprendre, tout de suite mettre les choses au point et réaliser un truc à Charleroi: gagner. Si on y livre une copie de la prestation signée contre Mouscron, ce qui me semble impossible, c'est qu'il y a un problème de mental".Eric Van Meir n'était pas présent face aux Hurlus en raison d'une pointe d'élongation apparue lors du dernier entraînement précédant le rendez-vous avec l'armada picarde des Detremmerie's boys. "Eric est un pilier de notre formation mais quand on dispose d'un effectif comme le nôtre, on doit pouvoir se passer ponctuellement d'Eric, de Johan, d 'Harold et d'Ivica". N'empêche que la défense liégeoise semblait être faite d'un carton-pâte même pas digne des plus mauvais décor du dernier des studios de Cinecittà. Joseph Enakharire n'a pas trouvé ses marques, Rabiu Afolabi a offert des cadeaux, notamment à Claude Bakadal qui en profita lors de sa montée au jeu. "C'est tout le groupe qui a échoué", dit Drago. "La défense en avait plein les pattes, elle ne fut pas ferme, c'est vrai, derrière une ligne médiane qui se cherchait aussi et on peut continuer jusque demain. C'était mauvais, point final et il faut tourner cette page raturée. Je m'attendais aussi à mieux, à l'image de tout le club. Peut-être que cela nous fera du bien. Dans le subconscient, on a un peu cru qu'il était normal que le Standard soit à nouveau cité parmi les équipes ambitieuses. Il faut mériter cet honneur tous les jours..."Heureux et fier de jouer en BelgiquePourtant, la campagne de préparation avait été bonne pour ne pas dire excellente. Le retour de Robert Waseige y a été accueilli dans un grand enthousiasme. "C'est évidemment un homme de métier",avance le capitaine des Rouches. "Il a un immense vécu et, à distance, j'ai été emballé par ce qu'il a fait avec la Belgique lors de la Coupe du Monde. J'ai suivi Belgique-Russie et le match contre le Brésil à la télévision. Je peux vous dire que j'étais heureux et fier de dire que je jouais dans un club belge. Je ne le connaissais pas mais j'ai découvert un entraîneur serein, posé, juste, certain de ses choix. On peut s'appuyer sur lui quand cela ne va pas. Après ce désastre contre Mouscron, il a calmement décortiqué le match. Chacun a su à quoi il devait s'en tenir et réfléchir. Je me base aussi sur le match amical contre Borussia Mönchengladbach pour me dire que nous valons tout de même autre chose que cette parodie de vendredi passé. Le Standard a secoué les Allemands qui, en matière de mental et d'engagement physique, n'ont rien à envier à personne. Nous avons peut-être un creux, un trou de mémoire comme cela peut arriver aux artistesle soir de la grande première. Le coach nous avait pourtant bien dit et répété de faire patiemment circuler la balle au niveau de la ligne médiane. Notre culpabilité est grande mais, d'autre part, j'ai été étonné par l'engagement de Mouscron, plus hargneux que nous, et par la qualité de son jeu. Les observateurs ont cru que l'Excelsior était à la recherche d'un souffle nouveau après le changement de coach et le départ vers Anderlecht d'un des deux frères Zewlakow. Les Hennuyers se sont déjà bien remis de leurs émotions de l'entresaison. Cela prouve aussi, et cela n'étonnera personne, qu'aucun match n'est jamais joué à l'avance en D1". Le G5 belge s'est peut-être mis une pression de plus sur le dos en snobant les petits clubs. Ces derniers ne se feront-ils pas un honneur de tailler des croupières aux gros cubes (Anderlecht, Standard, Bruges, Genk, La Gantoise), qui pensent d'abord à eux en exigeant, à tort ou à raison, une D1 à 14 heureux élus? Les autres veulent aussi leur petit coin de ciel bleu. Les Standardmen s'en rendront-ils compte à Charleroi qui, également en situation d'échec, tentera de grappiller quelque chosecontre le Standard? Etienne Delangre n'a-t-il pas déclaré, la défaite malinoise à peine enregistrée, que ses ouailles étaient tout à faut capables de se reprendre dès la visite du Standard au Pays de Charleroi? Qui gagnera la