14 mars 2009 : Rio Ferdinand écope d'un carton jaune. Son dernier ! Il a depuis lors enchaîné 64 matches avec Manchester United et la sélection anglaise sans en prendre un seul ! Il faut dire que sur 19 matches disputés cette saison en Premier League, Ferdinand n'a commis que trois fautes ! Car, pour ce roc, pas question de tackler. Priorité au placement et à l'interception. Au duel mais au duel propre, notamment dans le trafic aérien. En finale de la Ligue des Champions, face à Barcelone, cette statistique a paru pourtant se retourner contre lui. Sur la touche tout au long de la saison pour des problèmes de dos et au mollet, Ferdinand a soudain fait son âge, manquant de jus pour rattraper les fringants attaquants du Barça.
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14 mars 2009 : Rio Ferdinand écope d'un carton jaune. Son dernier ! Il a depuis lors enchaîné 64 matches avec Manchester United et la sélection anglaise sans en prendre un seul ! Il faut dire que sur 19 matches disputés cette saison en Premier League, Ferdinand n'a commis que trois fautes ! Car, pour ce roc, pas question de tackler. Priorité au placement et à l'interception. Au duel mais au duel propre, notamment dans le trafic aérien. En finale de la Ligue des Champions, face à Barcelone, cette statistique a paru pourtant se retourner contre lui. Sur la touche tout au long de la saison pour des problèmes de dos et au mollet, Ferdinand a soudain fait son âge, manquant de jus pour rattraper les fringants attaquants du Barça. Pourtant, un Manchester avec Ferdinand n'offre pas le même visage qu'un Manchester sans. Avec lui, il y a plus de sérénité, plus d'expérience, plus de valeur ajoutée sur phases arrêtées (tant offensives que défensives). Et puis, il y a aussi plus de duels gagnés. Statistiques à l'appui. Et surtout les Mancuniens encaissent moins. Sur les 19 matches disputés la saison dernière avec lui, les Red Devils ont une moyenne de 0,8 but encaissé par match. Cette moyenne monte à 1,09 avec Chris Smalling ou Johnny Evans, ses remplaçants. Même le taulier de cette défense, Nemanja Vidic, ne possède pas des stats aussi flatteuses puisqu'avec lui, Manchester encaisse 1,03 but par match. Malgré son corps de cristal, Ferdinand est pourtant toujours indispensable aux champions en titre. A cause d'une blessure au mollet, il semblait à la mi-mars qu'il ne jouerait plus cette saison. Et pourtant, à Stamford Bridge, en quarts de finale de la Champions League contre Chelsea, le défenseur central fit un retour inattendu et, de plus, couronné de succès. Un match sans faute qui est survenu comme un sérieux adjuvant à Manchester dans sa course aux titres. Sa vitesse, son timing et sa solidité ont toujours fait de Ferdinand un joueur-clé de Manchester. Il conseille et corrige ses partenaires. Il pousse l'équipe vers l'avant. Il possède aussi un sens inné du placement. Ce n'est pas par hasard qu'en son absence, l'équipe a cafouillé et perdu des duels importants. Et Ferdinand n'a pas dit son dernier mot. Juste avant de contracter sa blessure, le 5 février, le footballeur avait déclaré qu'il jouerait bien jusqu'à ses 40 ans à Old Trafford. Natif de Peckham, il mesure la chance qu'il a eue. Peu de gens provenant de ce quartier pauvre du sud-est de Londres atteignent la richesse et la gloire. Ferdinand est la fierté de Peckham. Il souhaite être un exemple et rester le plus longtemps possible au sommet. C'est dans ce but aussi que le footballeur soutient des actions d'aide aux jeunes défavorisés par le biais de sa fondation Live the Dream Foundation. Il est aussi rédacteur en chef de son propre magazine digital, 5 Magazine, qui réunit le sport, la musique, le cinéma et la mode. De plus, le numéro 5 de Manchester United possède sa propre maison d'édition musicale. Le rappeur 50 Cent est son idole et il ambitionne de produire des films. Mais il n'en a pas toujours été ainsi. Plus jeune, son comportement débridé a failli lui coûter sa carrière. En 2004, pour un contrôle antidopage manqué, il a écopé de huit mois de suspension. D'autres scandales et une action de mécontentement menée par ses propres