Si au moins on avait eu un haka. Les magnifiques All Blacks sont au rugby ce que les Brésiliens sont au football. Une sublime esthétique mise au service de leur sport. Malheureusement, les Brésiliens ne nous offrent pas une petite samba avant le coup d'envoi. Les Néo-Zélandais, eux, nous offrent leur haka. Sublime introduction subliminale où les grimaces ramènent le sport à ce qu'il doit être. Hélas, à l'issue du derby de Manchester, les grimaces se faisaient moues.
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Si au moins on avait eu un haka. Les magnifiques All Blacks sont au rugby ce que les Brésiliens sont au football. Une sublime esthétique mise au service de leur sport. Malheureusement, les Brésiliens ne nous offrent pas une petite samba avant le coup d'envoi. Les Néo-Zélandais, eux, nous offrent leur haka. Sublime introduction subliminale où les grimaces ramènent le sport à ce qu'il doit être. Hélas, à l'issue du derby de Manchester, les grimaces se faisaient moues. Expression " rictussienne " du : " Y a qu'à ". Ou plutôt du : " Y avait qu'à ". Oser jouer au foot comme l'Angleterre sait le faire. Bastion de l'action avec la baston. En fait, ce derby a été la partie d'échecs la plus suivie de l'histoire. 76.000 spectateurs et 650 millions de téléspectateurs pour admirer le génie de Louis " Kasparov " VanGaal et Manuel " Fisher " Pellegrini. Leurs pions ont parfaitement exécuté la partie. Personne en échec, personne mat mais ce match a remis en cause une grande vérité mathématique. Désormais - par - = -. Traduction, on les neutralise d'abord et puis on verra. Ce fut vraiment ça. Et pourtant, j'ai pris mon pied. Je me doute que devant le petit écran, ce ne fut guère réjouissant. Pour moi qui étais sur place, ce fut bandant. D'habitude, je me raidis quand le foot se fait calcul mais là je me suis ébahi. Dans le stade, on a la vue d'ensemble et j'ai donc pu apprécier la perfection de l'application de la tactique. D'habitude, mon bonheur vient d'ailleurs. Mais là elle m'a ébloui. Pas de 0-0 mortel mais bien plein de vie. Lire et comprendre les intentions des deux coaches fut un régal. Et puis les deux " Maîtres " le savent mieux que personne, on est d'abord champion en soignant sa défense. Pellegrini a été bien payé pour le savoir. Avec le Real Madrid il a terminé deuxième de la Liga avec pourtant 102 buts inscrits en 38 matchs. Quatre de plus que le Barça, certes, mais les Catalans en avaient encaissé 11 de moins. Le patron d'un pub devant le stade ne se pose pas la question. Lui, c'est l'offensive. Devant son bar, une grande ardoise : " Ici, pas d'écharpes aux deux couleurs. Vous la jetez dans la poubelle et vous faites votre examen de conscience ". Autrement dit : ici, pas de touristes, pas de supporter d'un jour. Ici, y a que le rouge qui entre. Ici, on supporte, on ne vient pas au spectacle. Cela dit, on a dû supporter un spectacle qui s'est beaucoup résumé à de la démonstration. Il y avait pourtant compétition sur la pelouse. De talents. Un seul a provoqué de l'émotion. AnthonyMartial. Au même âge (19ans) et sous le même maillot, il a déjà de meilleures stats que CristianoRonaldo. Dès qu'il entre en possession du ballon, on sent des vibrations dans le stade. Quelque chose se passe. Quelque chose de mystique. Il n'a peut-être pas mystifié grand-chose, mais il a généré le pourquoi on va au match. Le frisson. D'espoir pour les uns, de crainte pour les autres. Les uns qui auraient pu être les autres car alors qu'il n'avait que 12 ans, Manchester City l'a invité à visiter ses installations. Il s'y est rendu. Déjà, tous les grands le voulaient. Mais Papa veillait. Trop jeune. Merci Papa. Et merci grand frère. PatriceEvra qui a joué pour le même club, le CO Ulis. Patrice le fidèle revenait de temps en temps avec plein de cadeaux pour le club mais aussi avec un message d'AlexFerguson. Pas question que le " gamin " aille à City. Martial à Man U c'est aussi signé RyanGiggs. Tombé sous le charme, la légende a convaincu le " Board " que l'investissement n'était, peut-être, pas aussi démesuré. Les événements semblent déjà lui donner raison. Vous avez remarqué comme on parle déjà beaucoup moins de la fortune qu'il a coûté ? C'est ça la beauté et la vérité à choyer du football. C'est sur le terrain qu'on met les choses au point. Martial l'a fait. Comme KevinDeBruyne d'ailleurs. Leur talent n'a de prix que celui qu'ils fixent balle au pied. Ils sont définitivement au-dessus de la mêlée. PAR FREDERIC WASEIGE