Le tennis est une chouette discipline pour faire du sport durant l'intersaison de notre sport. Et pas seulement parce qu'il entretient la condition physique footeuse, sur base apparentée d'endurance/résistance/vitesse, mais surtout parce qu'il remet les idées en place. Le footballeur sort d'une saison de sport collectif, durant laquelle la tentation de dribbler l'autocritique est constante : quand ça a foiré, de son analyse à chaud, le footballeur conclut rarement qu'il a joué comme un manche (de raquette) ! Dans sa petite tête, c'est d'abord la faute aux partenaires, à la sélection du sélectionneur, au coaching du coach, à l'arbitrage : il existe toujours un argument qui lui évitera de se retrouver le nez dans son caca individuel. Tout au contraire, chaque défaite plonge un tennisman normalement constitué le nez dans ce que je viens de dire : quand il a joué comme un pied (de footballeur), sauf s'il est abonné aux défaites par tie-break,il n'a...

Le tennis est une chouette discipline pour faire du sport durant l'intersaison de notre sport. Et pas seulement parce qu'il entretient la condition physique footeuse, sur base apparentée d'endurance/résistance/vitesse, mais surtout parce qu'il remet les idées en place. Le footballeur sort d'une saison de sport collectif, durant laquelle la tentation de dribbler l'autocritique est constante : quand ça a foiré, de son analyse à chaud, le footballeur conclut rarement qu'il a joué comme un manche (de raquette) ! Dans sa petite tête, c'est d'abord la faute aux partenaires, à la sélection du sélectionneur, au coaching du coach, à l'arbitrage : il existe toujours un argument qui lui évitera de se retrouver le nez dans son caca individuel. Tout au contraire, chaque défaite plonge un tennisman normalement constitué le nez dans ce que je viens de dire : quand il a joué comme un pied (de footballeur), sauf s'il est abonné aux défaites par tie-break,il n'a guère d'autre échappatoire qu'un sain mea culpa ! Se comparant à son vainqueur, force lui est de constater qu'il a des smashes de potache, que ses services ne lui rendent pas service, que ses coups droits partent de traviole, que ses volées basses sont très basses, et qu'il essuie des revers parce qu'il rate les siens. Tout ça lui rééquilibre l'ego, lui remet en mémoire qu'il n'est pas un dieu de la gestuelle sportive : ce qui ne peut pas lui faire de tort,... s'il s'en souvient encore lorsque reprendront les entraînements de foot ! A propos de tennis et d'entraînement, Justine Henin arrête les frais, vous ne pouvez pas ne pas le savoir. Ce ne fut pas la faute de Titine pour les intimes, mais son annonce du 14 mai provoqua chez nous un tsunami médiatique qu'aucun prépensionné normal ne connaîtra jamais : au point qu'au JT, les cyclonés birmans comptèrent ce soir-là pour de la petite bière ! Ceci dit, Juju de Monac' a bien le droit de stopper la compète si l'envie la chatouille et faudra attendre longtemps une autre gonzesse qui aura refilé pareille fierté au chauvin belge mâle et moyen. Ce qui me chatouille plutôt, moi, c'est ce qu'elle a envie d'entreprendre à présent : du coaching pour entreprises ! Des séminaires pour aider les managers à améliorer leur bizness ! Mouais. Justine ou une autre, c'est sérieux ces trucs ? ! Tout ce que je constate, c'est que, quand Frankie Vercauteren amène dans la sphère sportive des psychologues dûment diplômés dont les initiatives team-buildeuses (cuistax, mikado, que sais-je encore...) vont prétendument révolutionner les performances, tout le monde se fend la gueule dans le monde du foot ! Alors, je me dis inversement et en toute logique que, quand une sportive débarque à son tour dans un microcosme étranger avec l'ambition de le booster, il doit y avoir pas mal de managers qui ricanent dans leur barbe, pas mal de cadres supérieurs qui prennent ça comme une foutaise ou une récré... J'aurais préféré que Justine nous écrive d'abord un bouquin, toute seule comme une grande : elle s'exprime bien, je suis sûr qu'elle écrit sans faute, elle aime les mots et elle a des choses à dire ! Encore faut-il vouloir s'exposer, Juju peut ne pas le souhaiter, au contraire d' Isabelle Demongeot ou Cathy Tanvier : ces deux joueuses françaises, actives durant les eighties, ont chacune publié l'an dernier leur poignant témoignage. La première tente d'exorciser des horreurs adolescentes, ayant tu durant trois décennies les années d'abus sexuels par son entraîneur (1). La seconde, ex-championne de France, jadis jolie blondinette surnommée la Borguette, y révèle un réel don d'écrivain, une envie vraie d'écrire, en nous racontant sa descente aux enfers entre l'enfance et 40 ans : aux antipodes de ce qu'on imagine être la vie des stars du circuit, un bouquin parfois glauque mais souvent bouleversant (2). Allez, soyons fous en cette quinzaine de Roland-Garros, je vous signale pour terminer une troisième et très belle lecture pour tout qui aime le tennis, mais aussi le sport en général et même le foot en particulier : celle de Denis Grozdanovitch (3), champion de France Juniors en 1963, puis professeur de tennis en même temps que joueur de squash et de courte paume, écrivain enfin de plusieurs jolis bouquins. Celui-ci alterne les souvenirs racontés et humoristiques avec des pages plus sérieuses d'essayiste, pour tenter au total de nous dire que le sport ne l'est plus s'il n'est pas un jeu envers et contre tout, et que la vie est mortelle si elle n'est pas sportive. Mon coup de c£ur,... m'étonnerait que je ne vous en reparle plus. éditions du Panama, 2007. (1) Service volé, éditions Michel Lafon, 2007. (2) Déclassée. De Roland-Garros au RMI, éditions du Panama, 2007. (3) De l'art de prendre la balle au bond, éditions JC Lattès, 2007. par bernard jeunejean