supporters lui font apprécier à présent la quiétude et l'aisance de son existence. Rio Ferdinand aime les beaux habits et les belles voitures. Mais il n'oublie pas d'où il vient : " Peckham était un lieu rude et sordide où régnaient la criminalité et la pauvreté. Un petit paradis de délinquance, de trafic d'armes et de drogue. Le danger sévissait partout. Personnellement je m'en fichais. Je me préoccupais davantage du sort des nombreux chiens errants... "Rio y est né le 7 novembre 1978. Fils de Janice Lavender, 17 ans, et de Julian Ferdinand, 25 ans, l'enfant révèle très jeune ses dons. Il court beaucoup plus vite que ses compagnons de jeu et se montre naturellement à la fois habile et souple, ce qui le pousse vers la gymnastique. Lorsqu'il remporte à 12 ans un concours et devient champion de Londres dans sa catégorie d'âge, le football n'est pour lui qu'un jeu de rue. " Avec ses rondades et ses saltos, le programme au sol avait ma préférence ", dit-il. " En récompense du titre, je suis devenu gratuitement membre de la Central School of Ballet, une école de ballet élitaire à Londres. Durant quatre ans je m'y suis entraîné assidûment à raison de quatre séances par semaine. Cela m'a énormément servi. Sans ballet, je ne serais jamais devenu aussi bon footballeur. Je lui dois ma souplesse, ma coordination, mon timing et mon sens de l'équilibre. " Rapidement, il devient un footballeur envié parmi les jeunes d'Eltham Town où il développe son sens de la balle, sa vitesse, son intuition et son jeu de tête. En 1993, il effectue des tests à Charlton Athletic, Chelsea, West Ham, Millwall et Queens Park Rangers, sans pouvoir se décider. Finalement Frank LampardSr, le père de son équipier actuel en équipe d'Angleterre, le convainc en 1994 de signer un contrat de stagiaire à West Ham. Mais il tomba rapidement dans le piège de la vie facile : les sorties nocturnes, la boisson, les filles. La fraude aussi : " J'ai vendu de faux habits de grandes marques. J'avais les poches remplies d'argent... " Il arrête pourtant ce commerce frauduleux un an plus tard, en 1995, à la signature de son premier contrat professionnel. Harry Redkamp, le manager de West Ham, voit en lui le nouveau Bobby Moore, l'emblème du stopper élégant et souple, capable de toutes les tâches défensives sans recours à la faute. Mais Rio est aussi efficace sur le terrain qu'il ne reste débridé en dehors. Les sorties et les filles l'accaparent toujours. Et bien que richement rémunéré, il doit souvent emprunter de l'argent à sa mère. A l'époque, il a aussi appris à connaître Frank Lampard Jr. " Nous étions de vrais potes et nous le sommes restés. " Rio Ferdinand est au paradis ! Il a peine à le croire, lui, habitué jusqu'alors à la pauvreté et au racisme. Après ses débuts, le 5 mai 1996, à domicile contre Sheffield Wednesday (1-1), il ne doit plus jamais faire la file à l'entrée des night clubs à la mode. Les plus jolies filles l'entourent. Elles paient même ses boissons. " C'est comme ça. Le footballeur est adulé. Séduisant ou banal, il est toujours un premier choix auprès des femmes. Comment un homme jeune peut-il résister à cela ?"Après avoir été prêté durant quelques mois à Bournemouth FC, Rio Ferdinand devient titulaire à part entière à West Ham. Sa progression est telle que Glen Hoddle l'appelle en équipe nationale en septembre 1997 pour un match de qualification pour la Coupe du Monde contre la Moldavie. Mais Ferdinand gâche sa chance. Trois jours avant le match, il est surpris en étant d'ébriété au volant. Hoddle l'écarte. Son manager, Redknapp, le sermonne à son tour. En vain, comme le confirme Rio lui-même. " Ses paroles entraient dans une oreille pour sortir par l'autre. Je n'étais pas encore prêt à changer mes habitudes puisque je restais le meilleur sur le terrain... " Le 15 novembre, il fait finalement ses débuts en équipe nationale face au Cameroun (2-0) et les supporters de West Ham l'élisent Hammer of the Year. Hoddle le sélectionne pour la Coupe du Monde 1998. Mais en dehors du terrain il se conduit toujours de manière aussi in-convenante : " Parfois, je buvais jusque tard dans la nuit et