David Feldgate, Londonien de 37 ans, a stoppé sa collaboration avec Tim Henman avant de devenir le coach de Xavier Malisse, au mois d'avril de cette année.
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David Feldgate, Londonien de 37 ans, a stoppé sa collaboration avec Tim Henman avant de devenir le coach de Xavier Malisse, au mois d'avril de cette année.David Feldgate, racontez-nous votre parcours tennistique avant que vous ne deveniez le coach de Xavier Malisse.J'ai d'abord été joueur professionnel. En double, j'ai fait partie des cent meilleurs joueurs mondiaux. En simple, j'étais aux environs de la 250e place. J'ai participé une fois à l'Open d'Australie.Comment êtes-vous ensuite devenu coach?J'ai arrêté de jouer en 1989. J'ai rencontré mon épouse, nous nous sommes mariés et nous sommes partis vivre aux Etats-Unis. Là-bas, j'ai donné des cours de tennis, simplement dans un club. Mais au début de 1991, j'ai eu l'opportunité de revenir en Angleterre pour devenir l'un des coaches officiels de la fédération anglaise. Ce que j'ai fait pendant quelques années, avant d'avoir l'occasion de diriger une équipe de quatre jeunes joueurs très prometteurs, des Juniors qui visaient le top. Et parmi ces jeunes talents, il y avait Tim Henman. J'ai fait ce boulot pendant quatre ou cinq ans avant que la fédération me charge de m'occuper des messieurs. C'est alors que je suis devenu le coach personnel de Tim Henman pendant cinq ans. Au total, j'ai donc travaillé neuf ans avec Tim.C'est long, neuf ans avec le même joueur?Oui, c'est vrai. Pour une relation de coach à joueur, c'est très long. Mais je ne crois pas que trop long soit le bon terme. Maintenant, Tim a 27 ans, il sait beaucoup de choses sur le tennis. Il m'a écouté pendant des années et je pense que c'est une bien qu'il ait un nouvel entraîneur qui puisse lui apprendre de nouvelles choses. Nous avons donc décidé de mettre un terme à notre collaboration. Je crois que c'était le bon moment pour nous séparer.Vous vous êtes retrouvé sans emploi?Oui, j'étais libre. Tout ce que j'avais à faire, c'était regarder la télévision. J'ai passé la première semaine à prendre un peu de bon temps et à réfléchir à ce que j'allais faire. Vous savez, je n'arrêtais pas de voyager alors que j'ai 37 ans et deux enfants. Ce n'est pas toujours facile. J'ai dit à ma femme que j'avais envie de rester coach. J'ai alors signalé aux différents agents de joueurs que j'étais disponible. Et le mercredi suivant, IMG m'a dit que Xavier Malisse était intéressé. Le jeudi, j'ai accepté et le samedi, je l'avais rejoint aux Etats-Unis. Et c'est comme cela que nous nous sommes rencontrés. C'était très sympa, parce que ça s'est fait de manière très simple. En fait, il ne s'est passé que dix jours entre le jour où j'ai stoppé avec Tim et celui où j'ai commencé avec Xavier.Pourquoi avez-vous accepté de coacher Xavier après avoir entraîné un joueur comme Tim Henman, qui a été cinquième joueur mondial?La raison principale, c'est qu'il est jeune. Quand vous choisissez un jeune, vous avez plus de chances de progresser. C'est aussi simple que ça. Nous avons décidé de voir comment cela fonctionnait jusqu'à l'US Open, en septembre, et puis nous aviserons à ce moment-là. S'il est satisfait et moi aussi, alors on poursuivra. L'objectif est de travailler tout en prenant du plaisir.Vous prenez beaucoup de plaisir à coacher un joueur, à passer votre temps sur les courts?Oui, j'aime ça. Par exemple, lorsque je regardais le dernier match de Xavier à Roland Garros, quand il a perdu contre Michael Russell, il y a eu beaucoup de moments difficiles mais, en voyant le tennis qu'il a joué au début, j'ai pris beaucoup de plaisir. C'est cela qui a le plus de valeur aux yeux d'un coach. Il gagnait 6-1 et 3-2. Sa manière de jouer à ce moment, sa façon de bouger sur le court, ses services que l'on avait travaillé ensemble... C'est ça qui fait que le job de coach en vaut la peine, et non pas le fait que votre joueur se retrouve au 3e tour de Roland Garros ou gagne tel ou tel tournoi. Parce que c'est quelque chose de personnel entre lui et moi, qui découle du travail que l'on a fait ensemble.Quand vous le regardiez jouer, parfois, on avait l'impression de vous voir sourire.Oui, c'est vrai que parfois, il me fait rire, mais je ne veux pas trop lui montrer ce que je ressens pour être toujours positif avec lui. Vous