Il y a des scènes qui unissent des époques totalement différentes, très éloignées l'une de l'autre dans le temps et dans les traditions. Début des années 80, un homme en acier inoxydable efface soudain des larmes en évoquant les géants qui ont coaché ses joueurs : André Riou, Geza Kalocsay, Michel Pavic, René Hauss, Ernst Happel, Raymond Goethals, etc. Roger Petit a le visage envahi par l'émotion. Près de 30 ans plus tard, le spectacle est quasiment le même. Solide comme le roc sous les vents, Lucien D'Onofrio chavire d'une pièce en parlant de Tomislav Ivic : " Je ne le remercierai jamais assez pour tout ce qu'il a fait en faveur du Standard. Du temps où nous étions à Porto, lui et moi, Johan Cruijff, Marcello Lippi et d'autres coaches en vue l'écoutaient parler de foot jusqu'aux petites heures du matin dans mon appartement. Ivic ne bénéficiait pas du soutien de la presse. Si cela avait été le cas, comme pour d'autres, il aurait coaché les plus grands clubs club du monde. Cet homme est une bénédiction pour le football. "
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Il y a des scènes qui unissent des époques totalement différentes, très éloignées l'une de l'autre dans le temps et dans les traditions. Début des années 80, un homme en acier inoxydable efface soudain des larmes en évoquant les géants qui ont coaché ses joueurs : André Riou, Geza Kalocsay, Michel Pavic, René Hauss, Ernst Happel, Raymond Goethals, etc. Roger Petit a le visage envahi par l'émotion. Près de 30 ans plus tard, le spectacle est quasiment le même. Solide comme le roc sous les vents, Lucien D'Onofrio chavire d'une pièce en parlant de Tomislav Ivic : " Je ne le remercierai jamais assez pour tout ce qu'il a fait en faveur du Standard. Du temps où nous étions à Porto, lui et moi, Johan Cruijff, Marcello Lippi et d'autres coaches en vue l'écoutaient parler de foot jusqu'aux petites heures du matin dans mon appartement. Ivic ne bénéficiait pas du soutien de la presse. Si cela avait été le cas, comme pour d'autres, il aurait coaché les plus grands clubs club du monde. Cet homme est une bénédiction pour le football. " Cette émotion rejoint celle des supporters du Standard. Le prolongement du règne ne fut pas une mince affaire. Il y a un an, les Liégeois ont été applaudis par toute la famille du football. Leur rêve se réalisait après une attente de 25 ans. C'était sympa mais les retrouvailles avec le succès ne risquent-elles pas de se muer en habitude de rafler les écussons et le magot ? A Liège, D'Onofrio a perçu que " ce deuxième titre consécutif n'a pas été noté avec la même sympathie dans toutes les composantes de la famille du foot belge. "Le centre de gravité du football belge bascule vers Liège mais, prudent, le patron du Standard précise : " Il n'est pas question de changement de pouvoir. Anderlecht a lutté jusqu'au bout pour décrocher son 30e titre. Les Bruxellois détiennent le plus beau palmarès. Cet acquis n'est pas hypothéqué en deux ans. Notre titre contribue tout au plus à équilibrer la donne. Le championnat a tout à gagner avec la présence de plusieurs candidats au titre, pas seulement Anderlecht et le Standard d'ailleurs... "La prudence du chef rouge se comprend mais, ailleurs, on se méfie de sa compétence et de son désir d'aller le plus loin possible. De 1998 à 2009, en 11 ans sous la gouverne de la direction actuelle, le Standard a souffert, redressé les comptes financiers, raté quelques succès de peu avant que tout se mette en place à partir de 2006. Depuis lors, la courbe ne cesse d'être montante : construction de l'Académie Robert Louis-Dreyfus, une finale de Coupe perdue face au Club Bruges, deux titres, une bonne campagne européenne, des jeunes qui valent de l'or, Marouane Fellaini acquis par Everton et qui rapportera près de 20 millions d'euros versés en plusieurs tranches, le droit de prendre part aux poules de la prochaine Ligue des Champions avec la certitude de palper un chèque de 15 millions d'euros au minimum, le projet de construction d'un stade moderne, etc. Cela signifie-t-il que le Standard est bourré d'or comme un galion espagnol revenant du Pérou ? Une rumeur anglaise avait rapporté que le Standard cherchait des investisseurs pour développer ses projets. Ce ne sont que des supputations sans fondements. Le Standard