ne dormais que quelques heures avant de me rendre à l'entraînement. " La grande métamorphose survient en 2000. Sa forme et sa condition physique fléchissent. Kevin Keegan, le successeur de Hoddle, le laisse tomber. Puis, le déclic : en déplacement à Manchester United, Leeds subit une raclée (7-1). " Jusqu'alors, je croyais être un bon footballeur. Je voulais atteindre le top mais en comparaison de David Beckham et de Paul Scholes, je n'étais pas grand-chose. " Il reste pourtant persuadé de son talent. La solution ? Moins faire la fête et plus dormir... Mais en 2000, il apparaît sur une sextape en compagnie de ses potes de l'équipe nationale Lampard et Kieron Dyer de Newcastle à l'occasion d'un match à Chypre. " Les filles étaient consentantes ", explique Ferdinand, mais notre caméra a été volée. Ensuite, des photos ont été publiées dans les tabloïds. J'étais profondément honteux, surtout envers mes parents. Mais aussi fâché. Le monde entier pratique la sexualité. Pourquoi la nôtre devrait-elle être qualifiée de scandaleuse ?" L'affaire le rend plus fort. Il sait qu'il peut toujours atteindre le sommet envié. Il n'a jamais que 21 ans ! Mais pour cela, il faut désormais vivre pour son sport ! Survient alors une nouvelle chance : son transfert en automne 2000 pour Leeds pour un montant record de 18 millions de livres qui fait de lui le défenseur le plus cher du monde. Et il devient plus sérieux : " Ce transfert a sauvé ma carrière. Certes, la vie nocturne londonienne exerçait toujours son attrait. Mais loin au Nord j'étais préservé. Chelsea avait également manifesté son intérêt. Et si j'avais opté pour Londres, je jouerais actuellement à Leyton Orient... "Une relation stable avec Rebecca Ellisob qui allait devenir son épouse et l'apport de son nouveau manager David O'Leary ont également été des moteurs déterminants. A ce dernier, il lance une véritable supplique : " Sois dur et intransigeant avec moi. Motive-moi. Améliore mon jeu. Ce top, je veux absolument l'atteindre. " Lutter pour la conquête d'un titre, voilà ce qu'il faut à Ferdinand. Une existence désormais sans excès de boisson le rend physiquement plus fort et en fait la véritable vedette montante. " Malheureusement, je n'ai pu évoluer qu'une saison et demie à Leeds. La première année nous avons accédé aux demi-finales de la Champions League, éliminés par Valence. Cela s'est révélé être le début de la fin du club. Ensuite, nous avons raté la qualification pour la Champions League : les tribulations judiciaires autour de Jonathan Woodgate et Lee Bowyer (accusés de faits racistes) ont détourné la concentration de l'équipe. En plus, le club était endetté. Le président PeterRidsdale m'a honnêtement révélé qu'il fallait vendre les meilleurs joueurs pour survivre. " Après la Coupe du Monde 2002 au Japon, Ferdinand, conscient de la régression de son club, veut changer d'air, aller plus haut : à Manchester ! Il s'ensuit un jeu de poker. Ridsdale refuse de reconnaître publiquement que la vente de Ferdinand est une nécessité financière, question de garder les faveurs des supporters et place ainsi le joueur dans le rôle du bouc émissaire. " C'était de la folie. Leeds se trouvait au bord du précipice. Quant à moi, pour atteindre le top tant désiré, je devais changer de club. "Ferdinand quitte Leeds d'autant plus honni par ses supporters qu'il rejoint les rangs de l'ennemi héréditaire. Il n'empêche. Le 22 juin 2002, son passage à Manchester s'effectue pour un nouveau montant record de 31 millions de livres. " Je subissais un véritable choc culturel. Le niveau des entraînements était exceptionnellement élevé. Pour la première fois, je réalisais ce que représentait le sommet ! Lors du premier entraînement j'ai été sévèrement conspué par Roy Keane : - Mais, nom de dieu, transmets donc ce ballon vers l'avant ! Faire une passe latérale, mon grand-père sait le faire aussi... Il m'a fallu un an pour intégrer complètement ce mode de travail mais Alex Ferguson était content de moi. " Le 23 septembre 2003, Ferdinand entre dans une nouvelle période noire. Ce matin-là Mike Stone, le médecin du club, l'avise par deux fois