"On choisit ses copains, rar'ment sa famille ", chantait Renaud dans Mon Beauf. A ce niveau, avec un père international de handball et un grand-père maternel Diable Rouge (l'ex-joueur du FC Liégeois, Gérard Sulon), le nageur liégeois Yoris Grandjean a eu de la chance. Il serait toutefois injuste d'expliquer ses titres de champion du monde et d'Europe juniors par le seul facteur génétique.
...

"On choisit ses copains, rar'ment sa famille ", chantait Renaud dans Mon Beauf. A ce niveau, avec un père international de handball et un grand-père maternel Diable Rouge (l'ex-joueur du FC Liégeois, Gérard Sulon), le nageur liégeois Yoris Grandjean a eu de la chance. Il serait toutefois injuste d'expliquer ses titres de champion du monde et d'Europe juniors par le seul facteur génétique. Il n'est pas rare, en natation, que les gamins ou gamines prometteurs décrochent au moment où les études s'intensifient. Voici un peu plus de trois ans, André Henveaux, entraîneur de Liège Natation depuis pas mal d'années, se rendit compte qu'il possédait en ses rangs un véritable talent capable d'aller beaucoup plus loin. Yoris n'avait que 14 ans mais son évolution physique (de grandes mains et de grands pieds) et sa flottabilité constituaient autant de signes encourageants. " De plus, Yoris est un tigre ", disait à l'époque déjà Henveaux qui, jusque-là, avait surtout entraîné d'excellents nageurs et nageuses de demi-fond. Après avoir trusté titres et records dans les championnats nationaux de jeunes, Yoris a rapidement démontré qu'il avait effectivement la carrure internationale. A ce niveau, les tableaux de records sont très rares mais, lorsqu'il remporta trois médailles d'or et une de bronze à l' European Youth Olympic Festival, une compétition placée sous l'égide du CIO, le doute n'était plus permis. A la lecture d'un article que Sport/Foot Magazine lui avait alors consacré, un mécène belge installé en Suisse prit contact avec la rédaction afin d'en savoir un peu plus encore sur les qualités, les ambitions et les besoins de ce jeune athlète. Il se promit de faire en sorte qu'il ne manque de rien afin de prouver qu'il ne faut pas nécessairement de gros moyens pour réussir en sport. Et aussi pour démontrer que le comité olympique et sa horde de sponsors pourraient aider aussi bien qu'un privé... à condition que l'argent soit utilisé, prioritairement, à la couverture des besoins des athlètes. Cet homme ne sortira de l'anonymat que lorsque Yoris décrochera un podium chez les seniors. Après un hiver 2005-2006 quelque peu chahuté, Yoris s'est remis de plus belle au travail pour truster les titres européens et mondiaux. Ceux qui l'attendaient au tournant, " les jaloux ", comme il les appelle, en furent pour leurs frais. " J'ai effectivement connu un hiver difficile : je dormais trop peu et j'étais sans cesse malade ", explique-t-il. " J'ai ainsi raté la participation à l'épreuve de Coupe du Monde de Stockholm, qui aurait dû être ma première grande compétition chez les seniors et je me suis dit qu'il était temps de tirer la sonnette d'alarme ". En quelques mois, le résultat fut spectaculaire : en juillet 2006, à Palma, il remportait le 100 m. nage libre des Championnats d'Europe juniors en 50''89 et décrochait le bronze sur 50 m. nage libre en 23''18. Six semaines plus tard, il était sacré double champion du monde sur ces distances (22''74 et 50''32) et vice-champion du monde sur 200 m. nage libre. Entre-temps, il avait également participé à son premier Championnat d'Europe seniors sur 200 m. nage libre, sa moins bonne distance. Après être parti à fond, il avait craqué dans la dernière longueur pour terminer loin des meilleurs. " De toute façon, cette compétition n'entrait pas dans mes objectifs ", décrète-t-il. A 17 ans, Yoris se donne le temps de devenir grand. Il ne devrait atteindre la plénitude de ses moyens qu'entre 2010 et 2012. Entré dans le Top 50 mondial, il sait qu'il doit encore gagner deux secondes sur 100 m pour faire partie des meilleurs. Il lui reste pourtant encore un an de compétition chez les juniors, avec un Championnat d'Europe 2007 qui aura lieu à Anvers. Mais l'année prochaine sera également celle des championnats du monde seniors à Melbourne. Avec, à la clef, une qualification pour les Jeux Olympiques de Pékin. " Avant de penser aux objectifs que je me fixerai, laissez-moi le temps de souffler quelques semaines et de reprendre les entraînements ", insiste Yoris qui, la semaine dernière, s'est envolé pour un premier stage en altitude de trois semaines en Sierra Nevada. Au menu, des entraînements pas piqués des hannetons puisqu'il a nagé 39 km au cours des deux premiers jours... PATRICE SINTZEN