Les Carolos et Nasredine Kraouche s'accrochent à leur nuage. Troisièmes au virage de décembre, ils avaient tout à craindre des premières semaines de l'année.
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Les Carolos et Nasredine Kraouche s'accrochent à leur nuage. Troisièmes au virage de décembre, ils avaient tout à craindre des premières semaines de l'année. L'état d'esprit positif allait-il se transformer en poids des responsabilités ? Il est encore un peu tôt pour affirmer que la machine mise au point par Jacky Mathijssen est comparable à celle que Robert Waseige pilota vers la finale de la Coupe de Belgique en 1993. Les similitudes sont cependant nombreuses : défense en acier, ligne médiane appliquée, devoirs tactiques accomplis avec soin, patience, collectif impressionnant, bonne gestion du banc, intelligence de jeu, excellente lecture des événements, maîtrise des émotions, etc. Tout cela a été confirmé à La Louvière, en Coupe de Belgique à Sclessin et lors de la chaude réception réservée au Standard, samedi passé, au stade du Pays de Charleroi. Dans le concert de louanges méritées, on notera toutefois, sans jouer aux rabat-joie, que les Zèbres n'ont pris qu'une paire de points lors de leurs deux derniers matches de championnat. " Oui mais c'était face à deux équipes en vue de la D1, au Tivoli et face au Standard ", répliqua justement Jacky Mathijssen. " Même si je rêvais de gagner contre les Liégeois, devant 20.000 spectateurs, ce n'est pas mal ". Muette lors de ses deux dernières sorties en championnat, l'attaque devra être plus concrète à Westerlo afin d'être à hauteur du brio défensif des Carolos. Nasredine Kraouche, homme en vue de la ligne médiane des Zèbres, fait le point. Nasredine Kraouche : C'est agréable. Ayant signé à Charleroi après le début de la saison, je m'attendais plus à trouver mon rythme de croisière durant le deuxième tour. La blessure de Majid Oulmers a précipité le cours des choses en décembre. J'ai tenté de justifier les espoirs placés en moi. J'étais sur le banc face au Lierse et j'ai ensuite pris part à cinq matches et marqué deux buts, au Brussels et à Lokeren. Ma mission de milieu offensif consiste à soutenir les attaquants, à être percutant quand c'est possible. Physiquement, ce ne fut pas toujours évident après des mois sans compétition, mais j'avance, je vais de l'avant dans un climat de confiance. Quand Jacky Mathijs- sen m'a lancé au combat, son discours a été simple : -Nous allons utiliser tes qualités. Et c'est, dans le fond, le résumé de ce qui se passe à Charleroi. Ce groupe exploite ses points forts et cache très bien ses défauts. Cela complique l'analyse de nos potentialités par les coaches adverses. Dès lors, cela nous donne souvent un avantage. Rien n'est dû au hasard dans ce que ce groupe vit. Charleroi avait la réputation d'être une pétaudière quand je jouais à Gand. Les crises en tous genres étaient permanentes. Or, j'ai découvert un groupe composé de très bons joueurs souvent sous-estimés. Jacky Mathijssen a tout transformé : le déclic, c'est lui. Il a installé un climat de confiance, il prépare remarquablement l'équipe. Assez bien. Tous les deux ont le souci de créer un cadre tactique qui convient à tous les joueurs. Je n'avais jamais vu un entraîneur de la qualité de Trond Sollied. Au début, il nous a étonnés. Tout passait par son système, rien que le 4-3-3 que nous rodions sans cesse. Peu importait l'adversaire : Gand avait son schéma et s'y tenait. A chaque instant, peu importait le problème, nous savions que faire. C'est une force terrible. Poussé à l'extrême, il n'y avait qu'un défaut. Gand manquait parfois d'imagination, de créativité dans son jeu. Jacky Mathijssen a, lui aussi, semé un climat de confiance. Tout est rodé, huilé, préparé avec soin. Jacky Mathijs- sen prévoit tout. Au Standard, en Coupe de Belgique, nous n'avons pas égalisé par hasard. C'était mérité. Charleroi a été assez solide pour redresser la barre en fin de match après le but liégeois. Avant l'exercice des tirs au but, il a été très convaincant : -Nous avons le meilleur gardien de but de D1. Même si Nas loupe le sien, on va gagner. C'est exactement ce qui s'est passé. Charleroi n'est certainement pas une équipe défensive. Nous sommes bien organisés, c'est différent. Au Standard, en Coupe de Belgique, nous avons eu au moins trois grosses occasions dont celle d'Izzet Akgül qui a percuté le montant de la cage de Vedran Runje. Charleroi, c'est une toile bien tissée, un jeu frais, bien élaboré, des joueurs qui sont toujours prêts à s'entraider. Ce collectif demande beaucoup de travail. Nous sommes concrets et solidaires. On dit parfois que Charleroi a de la chance cette saison. Peut-être, c'est arrivé, mais la chance ne sourit qu'à ceux qui veulent retourner le cours des choses. Au Standard, j'ai tenté quelque chose à 1-0 car nous savions tous que c'était encore possible. Toni Brogno en a profité, en finalité, afin d'égaliser. Une équipe uniquement défensive ne trouve pas de solution dans de telles circonstances. Pas seulement. Ils ont participé à l'£uvre commune comme les autres. Ibrahim Kargbo a sorti Sergio Conceiçao du match, c'est évident. Le Portugais ne s'attendait pas à rencontrer un adversaire direct de cette dimension. Ibrahim a bouffé Sergio Conceiçao à Sclessin car le coach l'avait persuadé qu'il y arriverait. Museler ce joueur, ce n'est pas être