prochaine guerre des bassins? Le résultat de ce derby fixera mieux les ambitions et le potentiel des deux clubs Ce sera un match à couteaux tirés car une deuxième défaite sera source d'interrogationsplus basiques qu'après le tour de chauffe. C'est dire si cette joute vaudra le coup d'oeil. "En D1, personne ne peut snober son opposant car c'est du suicide", raconte Ivica Dragutinovic. "Le succès de Lokeren à Genk le prouve tout autant que notre faux départ contre Mouscron. A Genk, le titre pèse lourd. Moi, ces résultats m'autorisent à prétendre que le championnat est plus ouvert, donc plus intéressant, qu'on ne le dit parfois. Si les grands n'avaient qu'à paraître pour s'imposer, ce ne serait pas intéressant. Charleroi a aussi fait sa mue, comme Mouscron. Oui, il y a eu des départs, mais les Zèbres ont notamment engagé Alexandre Kolotilko et IbrahimKargbo. C'est de la qualité et je suppose que leur coach, Etienne Delangre, a le feu sacré pour ses débuts en D1. Autrement, ce ne sera pas facile mais on a les moyens d'imposer notre loi. C'est un constat, une ambition mais aussi une obligation. Enfer ou pas, derby ou pas, cela m'est égal: le Standard doit être le Standard, c'est-à-dire autoritaire, à Charleroi". En attendant Anderlecht Huit jours plus tard, les Rouches recevront leur vieil ennemi mauve à Sclessin. Un début de saison à faire trembler ceux qui sont envahis par le doute. "Ou à décupler l'ambition de ceux qui n'ont pas peur...", rétorque tout de suite Ivica Dragutinovic qui ne connaît pas la peur. "Mais à chaque journée suffit son match. Anderlecht, c'est pour plus tard. Je ne me préoccupe que de Charleroi. La meilleure préparation pour la venue d'Anderlecht passe d'abord par de bonnes choses chez les Zèbres". Pour la première fois depuis belle lurette, l'été a été calme à Sclessin. On n'y a pas jeté de joueurs dans la Meuse avant de faire tous les marchés du monde. Le stade a été requinqué avec, notamment, une entrée principale vraiment jolie. Mais ce calme est-il un facteur de progrès? Un ou deux renforts judicieux n'auraient-ils pas été les bienvenus au sein de cette phalange? "C'est un thème de réflexion qu'il ne m'appartient pas de développer", dit Drago. "Le coach est là pour cela. Mais je constate que tout est plus facile quand tout le monde se connaît. C'est le cas en ce qui nous concerne: on ne recommence pas à zéro. J'y vois personnellement un signe de stabilité, de confiance de tout le staff technique à notre égard mais nous devons en être dignes. On ne jette jamais rien en football. Pour la saison passée, malgré notre résultat d'ensemble négatif car nous n'avons pas obtenu de qualification européenne, je retiens la motivation qui fut la nôtre contre les stars du championnat et cela nous avait permis de réussir des trucs contre Anderlecht. Cela, il faut le garder et Robert Waseige a l'art d'aiguiser le mental d'un joueur. Il faut préserver cet acquis et l'ajouter à un concept tactique qui nous convient et ne changera pas. Si cela ne suffit pas, je suppose que la direction prendra des décisions et ceux qui ne seront pas à la hauteur le sauront vite.L'ambiance est formidable. Mais il faut des résultats pour l'entretenir..."Capitaine Drago a été cité sur le marché des transferts. Marseille et des clubs de la Bundesliga se sont intéressés à lui mais il se concentre sur le Standard. Le 21 août, il répondra avec plaisir à une invitation de Dejan Savicevic, le coach national yougoslave, afin de prendre part à un match amical contre la Bosnie-Herzégovine à Sarajevo. Un moment important dans le cadre de la réconciliation entre ces deux pays. Après, il devrait prendre part aux matches de qualification pour l'EURO 2004. Drago est ambitieux: "Je le suis depuis toujours, alors une défaite comme celle contre Mouscron, cela me reste sur l'estomac: c'était indigeste..." Pierre Bilic"La défaite contre Mouscron est inexcusable" "La meilleure préparation pour la venue d'Anderlecht passe par Charleroi"