qu'il doit subir un test antidopage à l'issue de l'entraînement. Le moment venu, le footballeur se rend directement chez lui. " Nous étions en période de déménagement. Je suis assez tête en l'air de nature. Mes amis le confirmeront. Il n'y avait aucune mauvaise intention. J'ai pourtant été considéré comme un tricheur et puni. Deux jours plus tard, je me suis soumis à un autre test qui s'est révélé négatif. En vain. La FA a considéré mon absence au premier test comme un résultat positif. La sanction de huit mois d'interdiction de jouer m'est apparue d'autant plus sévère et injuste que des footballeurs réellement contrôlés positifs ont écopé de peines moindres. " Ferdinand s'applique à s'entraîner encore et toujours davantage. Il veut revenir. Il y croit d'autant plus qu'Alex Ferguson continue à lui accorder toute sa confiance. Il revient en force, le 20 septembre 2004, à l'occasion d'un match gagné contre Liverpool (2-1) dont il est l'un des héros. Sa vie ne devient pourtant pas un long fleuve tranquille. Bien qu'il soit brillant et irréprochable sur le terrain, il continue à susciter l'émoi en dehors. En 2005, il est signalé dans un restaurant londonien en compagnie de Peter Kenyon, le directeur de Chelsea qui a travaillé précédemment pour Manchester. Cela lance la rumeur selon laquelle Ferdinand voudrait quitter Manchester où, il est vrai, les tractations autour du renouvellement de son contrat traînent. Le footballeur a beau affirmer qu'il veut rester fidèle aux Red Devils, des supporters lui reprochent un manque de loyauté et une soif excessive d'argent. Un soir, il trouve même une vingtaine d'entre eux munis de battes de baseball devant son domicile lui demandant pourquoi il ne resigne pas à Manchester. Il est soulagé quand son paraphe est enfin apposé au bas d'un nouveau contrat. Et il s'impose un nouveau défi : regagner l'estime des supporters récalcitrants. Il y parvient avec maestria en déployant un football de rêve, en offrant quelques déclarations habiles en interviews, n'oubliant jamais de remercier les supporters en fin de match. Après la Coupe du Monde 2006, ses années de turbulence semblent terminées. Il développe une harmonie parfaite au centre de la défense avec Vidic, venu de Spartak Moscou. Les deux hommes se complètent parfaitement, conciliant rigueur et mobilité dans le chef du Serbe avec la technique, le calme et la relance de l'Anglais. Au cours de la saison 2007-2008, Manchester ne concède que 22 buts en compétition, symbole de l'efficacité exceptionnelle de la paire. En mai 2008, Ferdinand prolonge à nouveau son contrat de cinq ans jusqu'en 2013 pour un salaire de 150.000 euros par semaine. Il est promu capitaine et reçoit l'hommage public de son manager : " Ferdinand figure parmi les meilleurs défenseurs du monde, affirme Ferguson. Il maîtrise toutes les facettes du jeu, ce qui est rare. Et il continue de s'améliorer. "Ferdinand est aux anges. Il est également loué pour son engagement social. " Sans le football, j'aurais atterri dans la criminalité ! Un pote de mon quartier que je connais très bien a effectué des années de prison. J'y ai souvent réfléchi : il est extrêmement difficile pour des jeunes de quartiers défavorisés d'atteindre quelque chose de bon dans l'existence. Sans argent, leurs chances sont maigres. Et pourtant, il existe là aussi, dans tous les domaines, de véritables talents. Ma fondation tente de leur procurer l'aide qu'ils ne trouvent pas chez eux. "Sa saison 2009-2010 a également été contrariée par plusieurs blessures. Il a ainsi manqué la Coupe du Monde en Afrique du Sud après s'être déchiré les ligaments croisés du genou gauche lors d'un entraînement de l'équipe d'Angleterre. Mais il est revenu en septembre 2010, toujours aussi volontaire, comme à chaque fois.... PAR MARTIJN HORN, ESM" Je dois au ballet ma souplesse, ma coordination, mon timing et mon sens de l'équilibre. "" Roy Keane m'engueulait toujours : -Passe vers l'avant ! Une passe latérale, mon grand-père sait le faire aussi... "" Je suis tombé dans le piège des sorties et de la boisson. De la fraude aussi : j'avais les poches pleines de fric... "