Ce 1er septembre, Anfield Road a honoré une légende. Née il y a 100 ans, morte il y a 34. Et pourtant, ils étaient 40.000 dans le stade et des millions à travers le monde à lui rendre hommage.
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Ce 1er septembre, Anfield Road a honoré une légende. Née il y a 100 ans, morte il y a 34. Et pourtant, ils étaient 40.000 dans le stade et des millions à travers le monde à lui rendre hommage. BillShankly est le genre de mec qui vous change le destin d'un club mais pas que. C'est tout un sport qui s'élève. Parce qu'il y a des paroles dont les effets ne s'évanouissent jamais. La " tchatche " pour gagner des matchs. Parce que simples, sincères, visionnaires, révolutionnaires, ambitieuses sans être prétentieuses. Le vestiaire de Shankly était un sanctuaire qui rendait le terrain de jeu au bout du couloir lui aussi inviolable. Le panneau au-dessus de l'escalier qui mène à la pelouse : " This isAnfield ", c'est lui qui l'a posé. C'était le : " onestcheznous " de l'époque. Sauf qu'à l'époque, c'était un sentiment sincère et profond parce que pas encore abîmé par le roi pognon. Par le désenchantement du temps présent. L'amour du maillot n'était pas que des mots de circonstances, une " bibise " sur l'écusson après un but. Quand il se présentait à un joueur qu'il voulait acquérir, il disait : " Je m'appelle Bill Shankly Liverpool Football Club ". Le joueur signait. Il devenait un membre de la famille. Quand Shankly arrive à Liverpool, le terrain d'entraînement est un désastre et même pas un tuyau pour l'arroser. La première chose qu'il demande, ce n'est pas des renforts. Non. Il fait débloquer 3000£ pour le terrain. Liverpool est une équipe anonyme de D2, avec des joueurs convaincus qu'ils resteront, eux aussi, anonymes. Il les convainc que s'ils gagnent des matches malgré un terrain d'entraînement pourri, c'est qu'ils sont très bons. C'est le début de l'ambition. La légende est en marche. Liverpool finira par remonter en Division1. Nous sommes en 1962. Il faut d'abord redevenir les maîtres de la ville. Everton est champion en 1963. Liverpool le sera en 64. Deux ans, à peine, après sa remontée. En 65, finale de la FA Cup. Le car se dirige vers Wembley, les joueurs sont intrigués parce qu'un car vide les suit. Réponse de Shankly : " C'est au cas où celui-ci tomberait en panne ". Une heure plus tard, dans le vestiaire : " Messieurs, vous êtes les meilleurs. Les joueurs de Leeds sont déjà heureux et honorés de partager la même pelouse que vous ". La Cup revient chez les Reds. Donner la foi avec toujours l'humour à portée de discours. Avec sa gueule à la JamesCagney, un nez comme une patate, des arcades comme des pare-chocs et des lèvres qui passent de la menace à la grimace sympathique. Shankly, on le croyait, on le suivait au bout de ses convictions. Toujours. Comme quand il inventa le stretching avant l'heure, le " kway " pour éviter de refroidir, la préparation physique spécifique. Bien avant le FergieTime, il y a eu le ShanklyTime. Liverpool marquait beaucoup dans les 10 dernières minutes. Quand les autres cuvaient leurs dernières gouttes d'alcool, ses joueurs ventilaient, planaient et s'enivraient de victoires. Ferguson-Shankly, deux légendes, le premier s'est beaucoup inspiré du deuxième. Quand il coachait Aberdeen, Sir Alex faisait écouter des enregistrements de Shankly dans le bus avant les matches. Shankly était un précurseur parce que mêlé d'humilité et de certitudes. L'humilité de s'inspirer du foot latin. Ses entraînements, c'était beaucoup de contrôle-passe. Simple comme le discours. Revenir à l'essentiel, mais jamais dans le banal. A l'image de ces quelques savoureuses vérités qu'il nous a offertes : " Le foot est un jeu simple rendu compliqué par des gens qui n'y connaissent rien. " " L'âme d'un club, c'est l'entraîneur, les joueurs et les supporters. Le président n'est là que pour signer les chèques. " " La pression c'est être au chômage ou aller à la mine. Le foot, c'est une récompense ". " Le foot n'est pas une question de vie ou de mort. C'est bien plus que cela ".C'est vrai. C'est, par exemple, l'éternité. Celle de Bill Shankly.?FRÉDÉRIC WASEIGE" Le foot n'est pas une question de vie ou de mort. C'est bien plus que cela. "