dispose actuellement d'un trésor de guerre de 20 millions d'euros sur ses comptes en banque, sans compter l'argent de la Ligue des Champions, les droits TV des stress matches, la prime de 500.000 euros que Mönchengladbach va verser dans le cadre du transfert de Dante (D'Onofrio avait prévu ce supplément en cas de sauvetage), etc. Une telle réserve attire évidemment les regards et aiguise les appétits. Ce pactole sera jalousement préservé. Le Standard ne se lancera pas dans de folles dépenses. D'Onofrio affirme que ces économies lui offrent tout simplement un peu de temps et la possibilité de se tromper sans avoir le couteau sur la gorge. En 1998, le Standard était dans l'urgence et tout choix erroné constituait quelque part un petit drame. Les Liégeois étaient moins à l'aise financièrement, n'avaient pas une jeunesse aussi prometteuse. Ils renforceront certes leur effectif car ils désirent franchir le cap des poules en Ligue des champions mais c'est à la fin du marché qu'on fait des affaires. Pas mal de joueurs de D1 les intéressent : Franck Berrier, Bryan Ruiz, Milos Maric, Björn Vleminckx, JelleVan Damme s'il était libre, etc. En décembre dernier, les Rouches se renseignèrent à propos de TomDe Sutter. Anderlecht fut plus généreux et Sclessin accueillit Sinan Bolat et Christian Benteke. Le Standard ne changera pas son fusil d'épaule dans sa politique des transferts. Il ne faut pas nécessairement dépenser gros pour recruter du lourd ou de futures vedettes. Bolat a largement contribué à la conquête du titre. Qui aurait pu le prévoir en janvier si ce n'est le staff technique du Standard et les frères D'Onofrio ? En été, le Standard a cédé Fellaini à Everton. Lucien D'Onofrio affirme qu'il a " chialé " en signant ce transfert : " J'avais de l'argent mais, même pour 20 millions, je n'étais pas certain de retrouver un tel joueur. Marouane est un phénomène et j'aurais aimé le garder un an de plus. Dans ce cas-là, il nous aurait quittés pour intégrer tout de suite le top anglais. Maintenant, il y arrivera via Everton, c'est une certitude. " Le Standard trouva la parade en interne avec le retour d' Axel Witsel dans l'axe. Il y a gros à parier que les départs seront d'abord compensés par l'éclosion des jeunes du cru. Les deux dossiers les plus urgents concernent Oguchi Onyewu et Milan Jovanovic. L'Américain a signé une saison de toute beauté. Son échec anglais de Newcastle n'est plus qu'un mauvais souvenir. La tour de la défense rouche est en fin de contrat, gratuit et libre comme l'air. Il a fait le tour du problème en Belgique. D'Onofrio comprend son point de vue. Anderlecht n'a jamais caché son intérêt pour lui et il n'a pas oublié que c'est Ariel Jacobs qui le lança en D1 à La Louvière. Mais, en principe, Onyewu militera dans un grand championnat la saison prochaine. Des clubs anglais et allemands sont intéressés mais Marseille tiendrait la corde. Didier Deschamps, le successeur d' Eric Gerets au stade Vélodrome, en serait bleu. Le Standard a déjà Momo Sarr et Tomislav Mikulic, mais a aussi sous la main le jeune EliaquimMangala qui est très à l'aise dans l'axe. Il semble taillé pour ce job. Jova devrait partir aussi. D'Onofrio adore tout autant Oguchi que Jova. Ce dernier a la réputation d'être difficile mais le patron hausse les épaules. Il se manifestait plus dans les vestiaires à l'époque de Sergio Conceiçao... Jova a encore un an de contrat. La saison passée, le PSV avait offert 8 millions d'euros pour le transférer mais l'avant est finalement resté. D'Ono a apprécié et ne le retiendra pas en cas d'offre intéressante : " Entre Ruiz et Jova, je préfère celui-ci qui est plus fort, plus direct. " Schalke, Stuttgart et Panathinaikos sont très intéressés. Les Grecs lui ont fait un pont en or : salaire de 11 millions d'euros nets pour quatre ans. Jova négocie et pourrait obtenir cette fortune pour trois ans. Les Grecs sont fous de lui. Jovanovic avait refusé une offre de location du Real Madrid en hiver (avec option pour deux saisons), D'Onofrio nous l'a confirmé. Dans le système tactique préféré de Laszlo Bölöni, le 4-2-3-1, ou même en 4-4-2, Jova pourrait être remplacé par Mehdi Carcela : ce jeune joueur a fait preuve d'un sang froid remarquable, même lors du premier test-match à Anderlecht. La direction du Standard et Bölöni ne