Jadis, les supporters de Tottenham chantaient : " Soldado, he came from sunny Spain, to play at White Hart Lane. " C'est devenu : " Soldado, he came from sunny Spain, to train with Harry Kane. " Les fans des Spurs ont adopté l'attaquant de 21 ans. Cet amour est réciproque. Harry Kane a déjà déclaré : " Je serais très heureux d'être encore ici dans dix ans. Je veux vraiment jouer longtemps pour Tottenham. "
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Jadis, les supporters de Tottenham chantaient : " Soldado, he came from sunny Spain, to play at White Hart Lane. " C'est devenu : " Soldado, he came from sunny Spain, to train with Harry Kane. " Les fans des Spurs ont adopté l'attaquant de 21 ans. Cet amour est réciproque. Harry Kane a déjà déclaré : " Je serais très heureux d'être encore ici dans dix ans. Je veux vraiment jouer longtemps pour Tottenham. " Harry Kane, né à Chingford, une banlieue londonienne, est issu d'un nid des Spurs. La demeure familiale se trouvait à moins de dix kilomètres de White Hart Lane et la famille assistait souvent aux matches de Tottenham. Harry a commencé à jouer au club local, les Ridgeway Rovers, où David Beckham et Andros Townsend, devenu le coéquipier de Kane à Tottenham, ont également entamé leur carrière. Il voulait devenir... gardien. Puis, un jour, il a demandé à être testé à l'avant et on a découvert l'ampleur de son potentiel à ce poste. Il n'a pas échappé à Arsenal non plus. A huit ans, il a rejoint les Gunners, ce qui n'était pas évident pour un adepte des Spurs. Récemment, une photo de lui en maillot d'Arsenal a refait surface. " J'aurais préféré porter le maillot des Spurs sur cette photo mais que voulez-vous : j'avais huit ans et tout ce que je voulais, c'était jouer au football. A onze ans, j'ai quand même rejoint Tottenham, pour lequel je me produis depuis dix ans. " Le garçon n'a pas vraiment brillé en équipes d'âge de son club. Alex Inglethorpe, ancien directeur de l'académie des jeunes, le décrit ainsi : " Ses mouvements étaient bizarres, un peu mous. Parfois, on décelait quand même ses aptitudes techniques. Le plus frappant, c'était son amour du travail. Il se battait littéralement pour chaque ballon. Harry investissait en lui-même jour après jour. " Tom Colomosse, qui suit Tottenham pour The Evening Standard, sait pourquoi il est si travailleur : " Harry sait qu'il n'est pas le plus talentueux mais il est patient. Après chaque entraînement, il s'attardait sur le terrain pour affûter son tir au but. " A 17 ans, il est prêté à Leyton Orient, en League One - la D3 anglaise. Il inscrit 9 buts en 19 joutes, ce qui lui vaut une place dans le noyau A de Tottenham la saison suivante mais il est confronté à une concurrence trop rude, en Emmanuel Adebayor et Jermain Defoe. Le club le case, de même qu'un autre produit du cru, Ryan Mason, à Milwall, en Champion-ship (D2). Il y fait impression. Ses buts préservent l'ancien club de Bob Peeters de la relégation. Il est meilleur élu jeune joueur de la saison. Après deux autres locations moins brillantes, à Norwich City puis à Leicester City, la presse britannique se demande s'il ne risque pas de rester un éternel espoir. Il ne peut s'imposer à Tottenham et ses coûteux transferts, comme Roberto Soldado. André Villas-Boas puis Tim Sherwood, l'adjoint qui succède au Portugais, renvoyé, ne le jugent pas prêts pour l'élite. Ce n'est qu'à la fin de la saison passée qu'il a reçu sa première véritable chance. Il a été titularisé contre Sunderland. Il en a remercié le coach d'un goal et a encore trouvé le chemin des filets lors des deux matches suivants. Au début de cette saison, sous la férule du nouvel entraîneur, Mauricio Pochettino, rebelote : Kane fait banquette et doit se contenter de quelques entrées au jeu. Le revirement se produit fin octobre, contre Asteras Tripolis, dans un match de poule d'Europa League. Kane est titulaire et inscrit trois des cinq buts de la victoire 5-1. C'est toutefois à la 87' qu'il se met vraiment en évidence, quand Hugo Lloris, le gardien de Tottenham, est exclu. Sans hésiter, Kane enfile les gants