Notre ferme

Yannis Anastasiou (44 ans) : Mon frère et moi étions souvent à pied d'oeuvre dans la ferme de nos parents. Nous transportions des caisses d'oranges, qui devaient être stockées dans un espace de rangement. Nous habitions à Arta, un petit village dans l'ouest de la Grèce. Là-bas, et dans les villages des alentours, il était de coutume que les enfants donnent un coup de main à leurs parents. Nous n'avons jamais rien fait d'autre.
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Yannis Anastasiou (44 ans) : Mon frère et moi étions souvent à pied d'oeuvre dans la ferme de nos parents. Nous transportions des caisses d'oranges, qui devaient être stockées dans un espace de rangement. Nous habitions à Arta, un petit village dans l'ouest de la Grèce. Là-bas, et dans les villages des alentours, il était de coutume que les enfants donnent un coup de main à leurs parents. Nous n'avons jamais rien fait d'autre. La vie était dure pour nos parents. Parfois, nous n'avions pas le matériel adéquat pour protéger les oranges du froid. Il arrivait que les fruits pourrissent, dans ce cas, les conséquences financières se faisaient sentir. Nous ne roulions pas sur l'or et, enfant, je ne pouvais pas tout me permettre. Mais je ne demandais pas l'impossible. Un ballon suffisait à mon bonheur. Pour moi, Dimitris Saravakos est le meilleur footballeur grec de tous les temps : rapide et rusé, il avait l'instinct du buteur. Il a joué la Ligue des Champions avec le Panathinaikos et il a aussi défendu les couleurs de l'équipe nationale. J'avais un poster de lui dans ma chambre, à la ferme. Je me suis senti très honoré de pouvoir collaborer avec lui lorsque je suis devenu l'entraîneur du Panathinaikos. A l'époque, il en était le coordinateur. Aujourd'hui, lorsqu'un Grec gagne 100 euros, il doit en céder 82 aux contributions. Mais il est impossible de vivre avec 18 % de son salaire. Il est donc logique que les gens essaient de frauder le fisc. Tout le monde a l'impression de travailler pour l'Etat, alors que ce même Etat ne rend rien en retour. Dans les hôpitaux publics, on n'est pas bien soigné. Lorsqu'on tombe malade, on essaie donc d'être admis dans une clinique privée. Mais cela coûte beaucoup plus cher. Les Grecs rendent les politiciens et l'Union européenne responsables de la crise, mais j'estime que chacun devrait aussi faire son autocritique. Jadis, les Grecs ont toujours pris la vie du bon côté, ils ne se souciaient de rien. Lorsqu'on avait les bons contacts, on parvenait toujours à s'en sortir. Quand on a été habitué à cette vie-là, c'est compliqué de vivre autrement aujourd'hui. Je conseillerais de visiter Olympie, le lieu où se sont déroulés les premiers Jeux olympiques. Lorsque je m'y rends, j'essaie toujours d'imaginer comment les épreuves ont pu se dérouler. Il y a aussi de beaux endroits à visiter dans le Nord, comme Ioánnina, Salonique, Xanthi et Drama. La culture et l'histoire de la Grèce sont phénoménales. On pourrait en discuter à satiété. Mais le pays a aussi traversé des périodes plus difficiles, comme lors de l'occupation turque. Les hommes politiques estiment aujourd'hui qu'il vaudrait mieux ne pas évoquer cette période plus sombre de notre histoire à l'école, car cela risquerait d'exacerber les tensions parmi les jeunes. Mais moi, on m'a parlé des Turcs à l'école et cela ne m'a pas empêché d'avoir aujourd'hui de nombreux amis turcs. Dans toutes les sociétés, il y a de bonnes et de mauvaises personnes. Lorsqu'ils se rendent au supermarché, les Belges n'achètent que ce dont ils ont besoin pour les deux prochains jours, alors que les Grecs font directement leurs provisions pour deux semaines. Ici, lorsqu'on va dîner, on reçoit une assiette avec le plat que l'on a commandé. En Grèce, on remplit toute la table. Mais, en tant qu'étranger, on doit s'adapter aux coutumes du pays. Parfois, la culture des uns peut déteindre sur celle des autres. Je me souviens que, lorsque je jouais en Grèce, j'avais l'habitude d'aller prendre un café avec mes coéquipiers. Mais à Anderlecht, chacun rentrait directement chez soi après l'entraînement. Il y avait deux autres Grecs au Sporting, Christos Kostis et Nikos Kounenakis, et nous nous rendions régulièrement au Green Park, la taverne située en face de l'entrée principale du stade. Nous avons rapidement reçu la compagnie d'autres joueurs des Balkans comme Oleg Iachtchouk et Alin Stoica. Plus tard, Tomasz Radzinski, Didier Dheedene, Bart Goor et Glen De Boeck sesont joints à nous. Cela a créé des liens évidents, nous formions une véritable équipe. KRISTOF DE RYCK