lui mesurent pas leur confiance. Trois autres joueurs devraient être courtisés : Steven Defour, Witsel et Dieumerci Mbokani. A moins d'une offre mirobolante, le Standard ne les lâchera pas, certainement pas ensemble. L'AC Milan ne cache pas son intérêt pour le capitaine du Standard. Les Italiens apprécient son immense force de travail. Mais de là à briller au top en Serie A ? D'Onofrio n'en doute pas. Pour lui, Steven est un exemple à suivre et un monstre de volonté qui ne calcule pas sa sueur. Il a progressé à une allure folle et D'Ono s'est permis un jour de lui donner des conseils sur les ballons arrêtés. Defour doit jouer un peu plus haut et percuter plus. D'Ono est certain que sa petite dynamo peut être un jour le nouveau AndreaPirlo de l'AC Milan. Witsel ne restera plus cinq ans en Belgique. Son talent a fait le tour de l'Europe depuis longtemps. Ses dribbles ondoyants font penser à ceux de Paul Van Himst, le joueur belge du siècle. Incrédule, la Belgique doute de lui, attend on ne sait quelle confirmation. D'Onofrio, qui est souvent avare de compliments, le compare à une des plus grandes vedettes de tous les temps : Zinédine Zidane. C'est osé mais il s'explique : " C'est le même style, la même élégance. Ils enroulent et conduisent le ballon de la même façon. Axel n'est pas explosif ? Zidane ne l'était pas non plus. Il y a des choses qu'on ne voit pas tout de suite. J'avais recommandé Zizou à la Juventus. Les derniers rapports ne furent pas extras. La Juve hésitait. J'ai eu Giovanni Agnelli au téléphone. Il me conseillait de me méfier, d'être prudent, etc. Je lui ai conseillé de prendre Zizou. Il l'a fait et a payé 5 millions d'euros. Zidane a été génial à Turin et la Juve l'a cédé pour 75 millions d'euros au Real Madrid. Je ne sais pas si Axel vivra le même destin mais c'est un phénomène. C'est pour cela qu'il me fait penser à Zidane. " Witsel et Defour resteront au moins une saison de plus à Sclessin : cela leur permettra de découvrir la Ligue des Champions et d'augmenter leur valeur marchande. Reste le cas de Mbokani. Le Standard ne comprend pas qu'on puisse le snober à ce point en Belgique à l'heure de la remise des prix. Pas de titre de Footballeur Pro 2009, pas de Soulier d'Ebène, pas de Soulier d'Or. Mais deux titres. D'Ono y tient comme à la prunelle de ses yeux. Ce gars-là vaut tout l'or du Congo et peut réussir partout comme Defour et Witsel. D'Onofrio ne lui a parlé que deux ou trois fois et lui a octroyé une avance de salaire de 25.000 euros pour les besoins de son prochain mariage. Mbokani voulait le double mais D'Onofrio lui a recommandé la prudence. Dieumerci s'envolera un jour. Benteke devra alors saisir sa chance. Si Böloni accepte de prolonger son défi, il aura pour mission d'accentuer l'élan européen du Standard. Les Liégeois connaissent leurs limites. Ils ne les dépassent pour personne, même pas pour Bölöni qui ne devrait pas signer un contrat de plus d'un an. S'il le signe... " Laszlo a fait un effort financier en venant au Standard ", dit D'Onofrio. " S'il rencontre le succès sportif, ses exigences financières vont monter parce qu'il n'y aura pas que le Standard sur la liste des candidats. On verra. "Le président exécutif de Standard sait naviguer. Il y a quelques années déjà, il se retrouva un jour à bord du Phocéa, le bateau de son ami Bernard Tapie avec ce dernier et François Mitterrand. A trois, ils passèrent toute une après-midi sur le pont arrière. Etonnant destin que celui d'un gamin d'Ans, d'un immigré italien plus accroché à l'unité de son pays d'accueil que certains Belges et qui a un rêve : un stade pour 50 ans. Le projet a pris un peu de retard en raison de problèmes internes. Mais le Standard aura son enceinte de rêve : " J'ai tous les plans... là, dans ma tête. " Il avance prudemment et sait qu'on lui proposera bientôt beaucoup de joueurs et sa science éclate avec une anecdote : " Un jour, Robert Louis-Dreyfus m'a offert gratuitement un joueur qui m'intéressait et qui valait entre 6 ou sept millions d'euros. Le lendemain, je lui ai téléphoné et j'ai refusé ce cadeau. Ce nouveau joueur aurait détruit toute ma gestion de l'effectif. Le Standard est ambitieux mais il ne suffit pas de dépenser de l'argent pour atteindre ses objectifs : demandez-le à RomanAbramovitch. " par pierre bilic