Retour sur les faits et les réactions. Ce qu'on avait alors entendu dans l'espace VIP ? Un gars avec un état d'esprit pareil n'avait aucune chance de devenir coureur de haut niveau. Wout Van Aert, encore amateur, avait très mal pris son exclusion. De rage, il avait explosé sa bécane. Aujourd'hui, on le connaît comme un pro parfaitement capable de contrôler ses émotions. À l'époque, c'était tout l'inverse.
...

Retour sur les faits et les réactions. Ce qu'on avait alors entendu dans l'espace VIP ? Un gars avec un état d'esprit pareil n'avait aucune chance de devenir coureur de haut niveau. Wout Van Aert, encore amateur, avait très mal pris son exclusion. De rage, il avait explosé sa bécane. Aujourd'hui, on le connaît comme un pro parfaitement capable de contrôler ses émotions. À l'époque, c'était tout l'inverse. Le lendemain, il battait tous les pros à Otegem. Un trop-plein de frustration à évacuer, probablement. Il était habitué à faire de sa rage une force. Et quelques semaines plus tard, il était sacré champion du monde à Hoogerheide. Devant Mathieu Van der Poel et sur un tracé dessiné par le père de ce dernier, Adrie, sur mesure pour son gamin. Et là, personne n'évoquait plus l'incident de Waregem. Avec sa victoire le week-end passé au bout de Milan-Sanremo, Wout Van Aert se rapproche un peu plus du cercle des plus grands. On vante de plus en plus sa polyvalence, on entend carrément qu'il l'est plus que Tom Boonen. C'est de bonne guerre, on aime faire des comparaisons express dans le cyclisme. Demandez donc l'avis de Remco Evenepoel sur la question... Van Aert est occupé à démontrer une force de caractère peu commune. Après sa terrible chute au Tour de France 2019, il a balancé entre optimisme et désespoir. Sa rééducation a été longue et difficile. Personne ne pouvait jurer qu'il retrouverait son niveau. Y pense-t-il encore aujourd'hui ? Pense-t-il encore à la période très compliquée mentalement pendant laquelle il était en conflit avec son ancien sponsor, une affaire qui allait se retrouver devant les tribunaux ? Van Aert savait très bien pourquoi il voulait passer dans la formation néerlandaise Jumbo-Visma. Il savait qu'il pourrait continuer à s'y développer sans pression. Et il a adapté ses méthodes d'entraînement en mettant davantage l'accent sur le volume et la puissance, plutôt que sur l'explosivité. Un choix qui lui a permis d'augmenter sa masse musculaire. Tout cela explique ses résultats récents. Comme l'accompagnement mental de son équipe. Surtout dans les moments difficiles. Wout Van Aert a toujours tracé sa route. Dans tous les domaines, ce Campinois est un vrai perfectionniste. Si son entraînement dure une minute de moins que ce qu'il avait prévu, il ne se sent pas bien. Longtemps, il a souffert de ne pas parvenir à faire les résultats espérés aux championnats de Belgique de cyclo-cross. Alors, quand il a enfin conquis le titre en 2016, beaucoup de pression a été évacuée. Mais il ne s'est pas mis à planer pour autant. Parce qu'il n'a pas été éduqué comme ça. Ainsi, quand les journaux étaient trop élogieux en commentant ses performances, sa mère cachait tout simplement ces gazettes. Et depuis ce premier titre en cyclo-cross, il a aussi arrêté de faire les déclarations fortes et pas toujours réfléchies auxquelles il nous avait habitués. Wout Van Aert est un couteau suisse, un Rémy Bricka des temps modernes. Il gagne des sprints massifs et des contre-la-montre - le premier, c'était l'année passée au Dauphiné Libéré. Et il sait grimper, comme il vient de le prouver aux Strade Bianche. Van Aert est le champion de la polyvalence. Et il continue à être redoutable en cyclo-cross. Ses duels au couteau avec Mathieu Van der Poel dans les labourés ont contribué à le faire grandir. Il y a un an, de nombreux observateurs se demandaient encore si Wout Van Aert pouvait faire une belle carrière sur la route. Malgré sa troisième place aux Strade Bianche en 2018, là où il avait subi une terrible fringale et avait pour ainsi dire dû être réanimé après l'arrivée. Les doutes subsistaient donc. Jusqu'au final de Paris-Roubaix, en avril de l'année passée. Il faisait partie du groupe de tête, avant de chuter. Il s'était vite relevé et, au prix d'un effort monstrueux, avait réussi à revenir sur les échappés. Avant de payer logiquement cette débauche d'efforts sur les derniers mètres. Aujourd'hui, il n'y en a plus que pour Wout Van Aert et Remco Evenepoel. Ils sont plus hypes que jamais. Deux coureurs aux caractères assez différents, mais avec la même ouverture d'esprit. Ils parlent et n'ont pas peur de dire les choses. Mais, surtout, ils ramènent le sport cycliste à ses bases : plutôt tomber au champ d'honneur que calculer et spéculer.