savez, le job de coach est tout en retenue. Le joueur, lui, il est sur le terrain et peut s'exprimer en jouant, en jetant sa raquette... Tandis que le coach est impuissant, il ne peut rien faire pour exprimer tout ce qu'il ressent. Quand je rigole, c'est parce que je sais qu'il a tellement de qualités, de possibilités de devenir bon. Mais après le match, je vais discuter avec lui et on se tourne vers le futur, on voit ce qu'on va travailler.Xavier dit de vous que vous êtes très positif.Vous devez être positif. Il fait des erreurs quand il joue. Je dois être honnête et donc je dois le lui dire. Mais j'aime toujours terminer la conversation en disant : -Tu as mal fait ceci, mais... Vous savez, les attentes qu'on avait de Xavier quand il avait 17 ans étaient totalement ridicules. On lui prédisait monts et merveilles alors qu'il avait encore tout à prouver. Il avait juste fait un bon match contre Pete Sampras et c'est tout. Ce n'est rien du tout. Si vous prenez Kim Clijsters et Justine Henin, par exemple, vous voyez qu'elles ont joué et encore joué, qu'elles ont progressé lentement et seulement maintenant, vous voyez qu'elles font de belles choses. Le problème, c'est que Xavier a fini par croire tout ce qu'on disait de lui, tout ce que la presse écrivait sur lui, ce qui est normal. Mais au départ, il n'était pas comme ça. C'est un garçon très calme, très posé. Davantage maintenant qu'avant, non?Oui, sans doute. Moi, j'ai toujours dit que le tennis venait en premier, l'image ensuite. Mais Xavier était le contraire. Lui, c'était l'image avant, le tennis après. Ce n'était pas bon. Mais il a changé. Si j'avais dit il y a quelques mois que Xavier irait en finale à Atlanta, passer les qualifications à Sankt-Polten, passer deux tours à Roland Garros et monter aux environs de la 55e place au classement ATP, on aurait crié au fou. Mais, voilà, il a bien changé et travaille beaucoup.Désormais, qu'attendez-vous ou qu'espérez-vous de lui?Bien sûr, j'espère que son classement va s'améliorer. Mais ce n'est pas ce que j'attends de lui. Ce que j'attends de lui, c'est de le voir travailler et faire tout ce qu'il peut pour devenir meilleur. Si on me demande ce que je pense de lui en été, si jamais il a perdu quatre fois au premier tour, je dirai que tout va bien mais qu'il faut attendre que le travail porte ses fruits. Mais s'il ne travaille pas dur, alors c'est différent.En Belgique, beaucoup de gens pensent que Xavier est un grand talent, mais qu'il ne travaille pas beaucoup. Que leur répondez-vous?Vous savez, on peut continuer à entretenir cette réputation mais moi, je sais qu'il travaille dur et je peux vous dire qu'il n'a pas chômé ces deux derniers mois. Si les gens ne me croient pas, ils peuvent dire que David Feldgate est un menteur. Il travaille dur. Peut-il travailler plus dur encore? Oui, mais il a besoin d'être éduqué à cela et son corps a besoin de devenir beaucoup plus solide. Il n'est pas encore physiquement prêt. En fait, il travaille aussi dur qu'il le peut pour l'instant.Xavier a dit qu'il avait perdu contre Russell à cause de son mental et de son physique. Partagez-vous cette opinion?A 100%. Il a perdu deux fois le match. Une première fois mentalement, quand il n'a pas été capable de se concentrer suffisamment pour maintenir le niveau de jeu qui était le sien en début de rencontre. Une deuxième fois lorsque, physiquement, il n'a pas pu transformer les nombreuses balles de break obtenues dans le cinquième set. Mais bon, son mental et son physique ne peuvent être améliorés tout de suite, parce qu'on est en plein milieu de la saison et qu'on n'a pas le temps pour ça. Mais à la fin de l'année, il aura un programme de travail chargé, afin qu'il devienne plus fort, physiquement et mentalement.Comment est Xavier Malisse, en tant qu'homme?C'est quelqu'un de très sympa, facile à vivre. L'image que l'on a de lui en Belgique est différente de la réalité. Mais c'est aussi un peu de sa faute. Il n'est pas parfait. Xavier supporte toujours les conséquences de ses actes passés : sa relation avec Jennifer Capriati, le mythe de X-Man... Je crois tout de même qu'avec le temps, cela va évoluer. Laissons-le grandir dans le calme, devenir un bon joueur de tennis, réaliser de belles choses en Coupe Davis avec Olivier Rochus, etc. Cela peut devenir une très belle époque pour le tennis belge. Laurent Gérard, à Paris