défensif mais simplement prendre ses précautions. Bertrand Laquait a été fidèle à sa réputation au Standard, c'est-à-dire très bon : Bebert, c'est ce qui se fait de mieux. Il est évidemment une des clefs de voûte de Charleroi. En D1, une bonne défense, c'est une assurance. Il est important de garder le zéro au marquoir. On sait aussi qu'on n'aura pas 36 occasions et qu'il faut être concret à la finition. Charleroi l'est... Son rôle est immense. Il dégage un charisme incroyable. Mais notre gardien de but ne se la joue pas, ne roule jamais des mécaniques. C'est d'abord la simplicité. Il arrive que des joueurs aient des craintes avant de se retrouver face à Aruna Dindane et d'autres stars de la D1. Bebert les calme d'un simple regard. Vu son prestige, sa popularité et sa cote, il pourrait pourtant tirer la couverture à lui, s'offrir les plus beaux lauriers. Son talent en fait un joueur à part. C'est tellement évident. Bebert reste Bebert, le meilleur en D1. Il fonctionne autrement dans sa tête. Il a autant de classe dans le vestiaire que sur le terrain. Mais Charleroi, ce n'est pas que Bebert. Il y a un ensemble bien en place : le coach, le staff technique, chaque joueur, le public, etc. Frank Defays livre probablement sa meilleure saison à Charleroi. Il m'impressionne par sa sérénité, met bien le nez à la fenêtre. Thierry Siquet a du métier à revendre. Son calme et son métier sont prépondérants. Badou Kéré est le meilleur joueur du groupe. Je me demande pourquoi les géants de D1 ne s'intéressent pas à lui. Quel était l'image de marque de Badou ? Collectionneur d'erreurs, de cartes jaunes et rouges ? Jacky Mathijssen l'a déplacé de la ligne médiane vers le c£ur de la défense et il s'est transformé, s'est calmé, a pris conscience de l'importance de ses atouts. Un coup de maître. Ibrahim Kargbo peut jouer dans l'axe ou sur le flanc. Il a désormais beaucoup de maturité. A gauche, Loris Reina répond toujours présent sans faire de chichis. Fabrice Lokembo, auquel je pense beaucoup depuis ses soucis cardiaques, peut également faire son trou dans cette zone du terrain. Laurent Ciman a tout l'avenir devant lui. Le bloc défensif ne peut pas être différencié du reste de l'équipe. Il n' y a pas trois compartiments mais une équipe. Charleroi soigne toujours la relance. Nous l'avons notamment prouvé au Standard. Charleroi n'est pas une équipe de bourrins. Elle ne doit rien à personne. Il y a du talent à revendre dans ce groupe. Si nous nous contentions de trouver au plus vite la profondeur, de dégager n'importe comment et de parer au plus pressé, Charleroi ne serait qu'une équipe défensive ou de contres. Or, ce n'est pas le cas, il y a toujours un souci de construction et cela se voit au départ de la défense. Elle ne fait pas n'importe quoi et soigne la relance, transmet de bons ballons à la ligne médiane. Si l'adversaire sous-estime Charleroi, c'est une erreur. Il est très à l'aise devant la défense, calibre le jeu, distille de bons ballons en profondeur, joue juste et bien en étant sans cesse au bon endroit. Sébastien Chabaud est un magnifique régulateur. Laurent Macquet apporte sa richesse technique. C'est notre Zizou. Sa maturité nous fait toujours un bien fou. Il a l'art de garder la balle, d'éteindre les incendies, de trouver les liaisons avec l'attaque. Majid Oulmers est déroutant, surprenant, percutant. Sa blessure est survenue à un mauvais moment mais son potentiel est tel qu'il sera de plus en plus fort. Grégory Christ est du même acabit. Ses crochets sont désormais connus partout en D1. Il peut affoler les meilleures défenses et joue û c'est rare û aussi bien des deux pieds. La jeunesse de Thibaut Detal est prometteuse. Toni Brogno est adroit et terriblement efficace. Il sait profiter d'une demi-occasion. A Sclessin, il n'a pas tremblé. Or, c'était la dernière opportunité à l'ultime moment du match. D'autres auraient été pétrifiés par ce ballon chaud. En face de lui, il y avait un grand gardien de but : Vedran Runje. Toni Brogno l'a ajusté comme le fait un tireur d'élite. Il exerce une grosse pression mentale sur l'adversaire. Avec lui, on sait que cela peut être explosif à chaque moment. En 1999-2000, il a été meilleur buteur de D1. Cela lui a valu un transfert en France, à Sedan. Même si tout ne fut pas simple pour lui, il a mûri en quatre ans. Celui qui se trouve face à lui ne rigole pas. Toni n'est pas le plus rapide mais il sent tellement bien le football. Ce n'est pas mon impression. Izzet Akgül vit un truc magnifique. Il débarque en D1 et a déjà un nom. C'est un joueur terriblement costaud qui va au contact, ne craint personne. Il a l'art d'épuiser les défenses adverses. Et quand il frappe, c'est cadré. Au Standard, il a tenté un ballon de loin, tiré sur le poteau. Il peut être soutenu par Orlando. Le Brésilien est très fort, lui aussi. Au Standard, une phase de jeu a résumé son style : il est parti de notre camp et a porté le danger, tout seul, devant le but de Runje. On peut compter aussi sur Steeve Théophile. A mon avis, cette équipe ne se pose pas de questions existentielles. Elle vit tranquillement son bonheur. Elle a découvert ses qualités. Et quand, en plus, le groupe reste modeste et bien organisé, tout est du pur bonheur. Pierre Bilic" BADOU KÉRÉ EST LE MEILLEUR joueur du groupe " " Charleroi n'est PAS UNE ÉQUIPE DE BOURRINS " " Cette équipe VIT TRANQUILLEMENT SON BONHEUR "