du gardien et prend sa place dans le but. No problem : après tout, n'a-t-il pas déjà été gardien ? Deux minutes plus tard, hilarité générale : il doit se retourner. On le lui pardonne. Kane est lancé. La semaine suivante, d'un superbe coup franc à la 90', il offre la victoire aux siens contre Aston Villa. Peu après, il est enfin titularisé en PremierLeague, contre Stoke City. Il ne quittera plus l'équipe. Sa contribution à la victoire 5-3 contre Chelsea le jour de l'An - deux buts et deux assists - n'est qu'un premier haut fait. Chris Miller, un blogueur observateur attentif de Tottenham, écrit : " Nul n'aurait pensé qu'il pourrait signer pareille performance contre Chelsea, qui possède une des meilleures défenses du monde. " Chris Hughton, qui a entraîné Kane à Norwich City, renchérit : " C'est un finisseur, un gars qui marque facilement. Ça, tout le monde le savait, mais il a acquis une nouvelle dimension. On sent qu'il a mûri. Il n'a jamais été aussi rapide, aussi fort. Bien que Pochettino et ses coaches précédents l'aient aidé, il ne doit de facto son évolution qu'à une seule personne : lui-même. " Les supporters sont fous de lui, ils le considèrent comme un des leurs. Tom Colomosse : " Il n'est pas bling bling, juste un garçon normal. C'est ce qui fait sa force aussi. En plus, il est un produit du cru, ce qui accroît encore sa popularité. Le match contre Asteras Tripolis a provoqué un déclic pour lui comme pour les supporters. Ceux-ci ont trouvé génial qu'il ose comme ça se planter dans le but, sans réfléchir, dans les dernières minutes de jeu. " Et Chris Miller d'ajouter : " Il reste humble et travaille comme un cheval. Il court en moyenne douze kilomètres par match. Il n'a jamais de problèmes avec les arbitres car il ne discute jamais. Il est très courtois. Il était capitaine des U18 et il a donc appris à assumer ses responsabilités. " Chris Hughtone confirme : " Il garde les pieds sur terre, il n'est absolument pas flashy. Il rêvait de devenir le numéro neuf de Tottenham et il réalise son ambition. C'est un joueur-maison, ce qui engendre une certaine pression mais il ne se laisse pas désarçonner. " La presse britannique compare désormais Kane à Jürgen Klinsmann, qui a joué pour le club londonien en 1994-1995 et en 1997-1998. L'attaquant allemand était réputé pour son labeur. Tom Colomosse décèle aussi des analogies avec un autre avant : " Kane me fait penser à Zlatan Ibrahimovic quand il jouait à l'Ajax et à la Juventus. Il est costaud, intelligent et il sent où se trouvent les autres joueurs. Pour moi, il est un vrai numéro neuf, même s'il est également capable de jouer au dix. Lui-même répète que son modèle, c'est Teddy Sheringham. Kane se meut avec la même intelligence. Teddy s'appuyait davantage sur son intuition et était souvent à la bonne place. Harry ajoute la puissance et la vitesse à ces qualités. " Chris Hughton trouve excessive la comparaison avec Ibrahimovic. " Je comprends pourquoi d'aucuns voient en lui un nouvel Ibra. Il trouve des solutions alors que ça paraît impossible. Mais en fait, Kane rassemble les qualités de plusieurs footballeurs. Il a par exemple le sens du but et le tir d'Alan Shearer. On le compare à juste titre à Sheringham mais je trouve Harry plus mobile que Teddy. " Jürgen, Ibra, Alan ou Teddy, Pochettino n'est en tout cas pas surpris par l'éclosion de son attaquant cette saison. " Non car je ne place jamais de plafond à un joueur. S'il peut marquer vingt buts, pourquoi pas trente ? Le seul problème qui pourrait survenir serait qu'il se croie arrivé et pense n'avoir plus de marge de progression. Il faut à tout prix qu'il conserve sa mentalité et sa rage de vaincre. " Cela ne devrait pas poser de problème car début février, Kane a été récompensé par un nouveau contrat, à la hausse et valable jusqu'en 2020. D'ici là, on ne parlera peut-être plus de White Hart Lane mais de White Hart Kane...PAR JEROEN JACOBS, STEVE VAN HERPE & ROMAIN VAN DER PLUYM - PHOTOS: BELGAIMAGE" Harry sait qu'il n'est pas le plus talentueux mais il est patient. " Tom Colomosse, journaliste du Evening Standard